L’extravagance à laquelle souscrire
c’est vivre en s’ébattant dans son propre fourré
qui applaudit au pire des échauffourées
et petits viols chantés et crissés sur des râpes
en douces agonies malpropres de fusains
devenus des fusées d’ardeurs et des fragrances
de cuisses aimées
avec foisonnement de cris d’extase de
baies mûres et rejets brusqués dans la lenteur
d’une italique propre à flûter le charnu
avec son grog de sueur
que le grand duc de l’air dans le tendu de soie
au plus près de ses larves qui bouillent déchire
avec sa dague de lumière et qu’il revêt
de peau abécédaire
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L’extravagance, ici, n’est pas une outrance pour la galerie, mais une manière d’habiter le réel en se frottant à ses barbelés intimes, à ses râpes sensuelles et ses fusains souillés. Gilbert Bourson ne prévient pas : il jette le lecteur dans le fourré – ce lieu dense, touffu, d’où sourdent les instincts, les cris, les baies et les chairs.
Le poème s’ouvre sur un pacte : « souscrire » à l’extravagance, c’est ne plus se protéger de soi-même. C’est consentir à la guerre intérieure, au pire des échauffourées, au chant obscène des « petits viols » – non pas crimes, mais violences érotiques du verbe, violons grinçants d’une sensualité qui griffe et se tord. La langue elle-même s’y laisse prendre, crissant comme une râpe contre l’os du silence.
Puis vient la chair, la pulpe, le fruit trop mûr. La cuisse, aimée, devient fragrance et projectile : la métaphore est baroque, explosive, presque alchimique. Le fusain se transmue en fusée, le malpropre en ardeur, la douceur en cri. On est dans l’excès du vivant, dans sa plus troublante sincérité. L’italique vient flûter « le charnu » – tout est dit : c’est la ligne oblique du poème, sa torsion musicale, qui épouse la hanche du monde.
Enfin, surgit le ciel, ce grand duc de l’air, rapace de lumière qui lacère la soie tendue de nos attentes. Il déchire, oui, mais c’est pour mieux recoudre en signes – l’ultime image du « peau abécédaire » évoque un corps lettré, une nudité parlante, offerte à la lecture des désirs.
Gilbert Bourson n’écrit pas pour décrire. Il incise. Il tatoue. Son poème est un souffle de feu humide, une partition où l’on hurle à travers les voyelles. C’est un chant de l’intérieur, une célébration barbare et savante, où chaque mot est un muscle tendu vers l’extase du sens.
Lire ce poème, c’est se vêtir de ce qui nous écorche. Et consentir à vivre, enfin, dans son propre fourré.