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 Article publié le 27 juin 2012.

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Mescal ne sortait pas souvent. On le voyait avec Matorral. Ils se promenaient dans le jardin que vous connaissez, sous le regard de qui vous savez. J’étais là moi aussi. Le jardin sert de chemin de traverse. Quand le portail est fermé, on saute par-dessus. Je ne saute pas. M’aidant de ma canne, je le contourne en traversant le buisson. Ce qui me prend du temps, vous vous l’imaginez. Je suis souvent seul dans ces conditions. Ni Mescal ni Matorral n’entrent dans le jardin si le portail n’est pas ouvert. Ils font le tour par la rue sous les ormes. Mescal remontait toujours avec la même affectation tremblante. Matorral repartait d’un pas pressé. Le portail grinçait, puis le cadenas claquait. Je croisais le gardien qui revenait avec son balai et sa pelle. Un regard oblique, un sourire de circonstance, et c’était fini. Il n’arrivait jamais autre chose que le soir tombant vite entre les façades. Je suivais Mescal dans l’escalier. Il avait retenu la porte avec son pied. Il était patient avec moi. Il me précédait dans l’escalier et m’abandonnait à son étage, refermant sa lourde porte. Je continuais et m’enfermais moi aussi. Entre lui et moi, un entresol rempli d’objets si anciens qu’il s’en vend un de temps en temps. Matorral est cet heureux propriétaire. Il m’évite. Je lui paye le loyer sans retard. Quelquefois, j’entre dans l’entresol. La porte est à mi-chemin dans l’escalier. J’entends alors Mescal d’en bas. Je traverse la poussière que le temps a déposé sur ces objets et je m’assois sur le drap d’un fauteuil. Je ne fume pas. Mescal va et vient, presque sans cesse. J’apprécie sa compassion. Sans ascenseur, c’est difficile. Encore quelques années et il faudra que quelqu’un me porte dans ses bras. Ce ne sera pas Mescal, car il est beaucoup plus âgé que moi. Matorral sera mort et je ne pourrais pas compter sur ses héritiers. Je ne sortirais pas. Cette perspective est inconcevable, d’autant que je n’ai pas de fenêtre. Je vois le ciel dans la lucarne. Et rien dans le ciel, à part les nuages et le vent qu’ils trahissent. Je me vois difficilement pourrir comme dans un pot. Mais je ne connais personne d’autre. Je vois ces autres. On se croise quelquefois. Ils ont même des enfants. Je donnerais tout pour m’incarner dans l’un d’eux. Retrouver le goût du sucre et des fruits. Entrer dehors et sortir à l’intérieur. J’ai su cela moi aussi. Et je le sais encore, mais comme une théorie de l’enfance. Elle ne suffira pas à me porter là où je veux encore. Et je veux de toutes mes forces ! — Nous n’en sommes pas encore là, bien sûr. Je sors et je rentre moi aussi, autant que je veux. Mais ma langue a le goût du tabac que je fume et mon corps ne sent plus le savon. J’entends Mescal ouvrir sa porte. Il va croire que je le suis ! Et je ne ferais rien pour le détromper.

 

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