Mirela Leka Xhava n’écrit pas sur Elbasan. Elle écrit avec. Avec les racines. Avec les veines. Avec les pierres blessées qui se souviennent.
C’est un poème de respect, un poème de filiation. Elle ne s’approprie rien. Elle marche “sur la pointe des pieds”, comme on entre dans un sanctuaire ou dans un souvenir encore chaud. C’est ainsi qu’elle dit “je t’aime” à sa ville : en craignant de lui faire mal. C’est ainsi que naît la première vibration du poème — cette tension douce entre la gravité du pas et la gravité de l’histoire.
Il y a Elbasan, ville “millénaire”, mais il y a surtout Egnatia, route matricielle, route d’enfance, route d’empire. Egnatia traverse la langue comme elle traversait jadis les terres d’Albanie. Sous ses pavés, les croisades ; sous les croisades, les graines du christianisme ; et sous les graines, les fondations d’un peuple qui se relève, toujours, “dans la longue nuit des siècles”. Le poème est un chant de permanence. Ce que les vents renversent, la mémoire le redresse.
Mais l’amour n’est pas aveugle. Il est lucide. Mirela voit les blessures, elle connaît leur adresse exacte, “profondément dans les veines”. Et pourtant elle les embrasse. Sa ville n’est pas figée dans le marbre des souvenirs : elle est debout, et elle avance. La Renaissance n’est pas derrière — elle est en marche, portée par “les hirondelles de la parole”, image splendide pour dire que la poésie aussi a sa part dans la reconstruction.
Car À ma ville n’est pas un poème de nostalgie : c’est un poème de transmission. Une parole-mémoire, une parole-territoire. Quand elle évoque la “Langue Maternelle”, c’est tout un peuple qu’elle remet au monde. On ne protège pas une langue seulement avec des lois. On la protège en l’écrivant debout. En chantant, même exilée.
Et l’exil, justement, n’est pas ici silence, mais promesse. “Loin de toi, le chant des tourterelles me suit de près.” Dans cette phrase, tout est dit : la ville n’est jamais quittée. Elle veille en nous, elle rêve avec nous, elle attend l’aube.
Ainsi Elbasan devient plus qu’un nom. Elle devient la battue de l’aile intérieure, la lumière lente d’un chant qui nous précède. La ville est là, non sous les pieds, mais dans l’âme, vivante, blessée, magnifique.
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Mirela Leka Xhava n’écrit pas sur Elbasan. Elle écrit avec. Avec les racines. Avec les veines. Avec les pierres blessées qui se souviennent.
C’est un poème de respect, un poème de filiation. Elle ne s’approprie rien. Elle marche “sur la pointe des pieds”, comme on entre dans un sanctuaire ou dans un souvenir encore chaud. C’est ainsi qu’elle dit “je t’aime” à sa ville : en craignant de lui faire mal. C’est ainsi que naît la première vibration du poème — cette tension douce entre la gravité du pas et la gravité de l’histoire.
Il y a Elbasan, ville “millénaire”, mais il y a surtout Egnatia, route matricielle, route d’enfance, route d’empire. Egnatia traverse la langue comme elle traversait jadis les terres d’Albanie. Sous ses pavés, les croisades ; sous les croisades, les graines du christianisme ; et sous les graines, les fondations d’un peuple qui se relève, toujours, “dans la longue nuit des siècles”. Le poème est un chant de permanence. Ce que les vents renversent, la mémoire le redresse.
Mais l’amour n’est pas aveugle. Il est lucide. Mirela voit les blessures, elle connaît leur adresse exacte, “profondément dans les veines”. Et pourtant elle les embrasse. Sa ville n’est pas figée dans le marbre des souvenirs : elle est debout, et elle avance. La Renaissance n’est pas derrière — elle est en marche, portée par “les hirondelles de la parole”, image splendide pour dire que la poésie aussi a sa part dans la reconstruction.
Car À ma ville n’est pas un poème de nostalgie : c’est un poème de transmission. Une parole-mémoire, une parole-territoire. Quand elle évoque la “Langue Maternelle”, c’est tout un peuple qu’elle remet au monde. On ne protège pas une langue seulement avec des lois. On la protège en l’écrivant debout. En chantant, même exilée.
Et l’exil, justement, n’est pas ici silence, mais promesse. “Loin de toi, le chant des tourterelles me suit de près.” Dans cette phrase, tout est dit : la ville n’est jamais quittée. Elle veille en nous, elle rêve avec nous, elle attend l’aube.
Ainsi Elbasan devient plus qu’un nom. Elle devient la battue de l’aile intérieure, la lumière lente d’un chant qui nous précède. La ville est là, non sous les pieds, mais dans l’âme, vivante, blessée, magnifique.