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La marchande de marrons
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 Article publié le 6 octobre 2005.

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« Ses croquenots, ses sandales, sa bâche à rabats, son paille, son paletot rafistolé aux coudes, ses falzards brodés aux genoux, la tocante de sa première et dernière communion sur dix heures dix depuis des lustres, prends-les, là où il est, ce barda, ça l’encombrerait. Ses cartes, ses dés, sa tondeuse... Prends-les. Il se l’est pas fait répéter trois fois. Je regarde au crochet derrière la lourde, sa veste en velours côtelé des grandes occases avec son brûle-gueule, sa blague et ses carrelingues à double foyer dans ses profondes. C’est tout ce qu’il me reste de lui. Un type courageux. Il s’en ai vu avec sa diva. On dit, on dit, mais la tuberculose reprend du service. J’avais des oncles au sana. Il vire comme une toupie. Quoi faire d’autre ? Dans son moulin, il en ressasse des épisodes. C’est qu’ils étaient déjà collés à l’école primaire ! On retourne pas en arrière, ma bonne. On se console mutuellement. Si on était plus jeunes, comme on se dit, on aurait mêlé nos solitudes. A notre âge, on a trop d’habitudes et de tracas. Se mettre en ménage... Et puis, j’ai toujours mon défunt. Sa rôtisseuse dans les pattes d’un autre, il en serait malade. Les unions, ça se fait au ciel. T’engendrais pas de mélancolie ! Les machines remplacent de plus en plus ceux qui bossent... A quand des machines qui remplaceront ceux qui branlent rien ? Si le temps a un nougat dans le passé et un nougat dans le futur, cela veut dire qu’il flasque sur le présent. Tu vas chercher tout ça où ? J’y tiens à ses carnets et à ses portemines. C’était un philosophe, mon Blaise. Blaise, c’était son deuxième prénom. Sa jappe attroupait les piétons. Eberluée, la galerie ! Si on avait été bourrés d’as, il aurait pu faire intellectuel de gauche. La paix en Algérie ! La paix en Algérie ! Les tortures ! Les charniers ! Plus jamais ça ! On s’est égosillés. Métro Charonne. Les accords d’Evian, ça s’arrose, camarades ! Lui et la Boulange, on aurait pas manqué ça pour tout l’orgue du monde. Deux larrons en croisade contre l’asservissement.. Du boulevard ! Du mélodrame ! On s’étranglait. On se poilait. A se faire dessus... La biture délie la menteuse. Il paraît que les comédiens se frictionnent le corps, s’humectent la glotte et les amygdales avant de se glisser dans la couenne et les nippes du personnage. Je le crois. Le muguet, les ballons, les moulinets à vent, les pétards, les osselets, les sucettes géantes multicolores, les tofees, les boules à mâchonner, les tubes de coco, les babioles... Les rues, les places, les esplanades, les jardins publics... Les marchés, les foires, les kermesses... Les marrons, c’est les loisirs, le repos des guerriers. On retrouve l’intrépide bande. Eté comme hiver. Un brin d’bonheur, m’sieurs dames ! Approchez, les mioches ! Chaud, les marrons ! Chaud, les marrons ! Toutes ces allées et venues... Toutes ces histoires, tous ces hasards qui se croisent, se frôlent, s’enchevêtrent... Le destin. On dit : On y peut rien, c’est le destin. On le dit toujours après. Avant, on sait pas que c’est le destin. Des chrétiens partout, et tu soupes tout seul. Seulabre à l’écuelle qui recule. On profitait des saisons. Les nèfles, les feux et les poires de la Saint-Jean, la Saint-Valentin, la Sainte-Catherine, la Sainte-Barbe, la Toussaint... Il faut bien que les saints et leurs baguettes de cire servent à quelque chose. Les nuages s’éloignent. Là où tu es, t’as ni chaud, ni froid, ni faim, ni soif. Sa famille, celle qui l’a chassé, renié, qui le connaissait plus, me l’a repris sans son avis. La smalah tient à ses refroidis. Pas un doit manquer à l’appel. Il roupille au bord de mer dans une caisse doublée avec des poignées en or et dans un costard trois pièces à sa taille. T’en as de la chance, matelot. Je me fais plus de la bile pour toi. A part un raz de marée ou un tremblement de terre, plus rien peut t’arriver. Tu entends ! Te turlupine pas pour la vioque, elle se débrouille comme une cheftaine. Elle se languit de ta trogne et de ton caractère de cochon... Le destin... C’est égal, je partirai quand je partirai. Personne pour réclamer la dépouille de la sinoque. Le tiroir ou le catafalque... La tranchée ou le Panthéon... C’est ça la République. La vie, quatre planches... La mort, quatre planches... De la baraque à la boîte aux dominos. Ramène ta barbaque ! Je vois pas le joueur d’orgue. Il prend pas sur lui. C’était pas ça. Il s’attarde de plus en plus à l’abreuvoir depuis qu’il a plus le regard de son chien. Le balai, la serpillière, l’aiguille, le fer à repasser, c’est pas l’affaire des hommes. Ma cigale faisait pas que chanter, je m’en rend compte, ma bonne. Tu vois Blaise, tu l’as échappé belle. Si j’avais mis les bouts avant toi, t’enrichirais le terreau depuis belle lurette. Le siffleur, le persifleur se pointe clopin-clopant. Toujours un air ou une feuille de verveine entre les dents. Son hérisson tout propret sur l’omoplate... Vous le mettez en boule avec vos piques. Il boite légèrement. Des fois plus que d’autres. C’est peut-être une manie. Rarement par-là, le phénomène. Qu’est-ce qu’il manigance ? Vous et moi, brave dame, nous sommes les hirondelles de l’hiver. Vous avec vos cornets taillés dans la presse à sensations gavés de castagnes, moi avec mon échelle de soie pour descendre dans les cheminées fesser les cucendrons et séduire les cendrillons. C’est son bonjour à cet original. »

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