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Leopoldus
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 Article publié le 4 mai 2025.

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J’envoie ma lettre recommandée à Leopoldus von Attolicus,

certain que dans le rapport de forces il soit Pompée ou Crassus et moi Spartacus,

en espérant que la réponse n’arrivera pas par pigeon voyageur, `

mon grand-père, du sang des habitants de la vallée, avait un don de grand chasseur.

 

Je demande à Leopoldus von Attolicus et à sa vive ironie grivoise

de balayer vos langues doubles et vos critiques littéraires, comme Trajan faisait d’un dace,

sans jamais parvenir à se prendre pour un professeur de diction,

il l’a été pour moi, cachant toujours ses manœuvres de domestication.

 

Il tenta, voilà des années, de m’enfermer dans la toile qui tua Simone le Grand Maître des couturiers,

le dernier, par contre, fut langue double, le Jep Gambardella de’ noantri, et parmi eux, le flâneur Alzheimérien, ainsi que le résultat final contemporain d’une merde d’artiste,

désormais je suis loin des maîtres - je ne souffre pas les Échafaudages - un foie amer m’a transformé en ivrogne.

 

Leopoldus von Attolicus, je, descendant de Villon, écrivassier arrogant,

te demande de me dédier une raillerie ou des vers d’esprit qui m’enivrent :

mieux vaut, sans demi mot, crever foudroyé par une cirrhose du foie que mourir, lentement, relégué dans ce star system d’art apathique.

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  Leopoldus par Catherine Andrieu

Lettre ouverte à l’ironie : pour en finir avec les échafaudages

Il y a dans cette lettre-là, bien plus qu’une lettre. Un cri torsadé, un poing levé dans l’ombre des tribunes. Un appel sans cravate, aux relents de littérature vécue, pour qu’enfin se déchire le rideau du théâtre de la critique — ce vieux velours épais qui ne sert plus qu’à feutrer le silence des faux vivants.

Car Ivan Pozzoni n’écrit pas pour obtenir audience, il rugit comme Spartacus, torse nu sous la pluie des lettres mortes. Son “Leopoldus von Attolicus”, ce nom sonnant comme une statue de l’Antiquité qui se serait effondrée sous le sarcasme, n’est pas un simple destinataire : il est le totem grotesque de ce que l’auteur abhorre — la majesté feinte, l’intelligence domestiquée, la politesse savante des serpents de papier. Il lui envoie une lettre recommandée comme on envoie un javelot au milieu de l’arène : pour qu’en tombant, il tranche net les langues fourchues.

Dans ce théâtre romain de la poésie contemporaine, Pozzoni est un gladiateur frondeur, un Villon aux poches percées, qui n’a plus pour arme que la blessure du verbe et le souvenir alcoolisé des génies assassinés. Son texte est traversé d’éclairs — entre satire noble et grotesque flamboyant — et l’on y entend claquer les noms comme des insultes latines : Trajan, Crassus, Dace, Gambardella… tous convoqués pour dire la chute, l’usure, la mascarade.

Mais derrière la raillerie, le vin. Derrière la moquerie, l’amertume. Derrière l’insolence, la fidélité trahie. Le poète n’a pas seulement été exclu : on a voulu le redresser, le formater, le discipliner — tuer en lui ce feu nomade qu’aucun échafaudage ne saurait encadrer. Sa réponse ? Un refus net. Il revendique la dérive, la marginalité, la clarté ivre d’un foie amer plutôt que la tiédeur consensuelle d’un système d’art apathique.

Il y a dans cette révolte-là, quelque chose de précieux : une pureté, paradoxalement. Un dernier luxe : celui de se foutre du prestige, de se moquer des railleries à venir, de crever, s’il le faut, en riant. Loin des podiums, loin des salons, loin du bon goût comme de la dévotion. Une poésie qui ne cherche pas à être aimée, mais comprise, d’un seul — comme une bouteille à la mer sans destinataire.


 

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