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Seule, elle marche...
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 Article publié le 10 septembre 2012.

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Seule, elle marche
Avec les nuages qui boivent le silence de la mer,
Une ombre invisible qui dit l’aventure du rêve
Et une fleur qui meurt d’être éclose avant le jour
Dans sa mémoire.

Le ciel bleuit les vergers, elle marche.
Les jasmins somnolent au couchant…
Elle marche avec des fragments de souvenirs
Dans ses paumes ouvertes pour recueillir
Les premières larmes de la nuit.
Le temps cesse, la pluie lave la plaie
De la ville qui pleure… elle marche.
Son rire est blanc de la pâleur de la lune,
Sa chevelure est noire de la souffrance de l’ébène, 
La neige est loin dans ses songes et ses chagrins.
 
Elle marche, marche jusqu’où se meurent les étoiles
Jusqu’où le vent, à bout de souffle, expire
Jusqu’où ma tendresse est un halo bleu
Dans ses attentes dérisoires.

 

C’est à toi que je pense, père, si loin, si proche,
Toujours présent dans mon histoire.
Chaque soir, nous traversons ensemble les déserts
Des chagrins, Chantant les airs sacrés de jadis
Pour nous retrouver au seuil de la nuit
Sur la montagne, là où le rêve est à portée de main.
Le toit fume encore comme au temps perdu
Des poètes fuyant les ombres bleues du couchant
Pour éviter l’exil,
Les mandolines pleurent encore la souffrance des martyrs,
L’écume efface toujours la trace des pas des mères brisées
Sur le rivage délaissé.
Rappelle-toi ce temps où les oiseaux tombaient de leurs nids
Comme des larmes sur les joues des enfants,
Où le bruit des bottes effrayait les nuages.
Des voix angoissées égrènent encore
Les prières désespérées dans ma mémoire,
C’était au temps des loups flairant la chair des hirondelles.

Ce soir, en silence, nous franchissons les âges
Et la douleur, main dans la main
Comme au temps où tes doigts emprisonnaient mes doigts
Au plus fort de la douleur. Mon père que j’aime
Avec l’ardeur de la terre en émoi,
Dis-moi encore une parole,
Chante-moi les vêpres avant la nuit,
Murmure les airs mélodiques des psaumes de ta jeunesse
Pour que mon âme s’élève vers ton silence.

Le ciel s’assombrit, l’obscurité sème des étoiles
En graines d’argent dans tes yeux de verre.
Papa souffres-tu ? Partiras-tu comme chaque soir
Avec ma vie ?
Me laisseras-tu seul avec ma soif, avec ma joie inachevée
Dans le froid mortel de l’absence,
Attendant toute une éternité l’heure sacrée
De ton prochain avènement ?

 

Une note arrachée de la corde d’un violon
Silencieux trop longtemps, une note pour te dire
Que je rêve de toi à chaque fin du jour…
Mon amour, c’est ainsi que je te retrouve
Sous les nuages gris de l’éloignement
Pour que mes larmes deviennent musique,
Pour que mes mains tendues vers ton ombre
Deviennent offrande.
 
Une note arrachée de mon âme
Suspendue à la nuit,
Suspendue à ton ombre…
Une note arrachée de mon âme
Comme une lueur fugace dans mon poème de givre,
Une note de nostalgie
Sur une vague de glace
Pour te dire que ton sourire
Est resté dans ma mémoire
Comme tes lèvres roses
Figées dans le gel de l’absence.

 

Le train roule dans la nuit, emportant les rêves
Des enfants endormis vers la ville où des anges jouent
À cache-cache avec les rossignols.
Myriam, mon bel amour, ma fille aux yeux de crépuscule,
Quand la rosée viendra-t-elle laver tes blessures ?
Quand tes yeux refleuriront-ils au seuil du matin ?
Mon cœur se brise à deviner tes petits pieds
Dans la neige, tes yeux qui brillent dans mes ténèbres,
Le paysage meurtri de tes rêves innocents
Et ta voix qui glisse sur ma peine
Comme l’encre de mon poème.

Ô mon enfant que j’aime depuis la nuit des temps,
Chaque fois qu’un train s’éloigne de la gare,
Je vois tes petites mains en offrande lyrique à l’absence
Et le soleil sur ton manteau fondant la neige,
Car tu es l’enfant du soleil qui luit dans mon poème,
Un bouton de rose dans la blancheur de mon exil.

