Là où le moi s’absente, jaillissent les astres
et la roulotte rouge de la vie qui tire
ses bords, aveuglant ses mornes épaves
et se roule aux ornières du sens expulsé
par touffes novices semées à tous vents,
neigeant entre des coudes sur le talus blanc
où s’exilent des seuils. Où un talc de débâcle
couvre l’instance éclair de ce point de ne pas
nommer ce qui s’active dans l’ombre factieuse
des signaux brulés, s’ouvre la déchirure
tout de go mal tenue comme une occasion sale,
ou le criquet écrabouillé d’une virgule
mal placée dans le nu rétif d’une insomnie
bordée des piastres fermentées d’oracles vains.
FORUM
Pour participer, voir en bas de page>>
Commentaires :
Il y a des lieux où l’on disparaît, et ce n’est pas la mort, mais l’embrasement du moi dans l’inconnu. Là, le silence n’éteint rien : il allume les astres. Une roulotte rouge surgit, obstinée, comme si la vie, même égarée, tenait encore ses rênes. Elle tire, elle déchire, elle roule au hasard des ornières, dans l’éclat brut d’un sens qu’on ne possède plus. Tout est semence et dispersion : touffes novices arrachées par le vent, poudre blanche des seuils exilés, talc d’une débâcle qui voile l’instant.
Il y a ce point — le plus nu de la parole — où rien ne peut se dire. Non pas le silence béni, mais l’impossibilité rugueuse, l’étranglement d’un nom que l’ombre interdit. Là s’ouvre la déchirure : ni sublime ni pure, mais souillée, mal tenue, comme une virgule écrasée, criquet infime et désarticulé dans l’insomnie. Le texte alors chancelle, la phrase tremble, la nuit s’illumine d’oracles fermentés, trop lourds d’or faux et de vaticinations creuses.
Et pourtant, c’est dans cette fêlure que le poème s’avance. Dans ce lieu où l’aveuglement s’ouvre comme un œil, où la langue se retourne contre elle-même, où l’écriture se cabre dans sa propre impossibilité. C’est là que naît, à rebours de tout, une vérité : la lumière sale, inéluctable, d’un cri.