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Une cheminée à ramoner
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 Article publié le 14 septembre 2012.

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On ne donne jamais assez. Et de nous expliquer que c’est la raison pour laquelle nous ne recevons pas ce qui nous revient. J’avais d’autres chats à fouetter. Ces réunions me sortent, c’est vrai, mais je n’y prends aucun plaisir. Je n’ai pas de solutions à leurs problèmes. Je m’étais joint à eux pour poser des questions. J’imaginais que c’était une manière de se retrouver. J’eusse aimé plonger mon regard dans celui qui eût posé la même question que moi. Je me serais rapproché de cet être similaire au moins sur ce point particulier de nos préoccupations existentielles. Une même coupe de cheveux m’eût invité à prendre des distances. Une différence eût éloigné mon désir. Je n’entrais jamais dans ces lieux sans mon angoisse. Je n’avais rien à y faire et pourtant, j’y entrais. Je prenais place, j’acceptais le verre, je trempais mon apparence dans le cristal communautaire, j’étais ailleurs. On me fit remarquer que je négligeais ma tenue vestimentaire et que mes joues « semblaient » porter des traces de charbon. J’expliquai que mon poêle donnait des signes de fatigue. Je ne connaissais personne d’assez futé pour l’encourager à reprendre du service sans me ruiner. Était-ce une question ? Mes ongles témoignaient que je ne touchais jamais au charbon de ma cave. « Je regarde dedans, » dis-je pour donner une explication à ce qui n’en avait pas. Ils se rassemblèrent. « Je regarde la suie, je la gratte, je souffle, j’écoute, j’imagine… » On me plaignit sans retenue. « On va vous donner ce qu’il faut, entendis-je. Ne craignez rien ! » Ces derniers mots me traversèrent comme autant de couteaux. Je n’avais aucune raison d’être fier de ce que j’étais. Ce n’était pas une question de dignité. Je n’avais besoin de rien, mon poêle n’avait besoin de rien ! « La cheminée a sans doute besoin d’être ramonée, » dit quelqu’un. On se mit d’accord là-dessus et rendez-vous fut pris. C’était un dimanche, le jour où le travail a un sens faute de rapporter autre chose que les clopinettes de la gratitude. On frappa à ma porte. Je l’ouvris. Des balais précédèrent un seau. Puis, alors que je ne l’attendais plus, un ramoneur me montra toutes ses dents. Je lui montrai les miennes. Ça commençait vraiment bien.

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