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2 - Cosmogonies II
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 Article publié le 7 juillet 2010.

oOo

Ici, peu de ’schizophrènes
beaucoup de ’paranos
et surtout énormément de ’cons...*
Le jour où t’hésiteras plus devant la nécessité,
dit DOC sans se mordre les lèvres,
le monde ne sera plus un monde pour toi,
mais ce qui donne un sens à ton monde.
Extrait de Gor Ur...

La poésie n’est pas une sinécure...

Tchernobyl — le mal nécessaire.
Nous le savons : sans les ouvriers envoyés sur le site nucléaire de Tchernobyl, pauvres types qui ne savaient même pas qu’ils se sacrifiaient pour les autres, la catastrophe aurait été tellement énaurme que je ne serais plus là pour en parler. Les décideurs ont donc pris la bonne décision. On leur en a voulu au début, mais c’est fini, maintenant on les aime. Aimer des apparatchiks, why not ? They saved our souls ! Voilà comment les choses, ou plus précisément l’ananké des choses prend un sens qui lui est donné... en en prenant un.

Victor Hugo — le bien commun, celui-là ou un autre.
Une des grandes oeuvres de Victor Hugo, c’est bien cette trilogie de l’ananké dont on parle finalement peu, beaucoup même en ignore jusqu’à l’existence. Cette oeuvre importante est formée de trois romans : Notre-Dame de Paris - l’ananké des dogmes et de la religion - Les misérables - ananké des lois sociales et du travail - Les travailleurs de la mer - ananké des choses et de la nature. Ainsi, Victor Hugo faisait le tour d’une pensée tournée vers l’Homme et son humanité soumise aux lois, à leur fatalité et à leur irréversibilité. Il y a là quelque chose que je préfère au cinoche un peu désuet de Balzac.

Littérature — quant-à-soi, son degré d’affectation.
Jetant un oeil moins assuré, mais plus amusé, sur ce monde où j’existe uniquement parce que j’y vis (je ne crois ni à dieu ni à diable et je ne sers pas l’État et encore moins son Être suprême), je vois bien que depuis mon enfance traversée de péril nucléaire (les années soixante) les choses ont changé dans un sens constant. Et particulièrement dans le domaine littéraire à qui j’ai donné, quelquefois sans compter, mais toujours avec passion.[1]

 

Anciens et Modernes
Exigence et ambition
Limites et dérivées

 Que mon sort fut différent du sien !
Hölderlin - Hypérion.

 

Grosso modo, le créateur, quand il ne s’agit pas du plus modeste auteur, se trouve toujours coincé dans la querelle des Anciens et des Modernes, ce qui n’a évidemment pas le même sens au XVIIe siècle qu’au XXe, à ce détail près que le parti ancien n’a pas beaucoup changé, sauf en exigence de forme, qui l’est moins, et que la modernité a peut-être évolué dans le sens d’un accroissement de l’ambition. Il faut bien que je fasse cette distinction entre exigence et ambition, car l’exigence est contenue dans la forme, celle de la langue française par exemple, et l’ambition est une question posée au langage, y compris aux animaux qu’on interroge de plus en plus et surtout de mieux en mieux. L’exigeant et l’ambitieux sont deux personnages forts différents de nature et d’impact.

On sait bien que la modernité du XVIIe siècle, en gros celle du bourgeois, s’éloigne le plus possible des préceptes aristotéliciens et approche de mieux en mieux l’antiroman par exemple. Au début du XXe siècle, l’impressionnisme est à la mode, créant des objets autrement décoratifs que les visions de Bosch[2]. Du même coup, on ajoute du grain aux règles d’Aristote par le biais d’une théorie de l’ombre et de la lumière qui est encore plus près de la vérité scientifique que, dans le domaine musical, la résonance naturelle, — le divertissement n’ayant pas vraiment prouvé sa pertinence en littérature ni le la, qui fut un mi-bémol au temps de Pythagore, n’a convaincu les véritables chercheurs de la musique absolue. Pas étonnant alors que les modernes de 1900, dont Marcel Duchamp n’est pas le moindre, ont notamment revu et corrigé les notions de lecteur, de regardeur et d’écouteur, limitant toutefois le champ de l’investigation artistique aux périphéries du goût, de l’odorat et du toucher, Des Esseintes n’ayant pas vraiment convaincu et demeurant la parodie du déclin en toutes choses. Mais enfin, en dépit des dérives bien orchestrées de la modernité récente, l’art contemporain, s’insinuant entre les aires du soupçon et les reliefs du festin populaire, s’en est somme toute assez bien tiré, je trouve.

