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 Article publié le 8 juin 2012.

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« Le nez à la fenêtre. Fermée. Carreau portant d’autres traces. L’odeur de la rue m’est inconnue. Celle de ces fleurs (des pensées ?) non plus. Je les entretiens par l’intermédiaire d’un tuyau. Je verse l’eau dans un godet et l’eau court dans le tuyau puis inonde la terre. Une fois par semaine. Pas plus. Fenêtre d’ombre. À travers je vois d’autres fenêtres. Le zinc qui descend. Oxydation blanche. Un bruit remonte quelquefois. Ferraille sursautant sur le nid de poule que j’ai observé. Puis la plaque d’égout. Volets du rez-de-chaussée. Nous passions ensemble. Baiser devant la porte cochère. Tu n’attendais pas. Depuis, je ne descends plus. Je chie sur place. Toujours dans un nid de papier confectionné exprès. Quelqu’un n’attend pas et l’emporte. Comme si cet être me guettait. Peut-être l’autre porte. Je ne sais pas. Ce n’est pas la mienne. Elle demeure entrouverte. Jour et nuit. Je vois sa lumière jaune. L’attente. L’inattendu attendu. Utilisant l’évier pour pisser. Et me chauffant la bite sous le robinet. Puis, sur l’échelle, je gratte le plafond. Pour rien. Pas de réponse. Aucun animal. Du moins pas assez visible pour être vu. J’ai atteint le treillis hier. Deux ans. Il s’est passé tout ce temps et je ne sais rien. Je ne voulais pas. Mais tu n’est pas revenue. Je suis remonté une dernière fois. D’abord écrivant le même mot mille fois. Puis dix mille. Cent mille fois. Un million de petits insectes noirs et immobiles sur les murs blancs. Une échelle se dressait dans la cuisine. Je suis monté et j’ai gratté le plafond. En espérant ne jamais le percer. Un entresol nous sépare. Personne n’entend personne. À moins de crier. Mais je n’ai pas cette force. Je chie bien parce que je mange bien. Tu descends. Tu restes derrière la porte. J’entends ta voix. Elle me traverse. Je me suspends à son fil. Voix coupée. Un petit chien qui a l’air d’une peluche m’apporte le repas. Le journal du jour. Un commentaire sur ce que je ne suis plus. Une photo de toi. Une allumette pour ma cigarette. Je sais qui je suis, mais je ne sais plus qui tu as été. Pourtant, je t’ai attendue longtemps. Je suis même remonté pour ne plus redescendre. Et ça n’a servi à rien. »

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