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Journées (Patrick Cintas) - 1ère partie
French theory

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 Article publié le 7 septembre 2012.

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« Chacun sa peau et Dieu pour tous ! » lança un type qui venait de se nourrir d’une quantité honorable de pastis. Nous le regardâmes s’éloigner avec son ballon et ses mômes. Deux femmes suivaient, pétries d’hormones. « La mère et la fille, me dit mon voisin. Elles travaillent dans le même bureau de poste. » Je ne sors pas souvent. Il fait trop chaud ici. Ma terrasse est à l’abri du soleil et du vent. Une statue verse son eau verte dans un bassin qui se dégonfle doucement. Je vois les tables d’ici, et l’ombre qui les réduit à ces conversations. Casquettes et chapeaux. Chairs saturées. Objets du culte estival. D’autres plastiques. Des promesses. Je ne vais pas plus loin à cause de ce que je sais. Nous descendons ensemble. Le premier ouvre sa porte et l’autre se fige. « C’est le moment ! » Comme s’il s’agissait d’une surprise. Le hall sent la chair cuite. « Chacun sa peau et Dieu pour tous ! » Nous arrivions. Pestilence des estomacs. Un gosse me reluquait comme si j’étais particulier. Ma grimace l’effraya et sa mère me toisa. Elle sentait le gras des volailles en attente d’être absorbées par ce monde pressé et lent à la fois. Ils s’agitaient sur place et se déplaçaient avec la lenteur inspirée par une foule d’indécisions. Des plantes vertes ponctuaient l’espace, repères utiles à mes propres déplacements. Je ne vois pas l’utilité du tourniquet qui ne projette personne dans le soleil du trottoir. Un escalier descend dans la rue. Passages reluqueurs. Vitrines d’ombres. L’homme qui proclamait son individualisme se retourna pour me demander mon avis. Je bredouillai une généralité aux accents aussi peu moraux que possible. Il me tendit un verre : « Buvez ça, me dit-il. Vous changerez d’avis. » La femme cracha une olive. Elle n’avait jamais rien entendu d’aussi bien dit. « Nous avons passé l’âge… » commença mon voisin et ami. Les gosses nous touchaient. Je fis grincer la peau d’un ballon qui s’offrait à moi. « Dieu, c’est l’État, » précisa l’homme. « Nous n’avons plus de Dieu ni de rois. » Il exhiba les preuves d’une reconnaissance officielle. « Prenez-en de la graine ! » fit-il. Sa grosse main caressait des cheveux sur une tête. Des yeux profonds comme je les aime. L’attente d’une réponse. Je n’agissais pas autrement à cet âge. Je me voyais.

 

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