Ce que je ne trouve pas, moi qui ai hérité d’une histoire assez bien ficelée, c’est à y redire. Sauf à sombrer moi-même dans le dogme, passage obligé des sectaires et des serviteurs zélés, je ne vois rien d’autre à faire que de jeter un regard sur le monde, lequel se résume à ce que j’en sais quand j’ai fait le tour de ma chambre où se trouvent l’écran qui me renseigne au quotidien et les livres que je conserve pour je ne sais plus quelle raison ayant trait au temps où je les ai achetés et sans doute aussi aux espaces des bouquinistes de Montolieu. Ce qui, vraiment, limite ma crédibilité, la foi même que je pourrais avoir dans l’art et le combat contre ses conséquences.

Lanternes et vessies
Il fut un temps, pas si lointain, où la pratique de l’écriture, du français en ce qui nous concerne, pouvait raisonnablement témoigner du sérieux de l’écrivain ou au contraire le démystifier dans un temps qui dépendait uniquement de la volonté de réduire la littérature à ce qu’elle produisait de meilleur[3]. Chose curieuse, cette littérature, chemin faisant, perdait facilement le sens des réalités pour créer des modèles dans le genre des moules mâliques de Marcel Duchamp. On y entrait, et on en sortait, à volonté, jamais par dépit, car alors il n’y avait aucun intérêt à détruire ce qui avait été si patiemment construit. Cette littérature était sans toujours le savoir, une littérature ’schizophrénique[4], c’est-à-dire qu’elle était composée d’œuvres dont on ne pouvait pas dire qu’elles ressemblaient à une réalité connue au moins de tous. Et la part de ’schizophrénie est allée croissante jusqu’à récemment. Ainsi, des œuvres sont nées de l’intérieur, prenant le pas sur celles qui s’enracinaient encore dans les apparences de la vie sociale et de ce qui se passe sur les écrans. On passait de la pensée qui pense quelque chose, comme chez Victor Hugo[5], à une expression correspondant à une sorte de projection de soi sur les autres. La modernité se trouvait dépassée par quelque chose de plus ancien encore que ce qui faisait loi question composition. Et ce n’était pas divertissant du tout, à moins d’être complètement fou.

C’est à ce stade de son éréthisme que j’ai abordé la question des créativités et de leurs objets. On disait alors que les ’schizophrènes allaient en enfer, qu’on était tous des ’schizophrènes et que ceux qui ne l’étaient pas encore mourraient de mort violente avant d’avoir le choix. Un monde très compliqué, celui des années 70. Et petit à petit, autre chose.

Le déclin
J’ai observé, peut-être pas aussi finement que j’ai voulu, mais avec diligence, que la part de ’schizophrénie a diminué en même temps que les gens devenaient plus heureux parce qu’ils vivaient plus longtemps et qu’ils pouvaient s’acheter n’importe quoi. La vieille France s’achevait dans la catatonie, et une nouvelle, à peine élue à la consommation de masse, devenait socialiste, c’est-à-dire capitaliste, mais avec une exigence d’effort personnel limitée au raisonnable et au far niente. Je m’en félicitais, comme on embrasse son écran « parce qu’on a gagné ».

 

Lanternes et vessies bis
Prurit et simulation
Privilège et recommandation
Prophètes et démiurges

Cas pathologique d’un égoïsme formidable.
Lautréamont - Poésies.

