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 Article publié le 29 juin 2012.

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Il ne savait toujours pas ce qui pouvait l’empêcher de mettre fin à ses jours à tout instant. Personne ne le surveillait, pas même moi qui étais le mieux informé de cette particularité. Et personne ne me demandait d’agir. Je le revoyais toujours avec le même sentiment de lassitude à l’égard des convictions qu’il exprimait à l’occasion de ses retrouvailles devant un parterre de « vieux amis » qui se consultaient sur d’autres sujets plus proches de leurs préoccupations habituelles. Je perdais mon temps. Et personne ne venait à mon secours. S’il passait à l’acte, j’étais perdu. Ces soirs de vacances forcées, j’avais du mal à trouver le sommeil. Je buvais. Je touchais aussi à d’autres palliatifs de l’angoisse. Mes rêves en étaient affectés. Au matin, j’avais la gueule de bois et c’était dans cet état de fraîcheur discutable que je descendais prendre mon petit-déjeuner. J’étais accompagné. Elle était déjà à table, sirotant un café refroidi depuis longtemps. Je n’avouais rien. Elle avait préparé les lignes. Je n’avais plus qu’à passer prendre les appâts qui étaient prêts chez le marchand de chasse et de pêche. Il me recevait avec aménité. Me tendait le rouleau de papier journal dans lequel grouillaient des vers hallucinés par la qualité du varech qui était leur dernière demeure. Je la rejoignais sur le quai, époustouflé par l’odeur de la marée. Elle avait lancé une première ligne et la ramenait avec une application qui a toujours été la sienne. Je ne parlais pas de mon ami. Elle avait vu un poulpe dans la profondeur des eaux troubles clapotant entre les pilotis. Les bateaux étaient tous rentrés, harcelés par les mouettes. Déjà, les filets occupaient presque toute la surface du port et les femmes s’activaient à le repriser. Mon ami arrivait alors, descendant de la rue qui surplombait le port. Il avait les mains dans les poches. Une cigarette fumait au coin de sa bouche. Il ne saluait personne. Il ne regardait pas les femmes et s’il y avait des enfants, il les bousculait pour ne pas se laisser emporter par leurs jeux. Le seau se remplissait, chatoyant. Mon ami ne s’approchait pas. Il redoutait cette rencontre. Elle n’avait jamais été très gentille avec lui. Il croyait même être détesté. Il ne m’envoyait aucun signe. Et je lançais et je ramenais, clouant les vers et écoutant attentivement les conseils de ma femme qui s’y connaît. À midi, il m’attendait tranquillement installé en plein soleil à la terrasse d’un café. « Si tu la connaissais… » commençais-je invariablement. Et il secouait sa cigarette en grognant : « Je sais, je sais ! »

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