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Journées (Patrick Cintas) - 1ère partie
Les faux témoins

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 Article publié le 4 octobre 2012.

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« Je ne suis jamais allé plus loin que ce petit jardin dont vous apercevez le portail d’ici. Il y a une raison à cela : après le jardin, il n’y a plus rien. Je ne vous conseille pas de vous pencher sur ce néant. » En réalité, il s’agissait du lit d’un fleuve qui s’appelait Fleuve. Et en effet, il était impossible de descendre après le jardin. La pente était verticale. Rien n’avait été prévu pour prendre ce chemin, hormis la voie des airs. Au bord du précipice, il imita la mouette, secouant ses ailes et projetant son cri amer. Il feignit plusieurs fois de céder à l’appel du vide, roulant des yeux qu’il avait déjà impressionnants de volume et de blanc. J’étais sur le point de vomir. Elle s’en aperçut et m’épongea le front. En réalité, la montée m’avait exténué. Le soleil nous avait harcelés pendant plus d’une heure. En arrivant, le portail du jardin me parut dérisoire. Je le poussai nonchalamment. On entrait sous les citronniers. Une odeur de camomille m’écœura. Dans les fossés soigneusement creusés, une eau parfaitement fraîche et claire invitait au repos. Je m’assis dans un parterre de coquillages assemblés pour leur beauté. « Tu es fou ! » me dit-elle. Il n’était pas entré. Il n’entrait jamais chez les autres sans leur permission. Depuis longtemps qu’il connaissait ce jardin, il s’était contenté de le regarder à travers le portail sans jamais chercher à aller plus loin. Il longeait le mur de terre rouge, puis le néant le figeait sur place au bord de ce lit incommensurable. « Cueillez quelques fruits, dit-il comme s’il les possédait déjà. Je n’y ai jamais goûté. En fait, je n’ai jamais rien tenté ici. Ce vide me rend inactif. Ne ressentez-vous pas cette attente ? » Elle grimaça dans son dos et me rejoignit. « Tu es fou ! » dit-elle. Elle cueillit un citron et l’ouvrit. Elle se contenta de le respirer. Fermant des yeux sans histoire. Un pin se frayait un passage dans l’ombre, presque démonstratif. Je me glissai jusqu’à lui, emportant des coquillages. Quelqu’un avait laissé un livre. Ce n’était pas un oubli. « Je te dis que cette personne a simplement refermé le livre sans oublier de marquer la page et qu’elle va revenir pour continuer de le lire. Et elle le lira jusqu’à la fin. » Sa langue effleurait la chair ouverte du citron. Ses yeux larmoyaient. « Tu crois ? » dit-elle. On entendit le cri. Nous venions de perdre un ami. En descendant, sans précipitation d’ailleurs, elle me demanda de la laisser parler aux autorités. « Ils voudront savoir ce que j’en pense ! rouspétai-je. — Pas ce que tu en penses ! Ce que tu sais ! »

 

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