 

Je déchantais aussitôt, non pas parce que des voyous prenaient le pouvoir directement ou par procuration post-mortem, mais parce que je voyais bien qu’en abandonnant ses aspirations ’schizophréniques, la littérature s’adonnait à la ’paranoïa[6], sorte de divagation qui peut bien passer pour de l’art, mais qui n’est somme toute qu’un aspect de l’ignorance et de la superficialité qui forme alors le lit des textes proposés à l’achat. Ainsi, comme je l’ai formulé ailleurs, au lieu de dire : « La marquise est sortie à cinq heures », on écrit « Cette conasse s’est cassée à cinq plombes pétantes » — genre prisé des défenseurs d’une littérature digestible — ou « J’étais là quand elle s’est extraite, couvert d’horloge et passablement inquiet pour le devenir du peuple » — commentaire du commentaire comme il arrive à ceux qui n’ont pas grand-chose à dire et qui le disent quand même…[7]  Et je passe sur les pseudo jargons hérités de Michaux et de lectures obliques de Freud. En résumé, le paranauteur traduit sa médiocrité intellectuelle et artistique en enfilant du vocabulaire et des règles qui tiennent plus du football que de l’intelligence et de la perspicacité naturelle aux véritables créateurs, que ceux-ci soient chansonniers ou poètes des profondeurs, narrateurs du romanesque et ou contempteurs du roman où il ne se passe rien parce que ce n’est pas le sujet, etc. Comment ne pas alors finir par considérer que ces paranauteurs ne sont pas honnêtes ni fréquentables ? Pourtant, leurs bouquins ont bien souvent pris la place des grandes œuvres de l’esprit et même s’imposent par leur « cri » et les difficultés lexicales. Là où les mauvais poètes du XVIIIe siècle augmentaient les mots d’une majuscule explétive sans en accroître donc la portée signifiante, les paranauteurs fouillent les dictionnaires spécialisés[8] pour nous faire passer les vessies, qui servent ordinairement à ne pas se pisser dessus, pour des lanternes dont ils sont évidemment les éclaireurs.

Mais, malgré la légèreté pondérale qui affecte leurs œuvres, ces paranauteurs demeurent des aristocrates, des producteurs pressés qu’il faut publier, sinon ils se suicident ou menacent de parasiter les lieux bien connus où le privilège social ne va pas sans certaines recommandations, double tranchant hérité des profondeurs de l’Histoire.

Les paranauteurs ne forment pas, peut-être heureusement, le gros de la troupe que nous constituons depuis que l’économie globalisée rend le concept même d’humanité difficile à soutenir. Mais ils occupent le terrain et sans doute faut-il aller les compter dans les lieux où le copinage s’exerce à la place de la pertinence. On en rencontre aussi ailleurs, puisqu’il sont partout. Ils connaissent le terrain comme le fond de leur culotte. À peine réunis à l’occasion d’une fête de la poésie ou du prétexte poétique, ils donnent corps à la jalousie et à l’hypocrisie qui sont les deux tenants de l’égoïsme. D’où le manque de milieu littéraire où aller quand on revient du spasme familial ou de tout autre événement primordial qui affecte l’équilibre… nécessaire à la survie. Les discordes ont d’autres sujets véritables que les concepts et les doctrines : il s’agit de se disputer des subventions, des avantages, sans cesser de se sentir persécuté et quelquefois même véritablement malade. On se tient en respect ou on se détruit mutuellement. Voilà où en est le débat poétique sous l’aile condescendante des édiles qui ne remplissent pas que leurs poches, reconnaissons-le, en bons trafiquants d’influences autrement subtiles.

