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Conte de Perrault
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 Article publié le 7 janvier 2005.

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Motto : " N’ayez pas peur du bonheur. Il n’existe pas."
Michel Houellebecq

 

Mon image mord toute imagination, toute éternité, tout résumé.

Je ne pourrais pas te montrer mon image. Elle n’est plus là. Elle est à la quête de quelqu’un à la fleur de l’âge.

Indéfinie, incomplète, foudroyée par mon propre noir, brûlée, lucide, mon image est décédée hier soir.

Je ne pourrais pas imiter sa mort. Elle est instantanée, elle change des temps, les côtés de son carré sont égaux, font l’éloge aux yeux fermés, et de travers abritent un rose hardie, ode du repos d’un geste de putain devant la crêperie " Le bonheur ", priant genoux en l’air (à l’âge de sept ans et trois mois).

Je ne pourrais pas te montrer cette fille. Elle a la chair de mots internes et se déplace du mauve au noir, des colchiques aux muguets.

Cette fatigue d’ouvrir les yeux et de constater qu’ils sont déjà fixés sur une chemise où je n’habite plus, mais avec laquelle je joue dans le sable, enfoncée jusqu’au bout du nez, en train de contribuer à la composition d’un béton boréal, action de petite roche parlante, entre chemise et sable, faisant ondoyer les boutons  : le numéro 1, lié à la pensée négligente, le numéro 2, au frôlement sentimental, le numéro 3, à la bouche omnisciente, le 4, vérité caressante, parcourant tout corps qui s’en approche.

Cette jungle de boutons et mon corps aux pleins pouvoirs de décès.

Je ne pourrais pas te montrer ce décès. Il bout, s’engage dans une conjugaison contraire à celle de l’allant. Par mon silence de blanche feuille, il se laisse violer, en quête du malheur qu’il bonheure Ses sons gagnent en force, et en amplitude.

Je bonheure des malheurs et malheure des bonheurs, à moins que le Diable ne me tombe dessus.

Je ne pourrais pas te montrer l’ "il tombe dessus ", cette respiration de, ce souffle de, cet ange blotti contre mes lèvres échaudées, alternant entre le brutal et le délicieux.

Comme tout idéal, légèrement hors du blanc, le Diable ne sait ni frapper ni caresser, d’où la discordance réel- irréel, tel l’horloge d’une discothèque.

Cette totalité d’irrégularités insidieuses, bourgeoises, cousine du va-et-vient des nuages innomés, mais offerts aux romantiques pour leur faire apporter de la neige, à deux.

Comme ça naquit mon image d’un blanc violé.

Mon image sort toujours d’un oiseau blanc, elle rentre toujours dans ma maman tâchée de plumes et de sang. Je ne pourrais pas l’imiter ni m’imiter.

Ne me cherche plus ! Reste loin de moi ! Si ma maman te voyait, elle commencerait à neiger, à saigner, à neiger, à saigner, à neiger. De très haute taille, ses larmes forment des glaciers rouges là où elles tombent. On risquerait une Ère Glacière Rouge.

Mon nom est décédé hier dans la matinée. Il fut mon dernier témoin.

Je n’habite plus là où j’habite. Par amour fou, ma maman m’a oubliée dans ses larmes. Autrement, depuis 3 ans, suis une grenouille rouge magiquement glacée...

Si je devais choisir une autre mort pour revenir au monde, j’aimerais m’étrangler par un conte de Perrault.

 

Stuttgart, le 24 octobre 2004

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