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Le cri libre d'une passante d'étoiles
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 Article publié le 22 juin 2025.

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Je n’ai pas de drapeau. J’ai un cosmos sous la peau. Je ne plie pas mes rêves dans le carré tremblant d’un étendard ni ma loyauté dans la poche d’un uniforme. Je n’ai ni cri de guerre ni hymne sacré au fond de la gorge. Je me tiens à découvert, peau nue sous le vent, âme poreuse à tout ce qui naît loin de moi.

 

On m’a dit qu’il fallait aimer un sol jusqu’à verser pour lui sa jeunesse, qu’il fallait choisir une langue, la défendre comme on défend une forteresse, qu’il fallait dresser des clôtures autour de ses blessures pour ne pas les confondre à celles des autres. J’ai désappris. J’ai refusé d’agenouiller mon souffle devant une frontière. J’ai préféré l’incertitude des routes sans douane, la fraternité fragile des inconnus qu’on serre contre soi sans exiger leur nom.

 

Je ne suis pas patriote. Je suis citoyenne d’un monde trop vaste pour se laisser tracer au compas, trop insoumis pour se plier aux serments de sang. J’appartiens à la pluie qui frappe d’égale tendresse la peau de l’étranger et la mienne, j’appartiens à la mer qui ignore les barrières, aux poussières d’étoiles qui peuplent mes veines sans certificat de naissance.

 

On me dira naïve, déracinée, traîtresse peut-être. J’endosse ces mots comme une guirlande de sel sur mes épaules ? : ils ne pèsent rien comparés au poids d’un fusil ou d’un drapeau qu’on brandit pour tuer au nom d’une illusion. Je porte une fidélité plus vaste que celle qu’on grave sur les stèles militaires ? : je reste loyale à l’inconnu que je croise, à l’enfant qui pleure dans une langue que je ne parle pas, à l’arbre qui ploie dans un pays dont j’ignore le nom.

 

Mon identité est multiple, fluide, passagère. Elle se faufile sous les murs, elle voyage dans la bouche qui murmure un poème sans passeport. J’ai choisi l’accueil pour patrie et la fragilité pour blason. Je préfère ouvrir mes bras que serrer des poings, écouter plutôt qu’ordonner, aimer plutôt qu’exclure.

 

On m’a raconté que la peur forgeait les nations, qu’elle dressait les hommes les uns contre les autres pour mieux les faire obéir. Mais la peur ne m’émeut plus ? : j’ai vu trop de rires braver la misère, trop de mains se tendre au-dessus de la haine. Je sais que ma seule maison est mouvante, tremblante, bâtie sur le sable des rencontres et l’eau salée des départs.

 

Je n’ai pas de patrie unique ? : j’ai mille racines souterraines, dispersées à travers les regards croisés, les étreintes volées, les silences partagés sous des toits sans nom. Et si l’on me somme un jour de choisir entre la clôture et l’horizon, entre l’appartenance close et la tendresse ouverte, je choisirai encore l’horizon. J’échapperai par la pensée, par le chant, par la fraternité secrète des êtres qui n’ont que l’univers pour drapeau.

 

Je suis de ce monde et d’un autre, un monde qu’aucune armée ne défend, qu’aucune carte ne divise, qu’aucun hymne ne clame. Un monde pour lequel je vis, je marche, je respire sans permission. Je ne suis pas patriote. Je suis, sans vergogne, une vivante désarmée, une passante libre, une passante d’étoiles qui croit encore qu’un jour tous les murs tomberont dans un éclat de rire et qu’alors, nous marcherons ensemble, citoyens d’un seul et même cosmos.

 

Et j’ajoute ? : je ne suis pas seulement citoyenne de l’univers, je suis vivante de chaque sève, de chaque souffle, de chaque battement fragile qui palpite dans l’aile, dans l’écorce, dans la paume offerte. Je ne porte pas de drapeau, mais j’ai pour royaume le frisson du vivant, immense et vulnérable, et pour serment ce cri nu ? : j’appartiens à la fois aux étoiles et au plus humble brin d’herbe, j’appartiens à tout ce qui naît, respire et tremble — je suis la passante du cosmos et du vivant, et je me tiens là, debout, libre, pour que jamais nul mur n’enferme la splendeur d’un seul souffle.

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