Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Auteurs invités [Forum] [Contact e-mail]
AUTEURS INVITÉS
Depuis avril 2004,
date de la création
du premier numéro
de la RALM.
A Italo Calvino et à ses Villes Invisibles
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 24 mai 2012.

oOo

Il était une fois une ville constituée par des multiples portraits féminins gigantesques. Il était deux fois – n’est pas coutume – la même ville qui s’était dédoublée ainsi, dont le corps en airain, ressemblait pudiquement à deux belles dames nues qui avaient déserté deux contes pour grands enfants. Il était trois fois l’image en miroir télescopiques de la même ville ne réfléchissant que trois images, des trois « plus belles »femmes, des trois plus attractives belle-donne des faubourgs romains. Il était enfin quatre fois – et le compte débraya là – la ville en question, qui se posait à elle-même, des quadruples interrogations, sur les quatre vents, les quatre directions, les quatre cavaliers de l’Apocalypse, les quatre pattes des mammifères. Et dans l’espace invisible qui séparait, les quatre vents, les quatre directions, les quatre cavaliers de l’Apocalypse et les quatre pattes des mammifères, quatre énormes yeux en phalanstère perçurent quatre actrices du cinéma des années 50/60 : Anna Magnani, Sophia Loren, Anita Ekberg et Claudia Cardinale. Rossellini, Visconti, Fellini et Pasolini supervisaient les prises de vue, qui se démultipliaient en ricochant les unes à la surface des autres. « Une série de mises en abîme » rêvées par Umberto Eco et Roland Barthes, qui se délestaient de la sorte de leurs plus imprévisibles cauchemars. Déjà préfigurés jadis par Ferdinand de Saussure.

Telle fenêtre ouvrant sur la même fenêtre, ouvrant sur la même fenêtre, à l’infini.

Puis telle autre série de fenêtres, flanquée de ce chiffre 11, qui n’avait rien emprunté aux poèmes de Vallejo, encore moins à ceux de Pavese, pourtant traversé par des fondus enchaînés aux suaves collines piémontaises ou andines, et qui faisait des clignements aux stars du moment. Comme des étoiles suspendues à la profondeur d’un abysse, l’œil fractal immense, s’adressait à la beauté de Sophia, à ces pulpeuses lèvres sous forme de nébuleuse spirale, à sa poitrine imposante aux couleurs de la Voie Lactée. Les Pléiades et la Croix du Sud fusionnaient en cascade et rebondissaient en cheveux d’une blondeur éblouissante qui revendiquait Anita ayant emprunté à l’azur ses pupilles, et aux amazones, sa taille délicate de scandinave. Réunies en mots croisés et décroisés, comme mots-valises ouverts aux voyages, des fenêtres isolées, des 4 fois quatre coins de la ville, se répandaient et se répondaient en faisceaux lumineux. Ils avaient tous, la nocturne ombre brune de Claudia, la latine, la douceur de ses reins, les glissements progressifs de sa peau, l’arome délicieux de ses joues. Enfin, sous les recoins les plus sombres de la cité, veillaient durant les nuits anthracites sans lune, des fenêtres souterraines, celles qui dégageaient en chœur la puissance vocale d’Anna, son tempérament excessif, son côté louve romaine. Des jumeaux, fuyant leur constellation, venaient s’allaiter à chaque pause, après les prises de vue. L’empire céleste déclinait et de nouveaux Attila, à l’affut des territoires, préparaient leurs épées.

Il était sans fois, une ville-cité-des femmes revues en quatre mondes, qui tournaient autour d’un ciel et d’une terre tracés à la craie par Julio Cortazar, jouant comme un enfant à la marelle. A pieds joints, vint s’ajouter Italo, parmi les enfants joueurs. Puis, un dénommé Perec, que certains appelaient Georges , adorateur des échecs, du fou et du cheval du roi. Ou encore Guillaume, à l’Italie légère et singulière, sautillant sur le pont Mirabeau. Les lumières éclairaient tous les portraits, même ceux restés invisibles. Mille et une nuits défilant en caravane devant une Italie aux rêves éveillés. Eduardo Caveri, dimanche 2 mai 2010.

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2019 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs

 

- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -