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Un temps à plaindre
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 Article publié le 18 septembre 2012.

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« Me plaindre ! Mais je ne me plains pas ! Nous sommes tous logés à la même enseigne, non ? Vie et mort d’un imbécile qui savait lire et écrire. Vous ne vous demandez pas comment meurent ceux qui ne savent écrire ni lire ? Voyez comme ils vivent. Nés de quel projet ? Moi, je m’interroge, monsieur. Et contrairement à ce que vous dites, je ne me plains pas. Mais je vous plains ! » Entre deux cuites, Loulou croyait en Dieu et il allait à la messe. Un dimanche matin, bien avant l’appel de l’église, il constata que quelque chose avait été ajouté dans le paysage urbain. C’était un petit paysage sans importance. Il y vivait depuis toujours. Et il allait sans doute y mourir, à moins que Dieu l’enlevât au cours des « commissions », rite ménager, à défaut d’être conjugal, qu’il pratiquait en dehors de son paysage urbain, dans un autre paysage urbain où les prix étaient raisonnables. Il s’arrêta. Une potence avait été fixée au-dessus de la rue entre deux fenêtres. Un globe de verre semblait le regarder. Il entendit : « Loulou ! Je te vois ! » Il se retourna. Il connaissait cette voix et c’est sans doute la raison qui lui commanda de se retourner sans réfléchir. Le maire était sous les drapeaux. On était la veille de la Fête nationale et le maire avait veillé à pavoiser les lieux comme il convient qu’ils le soient au moment de se souvenir de ceux qui sont tombés pour qu’on en arrive là. Loulou aimait évoquer la gloire. Il ne l’avait jamais connue lui-même, mais il en avait une haute idée. Et il la partageait avec le maire. Celui-ci l’embrassa sur les joues. Derrière sa vitrine, l’épicière eut un haut-le-cœur. « Il paraît que tu te plains… » commença le maire. « Je ne me plains pas, comme je disais à ce monsieur que je connais à peine d’ailleurs. » Il me désigna. Nous étions plusieurs dans la rue et nous regardions l’objet qui avait intrigué Loulou. On ne se plaignait pas nous non plus. Certains attendaient l’heure de la messe. Je me dégourdissais les jambes après une nuit de travail. « C’est le nouveau système de surveillance, expliqua le maire. Avec ça, on sera plus emmerdé. » Loulou me regarda d’un air désespéré. Qu’est-ce que j’avais compris moi-même ? Des hommes surveillent les autres hommes. Et ceux-ci se livrent à leurs occupations domestiques. L’équilibre serait parfait si d’autres hommes encore ne venaient ajouter du piment à la vie. « Ils vous volent, dit Loulou, et quelquefois même ils vous tuent ! » Ça en faisait des choses à raconter. « Et il raconterait quoi, ce monsieur, dit-il en parlant de moi, si tout se passait entre nous ? » Tout le monde s’était arrêté. La boulangère sortit sur le trottoir. Elle avait une main dans le devant de son tablier et elle faisait tinter de la menue monnaie. « Il dit que tu te plains ? fit-elle à l’adresse de Loulou. Et de quoi il se plaint, lui ? » De rien. Je suis déjà amoureux. Alors…

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