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![]() oOo Mes mots sont comme des lambeaux morts-nés retrouvés dans le caniveau d’une rue déserte.
Ils se sont perdus, parfois ont retrouvé la lumière et alors, enfouis sous un amas de feuilles, ils ont émergé.
Quelqu’un les a pris, les a regardés et en a fait un tissu pour s’abriter du froid.
F.H. 4/9/25
MIS PALABRAS Mis palabras son como jirones nacidos muertos encontrados en la cuneta de una calle desierta.
Se perdieron, a veces encontraron la luz y entonces, enterradas bajo un montón de hojas, emergieron.
Alguien las tomó las miró y las hizo una tela para protegerse del frío.
F.H. 4/9/25
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Les mots. Ceux qui ne naissent pas vraiment, qui ne respirent qu’à demi, encore chargés de nuit, de silence, de ce souffle inabouti qui ressemble au cri interrompu d’un nouveau-né. Françoise Huppertz les dit morts-nés, abandonnés au caniveau d’une rue déserte, et déjà nous sentons l’abîme : l’écriture n’est jamais une évidence, mais une lutte contre l’effacement, une bataille contre l’inertie du monde.
Pourtant ces lambeaux respirent encore. Ils se perdent, certes, mais parfois ils s’ouvrent à la lumière. Sous un amas de feuilles — débris d’automne, poussières de temps — ils attendent d’être relevés. Et le miracle s’accomplit : ils émergent, fragiles, mais vivants. L’écriture est toujours cette résurrection discrète, cette obstination à relever ce qui semblait voué au néant.
Alors surgit l’autre. Celui qui recueille, celui qui regarde, celui qui prend soin. Les mots changent de destin en changeant de regard. Ils passent de la déréliction au partage, deviennent tissu, étoffe, chaleur contre le froid. C’est ainsi que la parole s’accomplit : non pas dans son cri solitaire, mais dans l’abri qu’elle offre à autrui.
Ce poème est une méditation sur la fragilité des mots, sur leur puissance paradoxale : faibles comme des déchets, mais capables de réchauffer, d’abriter, d’inventer un lieu. Il dit le passage de la chute à la lumière, du rejet au relèvement. Et dans ce trajet, se devine la vérité de toute écriture : elle n’existe que dans ce va-et-vient entre l’ombre et l’accueil, la perte et la réinvention.
Françoise Huppertz nous offre avec Mes mots une poésie de l’émergence, où le verbe, même brisé, garde son pouvoir de recommencement. Ses lambeaux morts-nés deviennent vêtement de survie : signe que l’écriture, toujours, s’obstine à croire en la possibilité d’un feu, même minuscule, au cœur de la nuit.
Catherine Andrieu
Lecture dans le silence. https://youtu.be/cEVf1FcKOIo?si=sdP_rRNXkqffutmT