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L'existence nue
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 Article publié le 29 juillet 2012.

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De cette vie pauvre en soi mais non pour soi, je pourrais, prenant du recul, m’en détachant, la surplombant, la survolant enfin, extraire je ne sais quel suc pour un en faire un drame à la sauce moderne.

Une sorcellerie évocatoire d’un genre nouveau, mêlant ce qui pourrait passer pour de la résine de caoutchouc, du miel et du sperme, mélange improbable dû à l’industrieuse habileté humaine, à la généreuse nature et au corps de jouissance.

En cela, montrer la fonction à l’œuvre, l’instinct rivé à l’instant, l’instance poignante du principe d’unité dans le foisonnement amorphe du divers.

Bref, montrer la liberté désœuvrée aux prises avec la doucereuse nécessité de vivre dans un corps et dans le temps, le présent n’étant que cette présence qui se surajoute à elle-même avec une persévérance proprement sidérante.

D’où la tentation vive - un prurit rationaliste - d’associer le destin des étoiles à ce cosmos réalisé qu’est l’homme en société coupé de ses semblables, de tout rapport non marchand avec la nature poubelle-ressource, dans l’espoir vain de suggérer quelque bouillonnement salvateur susceptible de hisser le débat à hauteur de femme.

La figure - mi-ange, mi-démon, comme il se doit - ne ferait plus alors pâle figure, mais serait intégrée dans un plan, une vaste main-mise cosmique ourdie par un dieu bienveillant que sa créature ménage en éloignant d’elle toute assise mythique héritée des profondeurs arides de l’histoire culturelle des nations les plus diverses.

En émergerait, par le fait, la terra mater en proie au juste ciel, la figure maternelle figurant à elle seule, dans une sorte de gloire lunaire, les plus troubles nécessités vitales, excluant souverainement ce dard préhensile qu’est la virilité réduite à sa fonction de transmission de flux.

L’homme lézard, perdant sa queue pour ne pas perdre la vie, l’homme rampant enfin consacré parce qu’intégré dans un plan cosmique entièrement voué à la gloire du féminin qui d’un soleil fait un pâle reflet tremblant sur la surface clapotante des eaux primordiales.

L’homme se verrait alors attribuer le beau rôle de chevalier servant de la lumière déviée, trempant sa virilité, tout son corps de boue séchée, de bois sec et d’aride volonté dans les eaux où miroitent la lune qui s’y mire, pour qu’advienne de cette masse-matière une argile nouvelle façonnée de main de femme.

Les pauvres corps qui habitent l’époque qui les habite ne pouvant, dans la réciprocité de leurs étroites limites, que suivre la pente imaginaire d’une improbable renaissance, nous nous retrouvons devant le fait accompli de l’existence nue dont on ne sort pas.

C’est cela qu’il faut mettre en jeu dans la fiction qui ajourne la trop crue réalité, ce morceau de viande faisandée à laquelle le grand nombre désire ardemment, constamment, avec une persévérance proprement sidérante, accorder son piètre et puissant crédit.

Native innocence, naïveté des premières saisons de l’esprit en vadrouille et des premiers élans en galante compagnie, vie à deux poussée au désespoir et mort-renaissance dans la bain chaud du primordial : de l’enfance de l’art à la ruse d’un projet hors norme mais cinglant vers les eaux lustrales d’un monde n’importe où hors du monde.

Somme toute, un rêve que poursuivent même les plus pauvres d’entre nous, via la richesse abyssale des mythes colorés, par le truchement des techniques de communication et l’insolence érigée en norme sociale, chacun affirmant sa dignité, son glorieux quant à soi, sa valeur d’homme - ce qu’il faut hardiment appeler la nhormme, cette Norne d’un genre nouveau ni mâle ni femelle, et qui refuse de trancher le fil, destin mou de méduse marine qui ne se prononce plus sur la possibilité des dieux enfuis-enfouis - et ce au sein de la désolation, à même la pauvreté du langage mis à la sauce de l’à peu près généralisé d’une pensée vague-vagabonde qui ne fait pas de vagues, avec pour seule alliée - ô combien puissante, épuisante - la veulerie de l’auto-indulgence chevillée au corps, érigée en gardienne tacite mais bavarde de l’égalité pour tous dans la course au succès, aux honneurs et à la richesse.

L’existence nue, débarrassée de ses oripeaux, de ses fioritures, de ses impasses colorées, voilà l’enjeu, ici et maintenant.

 

Jean-Michel Guyot

28 juillet 2012

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