Myriam, toi renaissance de mes premières années,
Vie de mes mirages, colombe de mes voyages vers l’infini,
Comment te dire que mes larmes sont des enfants qui glissent
Sur les joues de l’aube avec ta solitude dans leurs chansons ?
Je suis le cri arraché de tes lèvres, le corps souffrant
De ta souffrance. Que je fasse de ce mal qui te dévore
À ruiner mes espérances, une soumise. 
Un jour, le train emportera mon dernier cauchemar
À l’horizon de ta douleur et ton mal ne hantera
Plus jamais ma mémoire.

Vois, comme la nuit est infinie,
De ma longue marche vers le bonheur…
La lassitude obscurcit mon regard et mon cœur
De ma pensée s’évade… À l’ombre des étoiles,
Tends-moi tes bras en envolée de lumière…
Je n’ai pas de gîte pour mes mots, ni de contrée
Pour mes mirages… Je n’ai que toi, mon oasis,
Je n’ai, pour m’abriter, que le creux de tes mains
De douceur qui se ferment dans la souffrance.
Toi qui brûles en moi comme le soir dans l’étreinte
De la lumière, ma promesse de migration vers l’amour,
Emporte-moi sur le toit des nuages,
Plus haut que ta tendresse, ma fille, mon aurore…

 

Je te regarde pleurer dans la chambre, en silence.
Dans tes yeux inondés : les petits corps d’enfants
Allongés sur le trottoir,
La ville à l’envers et ce père qui hurle
À faire peur aux étoiles,
Un ange endormi pour toujours sur ses épaules.
Maman, laisse-moi m’assoupir sur ton cœur
Et reposer ma peine sur tes joues.
La nuit est calme, le clair de lune dans tes cheveux
Est ma lampe de chevet, et le vent dans ton souffle
Une berceuse à l’infini.
Ne me dis pas ton chagrin : je sais que tu es morte
Depuis ce jour où les petites fleurs de Saint-Gérard
Se sont fermées pour toujours.
 
Dans tes songes, les bourgeons de notre jardin
Pleurent sur les tiges du malheur.
Oui, les roses inconnues de la douleur fleurissent
En nous comme nos chagrins dans les œillets, maman.
Tu me parles : la ville étouffe ta voix,
Les maisons s’effondrent, sans âme dans ton râle,
La noirceur des ombres obscurcit ton visage,
L’horizon brûle nos espoirs et la mort, à chaque pas
De tes mots, est un guetteur qui nous harcèle...
Pourtant, la terre ne pourra réduire en cendre ton cœur,
Ma stèle, mon amour.

Ce soir, je me laisse tomber sur ta poitrine
Comme le clocher d’une cathédrale détruite. Dans la nuit,
Le ressac du chagrin enfle tes seins de ma première tendresse,
Femme de chair et de granit. Pourtant, je n’ai pas peur
De ton corps livré à l’usure de la tristesse.
Si tu pleures c’est pour que je devienne le ciel lavé
D’une aube infinie de lumière.

Ce soir maman, je cherche le soleil de ton sourire
Après la pluie des cauchemars pour que la vie jaillisse.
Car tout ce qui est douleur s’effacera au réveil du jour
Par le miracle de tes lèvres ouvertes sur mille blessures.
Je ne suis pas qu’un homme, maman,
Je suis l’héritier de ton courage.
Tu es vivante dans ma souffrance
Comme la terre dans mon poème.

 

Je n’ai trouvé en toi ni le cri ni la blessure…
Seulement une petite fleur de jasmin
Entre tes lèvres et une lune errante
Dans tes yeux de jeune fille endormie.
Les chagrins sont partis avec les larmes
Dans le vent,
La terre s’est apaisée avec le cœur des hirondelles
Et nos rêves insoumis ont surgit de la longue nuit
Du cauchemar.
Ô ma guetteuse de songes dans la cohue des tourments,
Reste dans ma poésie, reste dans ma démence.
En toi, tous mes espoirs et l’éclosion de ce jour
Pour lequel je suis né, où je pêcherai sur ta peau
Toutes les étoiles de mer de l’Atlantique.

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