Extraits de "Poèmes de la mémoire oraculaire" de Catherine Andrieu par Catherine Andrieu
À propos des Poèmes de la Mémoire oraculaire
Il fallait que cela sorte. Que cela hurle. Que cela tranche dans la nuit. Les Poèmes de la Mémoire oraculaire sont nés ainsi : non d’un projet, mais d’une brûlure. C’était mon premier recueil, écrit à même la peau, sans aucun filtre. J’y suis allée sans protection, sans maîtrise, sans crainte d’exposer les chairs nues de l’âme. J’avais de la violence à expulser, une violence viscérale, souterraine, plus vieille que moi peut-être. Quelque chose qui n’avait pas encore de nom mais qui exigeait d’être dit.
Un ami d’enfance venait de se donner la mort. Ce geste m’a déchirée. Il m’a laissée là, vacillante, sur le bord du monde, les mains pleines d’éclats. Il n’y avait rien à comprendre, rien à consoler. Il y avait à écrire. Non pas pour guérir, mais pour habiter autrement ce tremblement. Les premiers poèmes sont venus comme ça : sauvages, incandescents, indomptés. Je ne cherchais ni la beauté ni la forme. Seulement une voix. Une voix qui ne serait pas tout à fait la mienne, mais celle d’un dedans qui aurait enfin décidé de parler.
Car ce qui me traversait, à cet instant, relevait d’un combat sans fin entre Éros et Thanatos. Non pas deux forces contraires, mais un même souffle — tantôt jouissance, tantôt abîme — qui ravageait le corps et l’esprit, sans distinguer l’un de l’autre. C’est ce vertige que le recueil porte encore aujourd’hui. Une langue qui ne cherche pas à comprendre, mais à saisir. À faire résonner ce qui palpite au bord du cri. Une langue oraculaire, oui. Parce qu’elle n’explique rien, mais devine. Elle sait ce qu’elle ignore. Elle devance ce qu’elle n’ose encore nommer.
Je ne savais pas que j’étais poète. J’essayais seulement de ne pas mourir. Le poème, alors, n’était pas une œuvre : c’était un lieu. Un passage. Un état de fièvre où les morts revenaient frapper, et où je leur ouvrais la porte, incapable de les retenir.
Aujourd’hui, après tout ce temps, Patrick Lalande a lu ces textes. Il les a accueillis avec cette rare qualité de regard qui ne juge pas, ne commente pas, mais reçoit. Je le remercie du fond du cœur. Car il faut une grande délicatesse pour lire ce qui a été écrit à vif, à contre-silence, avec le sang d’une époque où l’on tremblait encore de trop aimer, de trop sentir, de trop survivre.
Extraits de "Poèmes de la mémoire oraculaire" de Catherine Andrieu par Lalande patrick
Extraits de "Poèmes de la mémoire oraculaire" de Catherine Andrieu par gilbert bourson
Chère Catherine, je commande votre livre que je suis impatient de lire. Et encore merci pour vos lectures de mes textes, vous êtes une lectrice poétiquement sagace ainsi qu’une poétesse incomparable.
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À propos des Poèmes de la Mémoire oraculaire
Il fallait que cela sorte. Que cela hurle. Que cela tranche dans la nuit. Les Poèmes de la Mémoire oraculaire sont nés ainsi : non d’un projet, mais d’une brûlure. C’était mon premier recueil, écrit à même la peau, sans aucun filtre. J’y suis allée sans protection, sans maîtrise, sans crainte d’exposer les chairs nues de l’âme. J’avais de la violence à expulser, une violence viscérale, souterraine, plus vieille que moi peut-être. Quelque chose qui n’avait pas encore de nom mais qui exigeait d’être dit.
Un ami d’enfance venait de se donner la mort. Ce geste m’a déchirée. Il m’a laissée là, vacillante, sur le bord du monde, les mains pleines d’éclats. Il n’y avait rien à comprendre, rien à consoler. Il y avait à écrire. Non pas pour guérir, mais pour habiter autrement ce tremblement. Les premiers poèmes sont venus comme ça : sauvages, incandescents, indomptés. Je ne cherchais ni la beauté ni la forme. Seulement une voix. Une voix qui ne serait pas tout à fait la mienne, mais celle d’un dedans qui aurait enfin décidé de parler.
Car ce qui me traversait, à cet instant, relevait d’un combat sans fin entre Éros et Thanatos. Non pas deux forces contraires, mais un même souffle — tantôt jouissance, tantôt abîme — qui ravageait le corps et l’esprit, sans distinguer l’un de l’autre. C’est ce vertige que le recueil porte encore aujourd’hui. Une langue qui ne cherche pas à comprendre, mais à saisir. À faire résonner ce qui palpite au bord du cri. Une langue oraculaire, oui. Parce qu’elle n’explique rien, mais devine. Elle sait ce qu’elle ignore. Elle devance ce qu’elle n’ose encore nommer.
Je ne savais pas que j’étais poète. J’essayais seulement de ne pas mourir. Le poème, alors, n’était pas une œuvre : c’était un lieu. Un passage. Un état de fièvre où les morts revenaient frapper, et où je leur ouvrais la porte, incapable de les retenir.
Aujourd’hui, après tout ce temps, Patrick Lalande a lu ces textes. Il les a accueillis avec cette rare qualité de regard qui ne juge pas, ne commente pas, mais reçoit. Je le remercie du fond du cœur. Car il faut une grande délicatesse pour lire ce qui a été écrit à vif, à contre-silence, avec le sang d’une époque où l’on tremblait encore de trop aimer, de trop sentir, de trop survivre.
Lecture livre à la main. https://youtube.com/shorts/UcjJ5TkVNi4?si=cZMMZCliETIFS_O8
Chère Catherine, je commande votre livre que je suis impatient de lire. Et encore merci pour vos lectures de mes textes, vous êtes une lectrice poétiquement sagace ainsi qu’une poétesse incomparable.