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Un désir d’anarchie - D’où me vient cette sensation d’infini ?
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 Article publié le 10 décembre 2017.

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D’où me vient cette sensation d’infini ? Et cette croyance que, par un tour d’écriture, je peux atteindre quelque chose qui ne sera donné à tout le monde que de cette manière ?

Actor’s cosmologie

D’abord, une constatation : après plus de quarante ans de travail, je n’ai pas cédé à la tentation d’utiliser mon « talent » d’écrivain pour écrire des objets de genre destinés à amuser le public ou à me faire valoir auprès des distributeurs de distinctions et autres joujoux des Lettres. J’ai fait ce que j’ai voulu, je l’ai fait quand j’ai pu, car l’existence est dure en complications inutiles. Et ça et là, au hasard des trouvailles, j’ai fricoté avec une idée du nihilisme qui me séduit toujours, mais sans que je puisse vraiment en approfondir le sens au point d’y trouver une pensée qui me soit propre.

De toute façon, je ne suis pas « bien né » et j’ai vite compris qu’à moins de servir une cause, politique, religieuse, administrative ou simplement domestique, je n’avais aucune chance d’occuper une place assez nutritive pour compenser mes faims de littérature. C’est ainsi et je n’y peux rien. Chemin faisant, j’ai observé, sans participer, mais n’en pensant pas moins, les disputes littéraires et autres confetti de l’esprit au travail de la reconnaissance et des profits plus terre à terre. J’ai quelquefois apprécié les coups de poing sur les têtes élues, comme le fit Henri Meschonnic qui donna pourtant plus au statut qu’à l’écriture, selon ce que j’en sais pour l’avoir lu souvent avec envie — là, je demande à être contredit —. Mais les soubresauts de l’esprit sont rares dans la littérature, malgré des apparences de révolte qui tiennent le plus souvent du hennissement que du cri. Les « polémiques » de Meschonnic m’ont paru d’emblée judicieuses, même si je n’adhère absolument pas à ce qu’il en tire de politique et de rythme. Récemment, j’ai vu comment un écrivain, certes secondaire, mais pas mauvais du tout, se contorsionnait lamentablement pour faire passer son travail évidemment poétique pour du « roman » simplement parce que dans son esprit le roman se vend mieux que la poésie. J’en fus exceptionnellement déçu.

Personnellement, je n’ai jamais interrogé ces augures, n’ayant pas l’âme d’un démiurge. Je suis constitué d’un corps que je ménage depuis peu, car il a donné de dangereux signes de mort. Il se trouve que ce corps, dont je ne suis peut-être que l’héritier, produit de la pensée et que cette pensée se laisse emporter par le ou les désirs. Au frottement, cela donne du langage et, par conséquence, du texte. Je n’ai donc pas pris le chemin à l’envers, je n’ai pas mis la charrue avant les bœufs. J’ai attendu, persuadé moi aussi que c’est l’attente qui est merveilleuse. J’ai écrit sans jamais viser autre chose que l’objet qui m’obsède, me fascine et m’appartient peut-être si je ne suis pas idiot. Une construction s’est vite imposée à mon esprit et, donc, à mes constantes et passionnées activités de survie.

Contrairement à des apparences de confusion qui m’ont moi-même inquiété de temps en temps, tout ceci est construit ou, si ce n’est pas construit, c’est que ça ne l’est plus, que ça l’a été à un moment donné que j’ai vite renoncé à « retrouver » par le noircissement de papier. Je pense que tout mon effort, qui vaut ce qu’il vaut, consiste à ne pas croire en Dieu, solution qui ne répond à aucun problème et qu’il faut considérer comme une perversion de la pensée au même titre que toutes les superstitions et autres convictions. Mais il n’en reste pas moins que cette sensation d’infini vient de quelque part, pas d’ailleurs ! N’ayant aucune intention de parier, mais reconnaissant dans la nature du pari les fondements de la pensée, je me suis efforcé, tant que faire se peut, de me placer physiquement à l’extérieur, créant ainsi l’illusion de cet intérieur qui n’a aucun intérêt en soi, mais qui est le lieu nécessaire de l’écriture, si c’est écrire ce que je veux.

