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La chromatique des mots Béatrice Garcia et Pierre Vendel - par Rodica Draghincescu
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 Article publié le 27 janvier 2010.

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Motto : La couleur est un tremplin vers les hauteurs de la lumière et la pureté de la nuit.

C’est l’automne chez les terriens et chez les artistes. La plus belle saison pour peintres et poètes. Partout où nous regardons, nous voyons le feu végétal signalant des noces multicolores : soleil, vent, pluie, brume, brouillard, tourbillon de températures, touches automnales et des couleurs - soupirs.

La nature est comme une poésie. La poésie est comme une peinture. Paroles d’esprit inversées par les artistes de la Renaissance et de l’Âge classique. Durant trois siècles, la peinture s’est réjouie d’être fidèle aux symboles majeurs de la vie. UT PICTURA POESIS, disait Horace.

Peindre la vie c’est un peu imaginer un voyage dans d’autres dimensions, celles de la couleur, de la poésie et de la musique. Peindre, c’est aussi proposer une nouvelle vie à sa propre vie, se recréer soi-même, en quelque sorte.

« Inlocutive » et fantasque, Béatrice Garcia éduque le regard et développe l’imaginaire collectif par ses synthèses de couleur. Ses projections mettent en lien écriture et peinture, poètes et peintres. Couches primaires, volumes et reliefs nomades s’entremêlent. Ce tempérament stimule notre imaginaire. Entre noir, bleu et rouge, quelques rayons de lumière orange nous montrent les itinéraires de l’âme. Animations pariétales à bout de souffle. Un trésor sensitif.

L’artiste a une préférence à part pour les gammes et les rythmes de vert. Le vert comme nuance migratrice. Peintre rebelle, Béatrice Garcia pousse les couleurs à un point extrême. Son pinceau est à la recherche d’une végétation sauvage et salvatrice. 

Osons appeler métaphoriquement notre artiste, Béatrice VERT (elle s’habille très souvent en vert), et verdoie son entourage d’un mystère printanier.  Ce vert, germinatif, olfactif, doucement sonore, représente également le symbole de la sagesse alchimique. Ce vert si interdit en Occident par l’église pendant plus de mille ans, comme d’ailleurs tous les mélanges de verts prédestinés à la peinture. Ce vert foncé ou clair, chaud ou froid, le vert prussien, le vert émeraude, le vert de chrome, le vert japonais, cette couleur virginale dont nous apercevons mieux les variantes sur une toile. Ces verts aux nuances galopantes, folles, évanescentes qui donnent naissance aux calligraphies sentimentales. Le vert définit la métaphysique et ses métamorphoses. Il est la couleur de la poésie même.

Promeneur infatigable dans les bois et les prairies des Ardennes, Rimbaud admirait les nuances de vert pour enrichir son univers onirique.

En Lorraine 2009, Béatrice Garcia dérange et mélange les couleurs basiques et rajoute des tons rompus pour donner éclat à son vert coup de coeur. Rouge, vert et noir en culbute. Lignes et mouvements abstraits, une sorte de rebus esthétique. Le créateur se dédouble et se rebelle en couleurs hardes. Un moi saltimbanque. Il juxtapose les surfaces et les couleurs.

A part ses sujets d’inspiration libre, l’artiste aime travailler la magie des textures poétiques. Elle métamorphose les chrono – topes lyriques. Son rôle est celui de concentrer et de mieux centrer les émotions vécues en couleurs et lueurs émouvantes. Car n’oublions pas, le peintre a lui aussi une âme et un credo de poète.

Béatrice Garcia est déclencheur et interprète des métamorphoses… Peintre et poète, ne seraient-ils pas des jumeaux hétérozygotes ? Leurs causes et leurs buts vont toujours ensemble.

Jaune, rouge, vert, orange, noir, bleu. Dans les compositions de Béatrice Garcia les touches portent des noms entiers. Elles sont droites et fortes, chaudes et effervescentes, brillantes et creuses. Substances rupestres. Teintes mythologiques, jaillissant de nos racines ancestrales.

