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De l'intranquillité relative des peigneurs de comètes
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 Article publié le 1er juillet 2012.

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Le tondeur du parc a de l’esprit, je n’en doute pas. Il est peut-être poète à ses heures, qui sait ? En attendant, son esprit fait rrrrrrrrrrr et le mien aussi. Nous sommes à l’unisson. Lui dans le parc près de ma clôture et moi derrière mon écran en train d’essayer de comprendre pourquoi cette communion ne m’ouvre pas les portes de ne serait-ce qu’une page pas trop bête histoire de continuer de vivre cette journée sans la passer à me reprocher de ne pas l’avoir mise à profit pour augmenter sensiblement l’œuvre entreprise en dépit de tout ce qui peut et doit la contraindre à ne pas se laisser distraire par les rrrrrrrrrrr qui envahissent mon espace vital au moment où j’ai besoin de m’y retrouver seul, absolument seul, sans personne pour me proposer des rrrrrrrrrrrr qui prennent la place de mes flux au point que plus rien ne s’écoule de cette source que je croyais intarissable avant l’arrivée du tondeur et de son petit moteur doué du pouvoir de transformer mon cerveau en un autre petit moteur qui produit le même rrrrrrrrrrrrrrrr mais sans le plaisir de couper cette herbe qui pousse, qui renaît et qui attire le tondeur comme le sucre les mouches et la bêtise les magistrats. — Le moteur se tait. Je cours à la fenêtre. Mes coloquintes ont fleuri. L’herbe est rase autour. Le tondeur du parc n’a pas franchi la clôture. Il serait étrange qu’il la franchît, mais il n’en serait pas moins proche de moi et de mes travaux qui constituent, je dois l’avouer, une sorte de rrrrrrrrrrrrrrrrr dans la littérature contemporaine. Tiens ! Je descends. Maintenant, c’est mon propre rrrrrrrrrr qui m’inquiète, un rrrrrrrrrrrrrr inexplicable maintenant que je n’ai plus l’excuse de l’écho. L’herbe a volé dans tous les sens et particulièrement sur le mur de la clôture où le temps cultive ses mousses et ses lichens. Plus de traces du tondeur, son petit camion a disparu, au bout de l’allée la rue est comme morte sous le regard impératif d’un merle qui va se mettre à chanter à ma place, je le sens ! C’est que mon cerveau imite à la perfection les pirouli pi pi de ce Messiaen de l’attente forcée. Le chat aussi a ses prérogatives. Mais c’est un aboiement qui le remplace dans ma tête, celui de mon chien qui a l’âme d’un gardien de territoire fermé à toute intrusion reconnaissable. Puis le voisin regarde le ciel et trouve que c’est le moment de permettre à l’eau de son jet de faire chanter les feuilles grasses de son jardin. Il paraît qu’on n’entend pas le coup de feu quand on se tire une balle dans la tête.

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