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Hosanna
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 Article publié le 12 octobre 2025.

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Par les rues tortueuses. Hâte-toi ! Ici, les coupe-gorges abondent.

Je ne suis guère rassurée non plus par nos modernes cités, tu me diras.

Dans un poème chanté par Jim Morrison, le sang dévalait les rues et les ruelles. Le poète en avait jusqu’aux chevilles puis jusqu’aux genoux et enfin jusqu’à la taille. Plus de génuflexions possibles dans de telles conditions, pas d’alléluias qui tiennent la route.

Hosanna s’en va par les routes poudreuses.

Hosanna est mon amie de toujours, c’est la joie faite chair, pas la joie incarnée mais la carnation de la joie, la joie pure et simple d’un corps souple et svelte qui marche devant moi, qu’à tout moment je peux interpeler, sans jamais le déranger ou le chagriner. Un corps qui écoute. Au seuil de l’avenir toujours sans jamais un mot de travers ou de trop, sans jamais un pas de côté.

Arrivée au seuil de ma mort, Hosanna se retournera et me sourira, me fera un signe d’adieu, et tout s’en ira.

 

Jean-Michel Guyot

3 octobre 2025

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  Hosanna par Catherine Andrieu

Hosanna marche. Elle traverse les ruelles comme un souffle ancien revenu hanter les villes modernes. Elle avance dans la poussière, avec cette grâce d’avant les désastres, cette souplesse qui ignore encore le vacarme des hommes. Il y a dans ce nom, Hosanna, une prière d’allégresse et d’agonie mêlées — la clameur du salut et le vertige de la fin. Et dans le texte de Jean-Michel Guyot, le mot s’incarne, s’humanise, devient femme, amie, compagne de toujours : une présence lumineuse à la lisière de la disparition.

Le poème s’ouvre dans la peur, celle des coupe-gorges, des cités où le sang circule plus vite que la parole. Puis vient l’évocation du Celebration of the Lizard ou peut-être du An American Prayer, ce moment terrible où Jim Morrison, prophète du chaos, voit la marée rouge envahir les rues — jusqu’aux chevilles, jusqu’aux genoux, jusqu’à la taille. Vision apocalyptique d’un monde saturé de violence et de désespoir où le poète ne peut plus plier le genou, ne peut plus prier : le sang empêche la prosternation. Le sacré s’est noyé dans la chair. L’alléluia n’a plus de route.

Mais Jean-Michel Guyot, lui, invente une autre voie — plus humble, plus nue, plus humaine. Hosanna, ici, n’est pas un cri vers le ciel : c’est un pas dans la poussière. Le sacré redescendu sur terre, à hauteur de regard. Elle n’est pas une idée, ni une métaphore : elle est la carnation de la joie, comme le dit le poète — non pas la joie spirituelle, ni même celle du salut, mais la joie physique, immédiate, du corps qui va, qui persiste, qui écoute encore malgré tout.

On pourrait croire que c’est peu de chose — une silhouette marchant devant nous, paisible, muette. Et pourtant, c’est tout ce qui nous reste : la certitude qu’un corps peut encore traverser la peur sans haine, sans frayeur, sans perdre la lumière dans les yeux. Hosanna est ce miracle modeste — l’amie intérieure qui précède la mort, la marcheuse infatigable des routes poudreuses.

Le texte est d’une sobriété bouleversante. Il n’y a pas d’excès, pas d’éclat de voix. Tout est contenu, tenu, presque silencieux. Et c’est dans ce silence que résonne le cri ancien des Doors, cette foi désespérée dans la beauté du mouvement, du voyage, de la fin. Morrison cherchait la transcendance dans la transe, dans le feu. Guyot la retrouve dans la marche lente, dans l’humilité du lien humain. Là où l’un s’abîmait dans la démesure des visions, l’autre trouve le divin dans l’écoute, dans la simple fidélité d’une amie qu’il ne faudra pas nommer autrement que par ce mot — Hosanna.

Et quand la mort viendra, le poète le sait : elle ne sera pas effrayante. Elle prendra les traits de cette amie de toujours, svelte, douce, confiante. Elle se retournera, sourira, fera un signe — et tout s’en ira. Le dernier geste ne sera pas celui d’une chute, mais d’une bénédiction.

Ainsi Jean-Michel Guyot réconcilie le cri et la prière, Morrison et l’évangile, la ville sanglante et la route poudreuse. Il réinvente l’alléluia pour le monde d’après : un hosanna sans religion, sans prosternation, sans dogme. Un hosanna humain, marchant à nos côtés, sur les chemins de poussière et de peur, pour que, jusqu’au bout, la joie demeure.

Catherine Andrieu


  Hosanna par Lalande patrick


 

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