 

Lanternes et vessies ter
Fric et omniscience
Raison et tranquillité
Les ’cons finis et les ’cons à venir

 

Il fit un tuyau de jonc, pointu par le bout ; et, quand il attrapait un chien dans la rue, ou partout ailleurs, il lui prenait une patte sous son pied, lui levait l’autre avec la main, et, du mieux qu’il pouvait, lui introduisait la pointe du tuyau dans certain endroit par où, en soufflant, il faisait devenir le pauvre animal rond comme une boule. Quand il l’avait mis en cet état, il lui donnait deux petits coups de la main sur le ventre, et le lâchait en disant aux assistants, qui étaient toujours fort nombreux : « Vos Grâces penseront-elles maintenant que ce soit un petit travail que d’enfler un chien ? » Pensez-vous maintenant que c’est facile de faire un livre ? - Cervantes - Don Quichotte.

 

Aussi, un autre courant s’est déclaré éligible à la qualité d’auteur incontestable : ce sont les ’cons[9]. Ce n’est pas tout à fait une nouveauté, mais le contexte économique et médiatique en a multiplié la portée au point que pour beaucoup, ce qui relève de la ’connerie est reconnu comme très supérieur à tout ce qui dépasse, esthétiquement, la raison et, moralement, la tranquillité. Raison et tranquillité remplacent dans le débat les concepts d’exigence et d’ambition que j’évoquais tout à l’heure ; on a vraiment changé de monde. Il faut bien en convenir et même s’adapter sous peine de se constituer à côté de ses pompes. La confusion entre art et divertissement est définitivement installée[10]. On n’a même pas de mot pour ça !

Les ’cons, qu’on peut appeler aussi des ânes par respect pour les cons qui ont leur charme, je m’en souviens comme si c’était hier : on avait d’un côté le fric du show-business, avec aux extrêmes Georges Brassens et Johnny Hallyday, héritiers de Béranger et de Rictus, l’un consciemment, l’autre par procuration, — et de l’autre les laboratoires de poètes sans exigence ni ambition, des poètes qui cherchaient du nouveau à n’importe quel prix, du côté des théories à la mode ou des thèses porteuses. Le creuset populaire avec son fric et ses limites vite atteintes et de l’autre, les éprouvettes de soi disant chercheurs qui se fichaient pas mal du hasard qui veut que la condition de recherche, c’est d’abord de trouver. On avait ainsi une cohorte populaire bourrée de fric, aussi peu exigeante que possible sur tous les plans de la création, et une clique de chercheurs chacun lancé sur une piste du possible avant même de se poser la question de savoir si on avait ou non la fibre poétique. Et cette clique, divisée en autant de clans et chaque clan en autant d’égoïsmes forcenés, jouissait de sa réputation, soutenue par l’édition parisienne soucieuse seulement de se donner une apparence littéraire pour améliorer l’image de marque de la maison, laquelle vendait essentiellement de la merde.

Aujourd’hui, si les choses n’ont guère changé que dans le détail de la force de vente côté lisibilité populaire[11], par contre, les grandes maisons n’ayant plus guère besoin (au contraire !) de vernis littéraire pour exister, on voit la clique et ses clans errer l’hiver à la recherche d’un printemps qui ne soit pas celui des poètes, et l’été sur les pistes improbables des petites maisons d’édition qui ont encore le courage d’éditer de la poésie, avec ou sans printemps et beaucoup d’automnes en perspective. On ne s’étonne jamais, par habitude, de constater que les ’cons sont toujours aussi ’cons. Mais il n’est pas facile, reconnaissons-le, de parler de ces autres ’cons, ceux qui n’en ont pas l’air parce que leur langue n’en a pas l’air, ceux qu’on ne peut raisonnablement classer dans le cercle des paranauteurs et qui n’entrent pas dans celui des schizoïdes de la plume et du vent. Heureusement d’ailleurs, car la plupart, pour ne pas dire tous, servent avec joie la société, y enseignant le plus souvent, ou s’adonnant aux distributions d’aliments intellectuels via le patrimoine national, quelquefois même ils règlent la circulation pour nous épargner les embarras[12].

