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Songes magnusiens III
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 Article publié le 13 juillet 2025.

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Songes magnusiens III

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  Songes magnusiens III par Catherine Andrieu

Drusilla, la langue levée en empire

Il pleut dans ce texte, mais ce n’est pas l’averse du ciel : c’est celle de la syntaxe. Un ruissellement de formes anciennes, d’architectures verbales, de vers qui tombent comme des légions — une pluie romaine, ordonnée, presque militaire. Dans Songes magnusiens III, Stéphane Pucheu ne raconte rien : il élève. Il reconstruit un monde à partir de la langue, et cette langue est latine, noble, autoritaire, autotélique. Et au centre, un nom : Drusilla.

Trois syllabes, et l’empire bascule. Car elle n’est pas simplement nommée — elle est instaurée. Chaque fragment du poème vient se poser à ses pieds, comme une offrande. Elle est fides, elle est auctoritas, elle est prosodie du Latium. Son corps, presque jamais incarné, devient syntaxe, géométrie, verticalité. Une nuque vierge, des tarses ascensionnels, un cartilage statique : le corps s’efface dans la structure, et l’érotisme devient grammaire.

Là où tant de poètes cherchent la voix, Pucheu cherche la pierre. Il bâtit. Il grave. Le latin n’est pas ici un ornement érudit mais une matière première, une source ardente : source de l’indo-européen gravée dans le marbre. Le poème devient temple, la lecture devient rite. Domus aurea, sablier mouvant, disque érigé — tout se dresse, tout convoque l’éternité, sous l’œil sévère de Drusilla.

Mais cette éternité n’est pas tranquille. Elle suinte. Le texte transpire sous le mercure caniculaire, et le heaume — cette figure du sens clos, de l’esprit guerrier — se met à fondre. Le temps fuit, le sable passe, la ville glisse entre les doigts. Il reste le damier, la rotonde, la statuaire mentale. Il reste l’ombre dressée d’un poème qui ne parle pas d’elle, mais à travers elle : le sablier est Drusilla.

Ce n’est plus une figure, c’est un seuil. Ce n’est plus une femme, c’est une langue. Et cette langue, lorsqu’elle se lève, refonde le monde.


 

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