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De Semblables Impuissances (lettre à un ami qui est mort)
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 Article publié le 12 septembre 2005.

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De Semblables Impuissances
Lettre à un ami qui est mort

 

« Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies, humecté de toutes les rosées. » (Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal)

 

Pauvre soleil corrompu

Nos plantes de pied durcies

À ton langage sidéral

 

Ternies nos sombres silhouettes ;

Aux cimetières horizontaux couchées

Creuser

Chuintements

Troubled Water

Tels abîmes qui violent nos

Buissons avilis

 

Applaudissements

 

Creuse puisatier 

Jusqu’à l’os

Après la saignée nos lambeaux de prairie atrophiée

Au festin des loups habitués

 

Nos schismes d’incurie

 

 

Sommeil ; indissolublement

Mots impuissants

Qui disent le Silence

Qui dit le poète

 

En sa religion -

 

Désert de vérité...

Où la soif est de marbre

 

 

Poète

A demeure

Quelle retraite ?

Ces enfants qui secouent

Ta juvénile mort putrescente

Aux hommes

 

 

Trahi comme une absinthe

S’enivrant d’elle-même,

A part soi

Le son de nos vaines diatribes

Ô ce monde que tu n’habites plus !

 

 

À toi seul

Poète solitaire

Fourmillement de vivants

Au mutisme ennemis

 

 

 

Accourez ! Terrassiers !

Pour que jaillisse l’Ombre lascive

Du fond des abysses

Une aperture

Cette voix du Néant

 

 

Espoir mutilé

Toi Noir Obscur

Invisible

Réfugié Sans refuge

Refuge des Maux Anciens

 

Creuser cette houle

Du désir Sauvage

Noir Sauvage

En cette aurore pâle ?

 

 

Visage tuméfié

De cet orgueil interdit

En cette blanche écume

T’emportant

Te roulant

 

Écoute ce roulement

Au loin

Ces lointains soupirs

De ton peuple perdu

Tam-tams

Sage et virevoltant ;

Jusqu’à la démence

Toute de chair

Danses des mots,

Chants des mots,

Rires des mots,

Tes mots qui se lèvent

Tes mots qui s’enivrent

De fraternité,

De rhum,

Tes mots sexe

Tes mots qui enlacent,

Qui embrassent ;

Tes mots qui flagellent tes membres

Qui fouettent ta docile mélopée

 

Point de Hauteurs ;

Mais des mots de sueurs frustes

Mais des mots du ventre

Des mots ceints de barreaux

Des circonvolutions de ton âme ;

Mais des mots des entrailles

Tapies aux profondeurs

Qui soudain frappent aux portes

De ton purgatoire ;

Qui soudain fouillent,

Qui débauchent ton cœur malhabile

Qui font l’Amour à cette tienne Terre

 

Mais des mots morpions suçant ton sang,

Ton plaisir oublieux,

Fustigeant ta paresse

Des mots qui n’en sont pas

Des mots-Être, des Traîtres-de-Mots

Des mots-Substance

Des mots-Sève

 

 

Nulle abdication

À ta noirceur vespérale-

 

Ton noir butin disputé

Tantôt au

Blanc

Jour

 

Tantôt à la

Noire

Nuit

Nuls subreptices à ton soleil de minuit

Aux lois contraires,

Ta condition condamnée

 

 

Tes vieux os de pauvre

Déporté

Translaté

Toi

Noir Muscle dilaté

En ta disgrâce

Aujourd’hui comme hier

Tu as le goût pestilentiel

Du cadavre flottant ;

 

 

Reçu ta dernière toilette

De ce Gouffre Amer

Où tu échouas naguère

Toilette d’Immondices

Se nourrissant de l’excès

De ta nuit ancestrale

Te Souviens-tu ?

 

Que n’as-tu des Tout-terrains

Des Four by Four

Des Hammers

En tes bosses pustuleuses

Pour fuir...

Ne fuit que le vent

Pour un ailleurs à écorcher ;

Ne fuient que ceux dont le ventre

Paraît-il empli d’essence

Longtemps raffinée

 

 

 

Il y eut bien des chiens

Qui ont eu plus

De chance.

Des BB phoques

En leur temps

 

Réfugié Torrentiel

Dieu bénisse le Ciel

Dieux des Stades municipaux

À la bonne fortune ;

Toujours

Ces autels du pécheur

Qui limitent l’étalement

De ton corps,

De ta détresse,

De ta misère noire

 

Risque

Contagion.

Va

Dispute à tes frères

La gamelle du déraciné !

Les loups se mangent en famille...

...

Que la nuit t’apparaisse

En dague salutaire

Pour que tu pagayes, tu pagayes,

Tu pagayes de présence

À toi-même

 

Que la foudre te frappe

Ardemment

Chapelle

Luisante tel un rayon translucide

Pour t’empêcher d’oublier

T’empêcher de rêver

A l’humanité

Qui t’oublia

Un blanc matin

Sans couleurs

 

Zélateurs, tes Semblables ?

Honnêtes serviteurs du Capital

Qui prient le dimanche

Qui ont donné à la Justice

Le doux visage de l’Aumône ;

 

Qui te rouèrent de coups

Bas

Te voilà donc de retour

En bas,

Ombre en dessous

 

Toi qui crus que leur blanche Lumière

Vaut bien plus que tes sombres lucioles

 

Eux qui te laissèrent ton grossier châlit

Aux clous dressés

En sentinelles de ton agonie

 

 

Te sacrifièrent

Rite séculaire

 

Ta Peine Capitale

Ton seul Capital

Ton seul Bien qui tranche

Le débat.

 

 

« -

Toi noir drapeau en berne

Debout et marche sans illusion

De victoire

Sans haine éphémère

Avec ton ombre hideuse

 

Alors

 

Tu atteindras cette aube

À pas comptés

Que tu creuseras sur ton corps

Raidi,

Mais fier ;

À l’affût

De sa dignité

 

Toi

Mon frère

... »

 

 

 

« Au bout du petit matin, une autre petite maison qui sent très mauvais dans une rue très étroite, une maison minuscule qui abrite en ses entrailles de bois pourri des dizaines de rats et la turbulence de mes six frères et sœurs » (Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal)

 

 

Brûlures incandescentes

Mon frère, mon sang

Tes flots

Pour étreindre mes flammes

Mon cri aux hurlements intérieurs

 

Te parviendra-t-il ?

 

Mon vieux Paris

Paisiblement dormait

Le pauvre-

Et ta Nouvelle-Orléans

Fredonnée au saxophone

Ton jazz qui regorge ;

Mon tam-tam de braises

 

...

Les larmes de ton ciel

Mes nuages de fumée

Mes rats

Aux recoins de mon âme accoutumés ;

Mon bois vermoulu,

Mes odeurs,

Ma planète Saturnisme

Embrasement

Embrassons notre douleur !

Cette si fidèle amie...

 

Consumée

Ma honte ; ma tête

Basse.

 

Mon frère englouti

Ta Louisiane

Mon taudis

Du numéro 13

 

Moi

Poussière ;

Poussière dans l’œil blanc

Toute petite poussière

Bientôt

De retour en Afrique

Nage mon frère ;

Nage puisque tu es à L’eau,

Ce que je suis au Feu.

Pittsburgh, 10 septembre 2005

 

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