El conejo de Ushuaia/ Le lapin d’Ushuaïa par Catherine Andrieu
Le lapin d’Ushuaïa ou le murmure des espèces imaginaires
Il arrive qu’un animal surgisse au détour d’une rue, dans la chaleur étouffante d’un trottoir banal, et bouleverse à jamais le cours du réel. Le lapin d’Ushuaïa n’est pas né de la Terre de Feu, ni traqué dans quelque forêt australe : il est apparu sur un remblai de Buenos Aires, comme une anomalie douce, une créature venue d’un interstice entre biologie et rêve. Le narrateur, zoologue nommé à contre-sens par les journaux, n’en est pas moins l’unique témoin — et désormais, l’unique gardien.
Fernando Sorrentino orchestre ici une fable ironique, trouée d’absurde et de tendresse, où la science flirte avec la solitude, où le domestique devient rituel. Le lapin — qui n’en est pas un — se dilate la nuit, défèque des polyèdres métalliques au rythme caribéen, et mange du mou trempé dans du lait et des pois chiches. Il possède le langage télépathique et le regard interrogatif des créatures qui savent. Il est unique, et il le sait. Et cette singularité le hante.
Le texte, sous des airs de chronique savante, se fait lentement poème : il interroge la limite entre le vivant et le fabuleux, entre la possession et la cohabitation. Car l’homme n’enferme pas la bête, il s’en fait l’hôte. Ensemble, ils tissent un pacte muet, un compagnonnage d’un genre nouveau, au cœur de l’impossible.
Vanesa, l’amie humaine, tente d’exploiter la fourrure magique de l’animal, rêvant commerce et profits. Mais c’est l’invisible qui compte ici, pas le pelage. Le narrateur, lui, choisit la fidélité à une énigme, à un être qui ne peut ni mourir ni se reproduire, et qui chaque jour lui demande s’il vaut la peine de vivre ainsi, seul au monde. On n’a pas toujours les mots, alors on caresse. On veille. On accompagne.
Le lapin d’Ushuaïa est un conte mélancolique et léger, à la frontière du réel et de l’imaginaire, qui parle d’amitié improbable, de respect tacite, et d’un monde où l’exception devient norme. Une œuvre doucement désespérée, à lire comme on écouterait un être rare respirer dans la nuit.
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Le lapin d’Ushuaïa ou le murmure des espèces imaginaires
Il arrive qu’un animal surgisse au détour d’une rue, dans la chaleur étouffante d’un trottoir banal, et bouleverse à jamais le cours du réel. Le lapin d’Ushuaïa n’est pas né de la Terre de Feu, ni traqué dans quelque forêt australe : il est apparu sur un remblai de Buenos Aires, comme une anomalie douce, une créature venue d’un interstice entre biologie et rêve. Le narrateur, zoologue nommé à contre-sens par les journaux, n’en est pas moins l’unique témoin — et désormais, l’unique gardien.
Fernando Sorrentino orchestre ici une fable ironique, trouée d’absurde et de tendresse, où la science flirte avec la solitude, où le domestique devient rituel. Le lapin — qui n’en est pas un — se dilate la nuit, défèque des polyèdres métalliques au rythme caribéen, et mange du mou trempé dans du lait et des pois chiches. Il possède le langage télépathique et le regard interrogatif des créatures qui savent. Il est unique, et il le sait. Et cette singularité le hante.
Le texte, sous des airs de chronique savante, se fait lentement poème : il interroge la limite entre le vivant et le fabuleux, entre la possession et la cohabitation. Car l’homme n’enferme pas la bête, il s’en fait l’hôte. Ensemble, ils tissent un pacte muet, un compagnonnage d’un genre nouveau, au cœur de l’impossible.
Vanesa, l’amie humaine, tente d’exploiter la fourrure magique de l’animal, rêvant commerce et profits. Mais c’est l’invisible qui compte ici, pas le pelage. Le narrateur, lui, choisit la fidélité à une énigme, à un être qui ne peut ni mourir ni se reproduire, et qui chaque jour lui demande s’il vaut la peine de vivre ainsi, seul au monde. On n’a pas toujours les mots, alors on caresse. On veille. On accompagne.
Le lapin d’Ushuaïa est un conte mélancolique et léger, à la frontière du réel et de l’imaginaire, qui parle d’amitié improbable, de respect tacite, et d’un monde où l’exception devient norme. Une œuvre doucement désespérée, à lire comme on écouterait un être rare respirer dans la nuit.