Je n’ai donc pas classé mes objets en impressions et réminiscences, mais plus simplement, et avec beaucoup moins de poésie, en connaissances et importances. Je crois que c’est ce que tout le monde fait. Nous prenons connaissance, élargissant le cercle qui contient l’extérieur, lequel est inclus dans un néant qu’il vaut mieux ne pas peupler de personnages, car à ce moment ils deviennent des dieux et on perd le fil de la pensée pour s’en remettre naïvement aux religions et aux charlatans qui les gèrent. Puis nous choisissons selon une intime conviction ou par un coup de dés. Il va sans dire que c’est aux dés que je joue et que par conséquent je n’ai aucune conscience morale, du moins quand il s’agit de poésie. Pour le reste, ça ne regarde personne.

Cet extérieur, il n’est pas question d’en décrire l’extension. Je n’en vois pas l’intérêt, autrement que scientifique. Or, je ne suis pas un homme de science. Il me suffit d’en donner la compréhension en usant des moyens de la poésie, ce qu’on nomme la prosodie. J’ai ma petite idée là-dessus et, bien sûr, elle ne sort pas du néant, elle doit beaucoup à la littérature et même quelquefois aux vulgarisations qui font parvenir jusqu’à nous des connaissances de spécialistes.

Voilà en quoi consiste cette traversée de l’extérieur, ce voyage dehors. Et tout cela ne se passe pas dehors, si loin de soi. C’est à l’intérieur que ça se passe. Il en reste, finalement, des écrits et ils sont fortement conditionnés par les supports au fond très simplistes qui demeurent à notre disposition, moyens d’enregistrement de l’écriture que sont les livres, les disques et autres mémoires physiques, la quincaillerie. Cet intérieur, il faut bien l’organiser. Mais contrairement à toute attente, je ne l’ai pas conçu comme une série de volumes, bien qu’ils existent aussi. Je n’ai pas non plus fragmenté le temps, celui que j’ai passé à écrire et donc à (sur)vivre, en « périodes » qui eussent un sens après coup. Il m’est plutôt apparu, de l’intérieur, que j’étais le lieu d’un certain nombre d’inventions et que ces inventions étaient le plus simplement du monde des personnages que j’ai nommés, non pas successivement, mais presque simultanément : Bortek, Kateb, Carabas, Ochoa, Gor ur et Actor. Une floppée de personnages secondaires s’y est ajoutée.

Le tout sans prétention psychologique, ni surtout métaphysique. Pas de soupçon chez moi, pas de sentiment de l’absurde, pas de fatras psychologique ni de parabole métaphysique, rien de moralisant ni d’esthétisant, mais une forte inclination moderniste, quelquefois violemment anti conservatrice. À vrai dire, je hais les signes d’orthodoxie, j’en redoute la nocivité et les cruautés sous-jacentes. Je m’évertue jusqu’à épuisement moral à des exercices conversationnels destinés à rendre évident la toxicité des traditions du goût. Tels sont mes personnages, polysémie d’un trickster pas facile de mettre à jour.

Ce qui veut dire qu’au fond de ma prosodie, il n’y a pas de style, pas de lieux privilégiés et pratiquement pas d’histoire, en tout cas au sens où l’on entend habituellement la dramaturgie. Au contraire, les lieux sont multipliés par les miroirs, les anecdotes s’entrecroisent sans explications claires et l’écriture est celle des personnages ou plutôt le reflet approximatif de leurs voix.

Pour ce qui est donc de ma traversée de l’extérieur, on trouvera ici quelques essais de comprendre et d’apprécier. Il en découle peut-être une certaine conscientisation, mais c’est un effet de conation auquel il ne faut pas accorder trop d’importance. L’essai consiste le plus souvent en une série de justifications qui pourrait s’intituler « Télévision ».

Concernant l’intérieur, autrement dit les ouvrages, les « Inventions », l’effort anthologique qui en principe en recueille l’essentiel sous forme de documents littéraires (roman, poèmes, etc.) n’a pas été accompli et ne le sera peut-être jamais tant la force de l’écrit prévaut encore sur le désir de texte et de reconnaissance. Il n’y a d’ailleurs peut-être rien à retenir, même s’il m’est arrivé de proposer, en amuse-gueule, des choix relevant d’une attitude critique conventionnelle, ce que je regrette toujours un peu.

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