 

Je n’irai pas plus loin dans cette petite réflexion de l’été, ne souhaitant vexer personne, ni me livrer moi-même pieds et poings liés. J’avoue que j’ai la nostalgie des espèces de dissociations mentales qui ont renouvelé le texte littéraire, mais je suis bien incapable, pour des raisons personnelles, de m’y adonner sans autre forme de procès[13]. J’avoue, d’autre part, que je cultive de mauvais sentiments à l’égard de ceux que j’appelle des paranauteurs, ceux qui traduisent leur misère intellectuelle pour se donner un genre — prophétique, démiurgique —, ce qui trompe quelquefois, mais pas aussi souvent qu’ils le croient, car nous sommes assez humains pour leur souhaiter de changer et de se mettre véritablement au travail.

Ce n’est peut-être que ça, après tout, et je ne serais ni ’schizophrène, ni ’parano, ni ’con surtout : simplement aimable. Mais pourquoi devient-on aimable alors qu’on a été un enfant ? Par pure nécessité, celle de la survie, un cran en dessous du rêve de gloire et de postérité, fornication immature en soi, mais plus vraiment à la surface. Au fond, je ne fais qu’ajouter ma part d’angoisse — curieux concept — aux trois gros et beaux livres que Victor Hugo a rassemblés devant nous. Part de lecteur, bien sûr, et non pas d’écrivain. Rose is a rose is a rose is a rose[14].

 

Patrick Cintas.

 

* Orthographes réelles précédées d’une apostrophe afin d’éviter les faciles calembours.


[1] Il y a belle lurette que je sais par où je passe quelquefois quand j’écris : 1) la catastrophe télévisuelle, 2) l’œuvre de référence puis 3) la littérature à l’essai. C’est toujours ainsi. Petite révélation qui facilitera l’accès à mes livres. C’est un de mes idéogrammes type, que je nomme : valse herméneutique opus 1 ou prépneustie. Ma rhétorique est hélas une réalité, mais elle n’est pas en principe emphase ni dialectique. Mon travail d’écriture consiste simplement à frotter le briquet d’une rhéologie du texte (contrainte) contre contre l’amadou d’une herméneutique (inspiration) pour limiter les zones d’ombre (reconnaissance) au plaisir. Mais je suis beaucoup plus riche comme lecteur que comme écrivant, car je lis beaucoup et de tout, sans parti pris ni morgue, toujours attentif aux contenants, prêt à tous les contenus. [humour]

Mais cette époque de formation accélérée ne se limite pas au nucléaire et au quant-à-soi... Le texte, déjà mis à mal par les expérimentations et les hypothèses, semble sortir de son destin séquentiel pour se renouveler dans l’aléatoire. L’hypertexte, réinventé par Theodor Nelson, nous sépare des inventeurs de la modernité début de siècle comme à leur époque le hasard et le choix ont changé la donne. La lecture en est changée aux extrêmes du texte : celui qu’on fait lire aux enfants et celui qui marque son temps apparemment comme seule peut le faire la littérature. Entre les deux, la saga commerciale du divertissement cultive les vieilles recettes dans la seule optique commerciale, mais aussi politique, à la fois excitante et tranquillisante. Sachant dès aujourd’hui que la masse à mémoriser est telle que l’hypertexte est proprement traversé de connexions qui se constituent rapidement en système, en nouveauté immédiate.

La masse de l’écrit destiné à amuser ou former va grandissante, et en cela même s’épuise et se renouvelle constamment. Mais il n’y a pas lieu, pour ceux qui visent mieux et plus haut, – car on vient justement de constater que les moyens de continuer d’écrire et ceux de communiquer les textes sont en net progrès par rapport à ce qu’on a connu naguère d’imprimerie et de papier – de s’inquiéter plus que ça... et cette croissance n’a pas de fin imaginable autrement que par le biais des niaiseries produites par le cinéma et les kiosques. Ce qui, personnellement, me rassure. La littérature a de beaux jours devant elle, avec ou sans l’approbation de ceux qui s’adonnent , comme auteur ou lecteur, le plus souvent les deux en même temps, à l’agitation collective et collectivisée. Comme on fabrique déjà sciemment les artistes vecteurs publicitaires, on s’attend au langage et à son passage obligé dans la moulinette de ceux que tout ce bordel n’amuse pas vraiment, sauf à en nourrir les prémices des contenants futurs et nécessaires.

