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Un peu de mort aux rats
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 Article publié le 24 mai 2012.

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Le plus fidèle compagnon de l’homme, le plus sûr, c’est le rat. Un profiteur à tous égards qui sait quitter le navire à temps avant qu’il ne sombre.

Sur un bateau, vous verrez des matelots s’affairer, le maître de manœuvre lancer ses ordres et la capitaine et ses lieutenants à la manœuvre quand les choses deviennent délicates. Vous ne verrez pas les rats qui, eux, sont dans le bateau, bien planqués. Ils rongent, rognent et grognent, tout à leur affaire.

On vient de nous proposer de changer de capitaine, en pleine tempête, paraît-il. Les lieutenants s’affolent un peu. Ils ont peur de sombrer corps et bien ; c’est que les bougres s’identifient au précieux bateau qui fait eau de toutes parts et à sa précieuse cargaison menacée de tomber en de mauvaises mains. Ca sent le naufrage à plein nez. Le moisi aussi, jusque sur le pont, mais pas grave : l’air du large est si pur, si revigorant ! Les matelots, eux-mêmes, se prennent à rêver à des mers meilleures, les pauvres.

Dans ce jeu, vous le remarquerez, c’est le capitaine qui quitte le bateau en premier, suivi de ses fidèles lieutenants. Aux matelots de décider s’ils veulent conserver leur capitaine ou confier la manœuvre à un autre, peut-être même à un nouveau.

Quoi qu’il arrive, le capitaine ne sera pas issu de leurs rangs. Les postulants sont montés à bord, ils ont harangué copieusement la foule nombreuse rassemblée sur le pont.

Ca se jouera au vote ; chacun dans son coin déposera le petit bulletin dans l’urne fatale.

Les rats, eux, ne s’affolent pas, tout à leurs affaires.

Tant que les rats sont là, c’est que tout va bien. Le navire tient encore la route, bon an mal an.

Mais prenez garde ! Les rats ont des velléités carnassières. A force de fréquenter les hommes, ils sont devenus presque humains. Ils veillent au grain, prêts à mordre. Ce sont des conservateurs bon teint qui en appellent à une révolution censée profiter aux braves matelots qui se laissent séduire par les faces de rats qui se déguisent en humains.

Viendra le moment où les rats, tout à fait métamorphosés en hommes, seront tout sourire. Ils prennent déjà des allures respectables. On devine bien à l’extrême blancheur de leurs dents, qu’ils sont animés des meilleures intentions du monde, de celles qui pavent la route qui mènera les matelots, et le bateau avec lui, en enfer.

Nous sommes tous dans le même bateau, enrôlés de force dans une navigation à courte vue et sommés de trouver notre juste-injuste place dans cette grande machine à broyer du rose et du noir.

Certains, même, sont des engagés volontaires.

On ne commande pas au gros temps. Les matelots ne font pas la pluie et le beau temps. Les rats non plus, mais ils veillent. Ils ont pris forme humaine, alors prenons-les aux mots : en quoi l’un des leurs pourrait changer quoi que ce soit au sort peu enviable des matelots ?

Les rats font un rêve : devenir capitaines. C’est dans leur nature de rats, tout à leurs affaires.

Sur « la mer veuve de route », il va falloir inventer une route nouvelle, sans les rats. Pas question de leur confier le navire.

Sortir de l’impasse ? Mais comment faire, mon bon monsieur, quand toutes les routes se valent ?

Non, toutes les routes ne se valent pas, loin de là.

Il faut commencer par réparer le navire, et ensuite s’occuper des rats. La mer, elle, on ne la répare pas, on ne la refait pas. C’est comme ça, mais on choisit une route.

Les rats prospèrent dans la crasse, la misère à fond de cale, là où s’entassent les richesses qui n’appartiennent pas aux matelots et dont ils profitent grassement.

Il faut que les braves matelots s’y mettent un bonne fois : par-dessus bord les rats, sans pitié, sans exception. Commençons par déposer partout de la mort au rats : qu’ils sachent qu’ils sont indésirables.

Respirons le grand air du large !

 

Jean-Michel Guyot

23 avril 2012

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