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Journées (Patrick Cintas) - 1ère partie
Entre la vie et la mort

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 Article publié le 2 septembre 2012.

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Il y a de la place pour le malheur — malheur de l’enfermement, chaos de l’exclusion et poisses du chômage — toute la place pour ce qui ne compte pas — ce qui peut disparaître sans conséquence — ce qui n’a aucune chance d’acquérir le pouvoir ou l’autorité — ce qui ne pallie rien — et finalement ne veut rien dire — rien dire sur cette ambition sociale garantie par le pouvoir et par la prétention à en exercer les attributs — rien dire sur l’héritage des droits et la concession conditionnelle des privilèges — rien sur le bonheur d’être au-dessus des lois — et rien sur cet ersatz de la délectation qu’est le prix du travail — consolation domestique — avec ses principes à exercer sur ceux qui, ici, font ce qu’ils peuvent pour ne pas sombrer — et là, sur les déshérités qui se reproduisent parce qu’il est difficile de mourir seul et pas forcément abandonné — seul sans que personne n’éprouve rien — ni chagrin ni indifférence — si surtout satisfaction. Mescal sortit comme la Marquise. Il avait perdu l’usage d’un œil à cause du manque d’hygiène des perceurs du quartier. Il leur en voulait à mort. Il le gueulait en descendant l’escalier — devant les portes fermées il gueulait qu’il avait soif de vengeance — qu’il avait trouvé un palliatif à l’angoisse — et qu’il en crèverait plusieurs avant d’être crevé. Mais personne n’écoutait Mescal parce que Mescal n’était qu’une idée et que celui qui la nourrissait n’avait pas l’apparence de ses idées. On savait seulement qu’il était suicidaire. En ce sens, il fascinait un peu. Mais comme il travaillait, et qu’il n’avait pas l’air de faire autre chose, on le saluait si on le rencontrait par hasard ou par inadvertance. La nuance est de taille. Le hasard ne s’explique pas, alors que l’inadvertance est le fruit d’une négligence ou d’un moment d’inattention. Tous les mescals savent ça. Mescal passait dans la rue et quelqu’un se souvenait que ce n’était pas un homme comme les autres. Il le saluait quand même, par habitude de la politesse et surtout par crainte d’avoir à s’expliquer. C’est un malheur d’en être arrivé là, mais c’est là que ça arrive et il n’est plus possible de revenir à l’époque où on savait rêver sans prendre le risque de blesser quelqu’un. « Maintenant, chaque fois que tu rêves, tu blesses quelqu’un et tu dois alors payer ta dette à la société — Tu déconnes, Mescal ! — J’ai jamais autant déconné. Moi, c’est pas l’enfermement, l’exclusion ni le chômage. C’est mon indécision. Je tâtonne, mec ! Et j’arrive pas à faire autre chose. » Mescal lisait dans les yeux et les yeux lui répondaient. Comme en rêve, mais avec les douleurs de la connaissance.

 

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