Avec ces touches de rouge, orange, jaune et vert nous sommes dans le tonique, le solaire, le dynamique et la poésie directe. Les proportions ont beaucoup de tempérament. La couleur est jeune, ludique, envahissante. Evolutions Imaginaires sur fond vert. Substances fluides qui amusent les muses …

Les toiles initient l’œil à la décomposition des paroles en sentiments polymorphes.

Fidèle à l’âme de l’artiste et à celle du contemplateur, l’imaginaire plonge dans le mystère de l’inspiration, défigure tout contenu et toute forme pour nous révéler un ailleurs envoûtant. Sa rébellion picturale se prête bien aux grands volumes, ainsi qu’aux petits, aux regards timides tout comme aux regards explorateurs.

Fière d’évoquer ses maîtres, Béatrice nous recommande ses modèles : Pierre Alechinsky, surréaliste belge ami de Giacometti et de Victor Brauner, Kurt Schwitters, poète et peintre dadaïste allemand. Je me permettrais d’y rajouter Kandinski.

La vivacité de ses couleurs (r)apporte une belle énergie à l’espace qui les accueille. Ce sont des matières irréelles, optimistes. Pédantes ou récalcitrantes. Câlines ou incisives. Transparentes ou opaques. Tout dépend de l’œil de l’Autre et de sa capacité perceptive. Majeure et maximale, la composition des volumes influence la personne qui est en contact avec. Notre artiste accroche l’œil, provoque et impressionne.

Tâches, traces, lignes et signes font irruption. L’urgence du sublime. D’ici l’alerte dans le fil rouge de la composition, plutôt que l’aspect stable, statique et conceptuel des choses figées.

Comme chez Ad Reinhardt, peintre abstrait, pour notre artiste la couleur est un sujet ardent.

Et lorsque Béatrice s’adresse à la poésie, elle lui parle en tête à tête, en intégrant ses mots-clés, sa philosophie dans des masses de matière fluide, vivement colorées. Les ars poetica s’y plient et déplient.

Après avoir illustré LEILA (…) un livre appartenant au poète luxembourgeois Félix Molitor, recueil bibliophile publié chez Werlag im Wald, Allemagne, aujourd’hui ici, Béatrice Garcia nous révèle l’art poétique de Pierre Vendel, poète social, politiquement et poétiquement engagé. Dans un langage pictural, peintre et poète se donnent la main pour mieux traduire les trames de la parole écrite.

Mettant en images Funambule (éditions Le chasseur abstrait 2009), Béatrice Garcia, rend accessible les tours de magie poétique de Pierre Vendel. Avec ce choix, son langage pictural gagne en cohérence et en harmonie compositionnelle.

 - Comment peint Béatrice Garcia ?

Techniques mixtes : encres colorées, collage de papiers différents, de l’acrylique, parfois des craies sèches ou grasses. Superposition.

 - Combien de temps il lui faut pour une toile (pour finir) ?

Elle ne fait jamais une toile en une seule fois, il faut que l’encre sèche, ensuite elle regarde, elle travaille dessus. Disons qu’une toile peut prendre
plusieurs jours.

 - Quel est le moment de la journée propice à son inspiration ?


Elle est matinale (mais pas trop tôt), il lui faut surtout de l’énergie et de l’inspiration. Elle ne travaille pas le soir. L’artiste aime la lumière du jour.


Etudes de couleur, leçons d’acrobatie, ses œuvres parlent plusieurs langues et habillent plusieurs cultures. Couleurs en exil, immigrées ou émigrées ou tout simplement chez elles. Jamais dans le même endroit, et n’ayant jamais le même argument. Jamais la même histoire de proportion. Une chromatique aimant les méandres : chemins et sentiers irréguliers, à la recherche de.

Refus de la forme sans émotion, refus du contenu sans risque. Refus des frontières battues. Puisque le contenu, la forme et le contour figuratifs limiteraient la palette du maître à un régime d’obéissance et de soumission classique….

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