[2] ‘On n’aurait pas idée de décorer son living avec des visions saignantes ; par contre, un joli Monet ne dépareille jamais, de même qu’un petit air mallarméen ne trouble pas le silence qu’il honore au contraire, alors que le Coup de dés, n’est-ce pas… ?

[3] Le livre des masques de Gourmont est à lire dans ce sens presque perdu aujourd’hui.

[4] ’schizophrène - Auteur qui prend les vessies pour les lanternes. Mais aussi n’importe quel fou ou chercheur qu’on ne peut pas prendre pour un charlatan. Quelque chose limite sa préhension des choses, comme les voyantes d’André Breton, les sorciers d’Artaud ou même les Juifs de Céline.

Dans le DSM-IV, ces critères sont :
Troubles d´attention, de concentration, manque de tolérance à l´effort - Troubles de mémoire - Troubles des fonctions exécutives - Hallucinations - Délires - Langage incohérent - Agissements bizarres - Isolement, retrait social - Alogie ou difficulté de conversation - Apathie, perte d´énergie - Diminution de l´expression d´émotions.
* Le DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual - Revision 4) est un outil de classification qui représente le résultat actuel des efforts poursuivis depuis une trentaine d’années aux États-Unis pour définir de plus en plus précisément les troubles mentaux.

[5] … qui finit d’ailleurs par tourner avec ses tables et les honneurs de la Nation.

[6] ’parano - Auteur qui prend les lanternes pour les vessies ou les fait délibérément passer pour telles et qui s’en mord constamment les doigts, ce qui produit du texte, certes, mais en plein mélodrame — d’où ses pratiques de la langue, comme je dis plus loin.

Wikipedia :
D’un point de vue sémiologique, les personnalités paranoïaques se caractérisent par quatre traits fondamentaux qui entraînent à terme une inadaptabilité sociale :

la surestimation pathologique de soi-même.
la méfiance extrême à l’égard des autres.
la susceptibilité démesurée.
la fausseté du jugement.

Le DSM-IV * définit ainsi le trouble de la personnalité paranoïaque :
État de méfiance soupçonneuse envahissante envers les autres dont les intentions sont interprétées de manière malveillante. La personnalité paranoïaque implique la présence d’au moins quatre des sept symptômes suivants :

Le sujet s’attend, sans raisons suffisantes, à ce que les autres l’exploitent, lui nuisent ou le trompent.
Il est préoccupé par des doutes injustifiés concernant la loyauté ou la fidélité de ses amis/associés.
Il est réticent à se confier à autrui, car il craint que l’information ne soit utilisée contre lui.
Il discerne des significations cachées, humiliantes ou menaçantes dans les événements anodins.
Il ne pardonne pas d’être blessé, insulté ou dédaigné.
Il perçoit des attaques contre sa personne ou sa réputation, auxquelles il va réagir par la colère ou la contre-attaque.
Il met en doute de manière répétée et sans justification la fidélité de son conjoint.

Brrrrr... comme dit Clamence.

[7] ... Émergement post-meridiem d’une bien-née... Sublimation à cinq de la plus que baronne... La quasi duchesse en perspective fuyante sur l’heure prévue... Thémis sur le méridien s’éloigne à cinq...

[8] Ayant à publier un ouvrage de ce style de prophète, j’ai dû lui demander de supprimer le lexique qu’il voulait imposer au lecteur.

