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Haïti - Dans la blessure du silence
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 Article publié le 1er novembre 2011.

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Dans la blessure du silence, dans ma solitude d’exil
J’écris ma peine, avec le sang de cinq cent mille martyrs
Au corps d’argile, qui gisent encore dans mes songes,
Pour que les mémoires se souviennent

Un an après, les cendres fument encore
Dans mes souvenirs, la terre tremble dans mes mirages,
Tout bouge dans mon cœur de chair et d’humus ;
Un an après, l’île à genoux, plongé dans l’abîme de l’oubli,
Panse ses plaies tout doucement dans ma poésie.

La nuit dépouille mes rêves
Chaque fois que je regarde ce qui reste de ma ville
De sanglots, de cadavres, d’ordures et de parias,
Quand les voix déchirées se mêlent aux râles du vent,
Quand mes pas se mélangent à la poussière des routes
Labourés par le séisme. Ah ! Si les morts pouvaient parler !
J’appartiens à un peuple de fantômes à corps de glaise,
Qui cache son passé à distance d’étoiles,
J’appartiens à une caravane de poussière perdue
Dans le désert des lendemains creux.
J’appartiens à un peuple meurtri
Qui écrit son histoire sur les ruines de la ville
Ou sous les tentes bleues de la résilience,
Peuple chantant dans l’attente de la clarté
Qui a déserté ses paupières
Depuis ce soir du douze janvier.
J’appartiens à un peuple qui défie la poussière
Et les tonnes de gravats et la déprime et la démence
Pour déterrer l’espoir.

Je suis un être suspendu entre hier et demain :
Le désespoir n’est pas ma destination
Ni le territoire de mes errements ;
Je suis le sang et la rosée, la terre et le visage,
La voix et le sanglot,
Celui qui poursuis sa marche malgré les mille et une images
D’horreur, de terre froissée au fond des yeux,
L’enfant qui crie devant le corps meurtri de sa maman,
L’homme qui étreint la nuit et la fleur noire 
De l’absence sur le chemin des larmes.

Peuple brisé, que reste-il de ton histoire de joie
Au bout des larmes, de fleurs écloses sur les rives désertes,
De danse dans la fraîcheur de l’aube
Et de rires tout le long de ton chemin ?
Muettes sont les nuits qui étouffent tes cris
Pour que l’oreille du silence ne perçoive ton chagrin,
Personne ne dira l’éternité de ta souffrance,
Nulle étoile ne viendra interroger ta tristesse.
La terre a ouvert une brèche dans ta plaie,
Depuis, tu étreins le rideau de l’absence
Pour mourir à chaque instant.

Malgré ta solitude et ta souffrance,
L’angoisse et la tristesse, je t’invente une écriture
Avec le chant sacré d’une colombe
Qui porte dans son bec un rameau d’olivier.
Mon dit pour toi est un refuge, une alliance
Entre le malheur et l’espoir, un monde qui commence
À l’autre bout de mon silence.
Si le temps fissuré n’invente plus la lumière
Au bout de ton tunnel, je ferai de mon cœur
Un sablier pour que s’ouvre le jour de ta résurrection.

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