Il y a dans les vers de Mirela Leka Xhava une houle souterraine, une mémoire que les siècles n’ont pas effacée. Ce poème, semblable à une bouteille jetée à la mer, porte l’écho des voix effacées, des voix interdites, de celles qui n’ont jamais trouvé place dans les anthologies dorées ni les manuels lustrés. On le lit comme on ouvrirait un parchemin sauvé des eaux : les mots y battent, trempés de sel et de feu.
Nous lisions tellement… dit le poème. Et déjà l’on entend ce « nous » collectif, pluriel, fiévreux : une jeunesse avide de doctrines, d’idées, d’utopies. Une jeunesse tombée amoureuse — non pas de la poésie éthérée, évanescente, mais de celle, prolétarienne, enracinée dans le combat, dans la chair rude des révoltes. Et c’est là tout le mouvement du texte : d’un côté les « autres », méconnus, errant loin des mers, perdus dans l’écume des oubliés, et de l’autre, les « interdits », les « damnés », les « fusillés », seuls survivants aux siècles, échappant à l’effacement par la seule force du cri.
Ce poème est un rivage : on s’y tient, les pieds au bord, regardant arriver ces fragments ballottés par les vagues. Mirela Leka Xhava nous donne à voir ces pécheurs de mots, ces naufragés du verbe, ces martyrs du silence, qui traversent le temps pour venir heurter nos côtes. C’est une poésie de résistance, une poésie-message, une muse têtue qui refuse de mourir.
Dans cette matière poétique, on devine la vibration des interdictions, des censures, des exils. Mais plus fort encore : on entend ce battement persistant, ce souffle qui refuse de céder, ce chant des proscrits qui, même noyés, refont surface. Ces poèmes interdits deviennent alors, sous la plume de Mirela Leka Xhava, des phares, des balises, des balafres lumineuses sur la mer noire.
Et nous, lecteurs, que sommes-nous face à eux ? Sinon ces guetteurs sur le rivage, recevant l’éclat des messages, recueillant à la main les éclats des bouteilles brisées ? La poésie ici n’est pas simple ornement, elle est transmission, elle est brûlure, elle est nécessaire. C’est à travers elle que les siècles plient, que les damnés retrouvent visage, que les oubliés réapprennent à marcher, un mot après l’autre, vers nous.
Ainsi, le poème de Mirela Leka Xhava nous met au défi : serons-nous de ceux qui écoutent les vagues, ou bien de ceux qui, trop accaparés par les anthologies officielles, laissent dériver les voix interdites ?
Dans cette traversée, une seule chose est sûre : le message ne meurt jamais.
Un commentaire, une critique...?
Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs
FORUM
Pour participer, voir en bas de page>>
Commentaires :
Il y a dans les vers de Mirela Leka Xhava une houle souterraine, une mémoire que les siècles n’ont pas effacée. Ce poème, semblable à une bouteille jetée à la mer, porte l’écho des voix effacées, des voix interdites, de celles qui n’ont jamais trouvé place dans les anthologies dorées ni les manuels lustrés. On le lit comme on ouvrirait un parchemin sauvé des eaux : les mots y battent, trempés de sel et de feu.
Nous lisions tellement… dit le poème. Et déjà l’on entend ce « nous » collectif, pluriel, fiévreux : une jeunesse avide de doctrines, d’idées, d’utopies. Une jeunesse tombée amoureuse — non pas de la poésie éthérée, évanescente, mais de celle, prolétarienne, enracinée dans le combat, dans la chair rude des révoltes. Et c’est là tout le mouvement du texte : d’un côté les « autres », méconnus, errant loin des mers, perdus dans l’écume des oubliés, et de l’autre, les « interdits », les « damnés », les « fusillés », seuls survivants aux siècles, échappant à l’effacement par la seule force du cri.
Ce poème est un rivage : on s’y tient, les pieds au bord, regardant arriver ces fragments ballottés par les vagues. Mirela Leka Xhava nous donne à voir ces pécheurs de mots, ces naufragés du verbe, ces martyrs du silence, qui traversent le temps pour venir heurter nos côtes. C’est une poésie de résistance, une poésie-message, une muse têtue qui refuse de mourir.
Dans cette matière poétique, on devine la vibration des interdictions, des censures, des exils. Mais plus fort encore : on entend ce battement persistant, ce souffle qui refuse de céder, ce chant des proscrits qui, même noyés, refont surface. Ces poèmes interdits deviennent alors, sous la plume de Mirela Leka Xhava, des phares, des balises, des balafres lumineuses sur la mer noire.
Et nous, lecteurs, que sommes-nous face à eux ? Sinon ces guetteurs sur le rivage, recevant l’éclat des messages, recueillant à la main les éclats des bouteilles brisées ? La poésie ici n’est pas simple ornement, elle est transmission, elle est brûlure, elle est nécessaire. C’est à travers elle que les siècles plient, que les damnés retrouvent visage, que les oubliés réapprennent à marcher, un mot après l’autre, vers nous.
Ainsi, le poème de Mirela Leka Xhava nous met au défi : serons-nous de ceux qui écoutent les vagues, ou bien de ceux qui, trop accaparés par les anthologies officielles, laissent dériver les voix interdites ?
Dans cette traversée, une seule chose est sûre : le message ne meurt jamais.