[9] ’con - Le ’con est rarement un auteur, mais ça arrive. Dans ce cas, il croit aux vessies et aux lanternes, un peu comme on mélange les torchons et les serviettes ou qu’on réussit mentalement à additionner des pommes et des poires pour trouver un chiffre rond, lançant au Monde ce cri d’étonnant : « J’en ai dix ! (ou douze, ou n…) », ce qui ne laisse pas le spécialiste indifférent.

[10] La loi de 1957 y encourage gaiement au profit de l’édition qui ne perd jamais la face en cas de médiocrité alors que pour le même grief, l’auteur est envoyé en enfer !

[11] En gros, les conservateurs qui se posent, à droite comme à gauche, la question du numérique, secouant l’épouvantail pour soutenir l’édition traditionnelle et traditionnellement familiale…

[12] Il faut répéter que la fonction de touriste de la connaissance se conforme à des lois de surface qui capitulent devant les premières rigueurs. La poésie à un tournant obscur de son trajet a été transformée en gérance de biens maudits. Conscience prise de la vanité d’une telle plate-forme, il fallait livrer son niveau à l’agression des examinateurs. Mais on n’immole pas aisément la commodité aidée de l’énergie de conservation, surtout lorsque sa terminologie s’inspire de l’odieuse familiarité ecclésiastique avec les morts. Toute une production qui de nos jours s’estime l’héritière des grands voyants du Moyen-Âge et du XIXe siècle ne tardera pas à découvrir son destin sur les épaules de ce congédié : l’artificialisme. - Char - Grands astreignants ou la conversation souveraine.

[13] Pour cela, petite astuce, je laisse faire mes personnages…

[14] ’On appréciera les contrepoints ci-dessous pour mesurer à quel point j’ai peut-être raison d’avoir écrit cet édito de l’été :

Prière pour aller au paradis avec les ânes

Lorsqu’il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, faites
que ce soit par un jour où la campagne en fête
poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,
choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,
au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton et sur la grande route
j’irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,
car il n’y a pas d’enfer au pays du Bon Dieu.
Je leur dirai : « Venez, doux amis du ciel bleu,
pauvres bêtes chéries qui, d’un brusque mouvement d’oreille,
chassez les mouches plates, les coups et les abeilles. »
Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes
que j’aime tant parce qu’elles baissent la tête
doucement, et s’arrêtent en joignant leurs petits pieds
d’une façon bien douce et qui vous fait pitié.
J’arriverai suivi de leurs milliers d’oreilles,
suivi de ceux qui portent au flanc des corbeilles,
de ceux traînant des voitures de saltimbanques
ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,
de ceux qui ont au dos des bidons bossués,
des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,
de ceux à qui l’on met de petits pantalons
à cause des plaies bleues et suintantes que font
les mouches entêtées qui s’y groupent en ronds.
Mon Dieu, faites qu’avec ces ânes je Vous vienne.
Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent
vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
qui mireront leur humble et douce pauvreté
à la limpidité de l’amour éternel.

Francis Jammes 

Sacred Emily

Compose compose beds.
Wives of great men rest tranquil.
Come go stay philip philip.
Egg be takers.
Parts of place nuts.
Suppose twenty for cent.
It is rose in hen.
Come one day.
A firm terrible a firm terrible hindering, a firm
hindering have a ray nor pin nor.
Egg in places.
Egg in few insists.
In set a place.
I am not missing.
Who is a permit.
I love honor and obey I do love honor and obey I do.
Melancholy do lip sing.
How old is he.
Murmur pet murmur pet murmur.
Push sea push sea push sea push sea push sea push
sea push sea push sea.
Sweet and good and kind to all.
Wearing head.
Cousin tip nicely.
Cousin tip.
Nicely.
Wearing head.
Leave us sit.
I do believe it will finish, I do believe it will finish.
Pat ten patent, Pat ten patent.
Eleven and eighteen.

Rose is a rose is a rose is a rose
Loveliness extreme.
Extra gaiters,
Loveliness extreme.
Sweetest ice-cream.
Pages ages page ages page ages.

Gertrude Stein

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