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![]() oOo on les avait poussées hors du seuil par la nuque par les épaules par les hanches par la faute inventée dans les yeux
le soleil tranchait les ombres comme des langues mortes et les pierres — elles aussi — se taisaient alors les corps sont tombés tout entiers dans la lumière
une lumière blanche chargée d’aiguilles et de goudron chargée de cris qui remontent des siècles chargée de ce qui fut vu sans être regardé
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le crâne ce globe fragile qu’on croit vide mais où loge l’éclat
les ciseaux ont saisi ce mystère la main a tremblé la main a joui la main a hurlé aussi — en secret — contre ce qu’elle était devenue
chaque mèche tombée était une vérité qu’on écrase un fil de vent, un lien une racine arrachée au silence
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elles étaient offertes aux doigts aux rumeurs aux baves
les robes s’ouvraient sous le poids des regards les épaules se refermaient autour d’une honte trop vaste les jambes ne fuyaient plus parce qu’il n’y avait plus de nuit
seulement un cercle des pavés des voix et ce mot tatoué dans le sang : expier
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mais l’œil de l’enfant au fond l’enfant debout dans la foule l’enfant qui ne criait pas l’enfant qui tenait la main d’un homme très droit et qui n’a jamais oublié l’enfant a tout gardé
la bouche fendue le crâne nu le drapeau en lambeaux et les lettres peintes sur la peau comme une prière inversée
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ce n’est pas la guerre qu’on juge c’est l’amour ce n’est pas la faute qu’on traque c’est l’inconcevable liberté d’exister sans permission cheveux dénoués rire trop fort franchir une ligne
ce n’est pas un châtiment c’est une peur
peur de la femme qui ne tremble pas de la femme qui n’attend rien de la femme qui n’a pas honte de la femme qui vit même au milieu des ruines
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alors on rase alors on peint alors on promène alors on cloue alors on scande alors on publie alors on photographie alors on expose
et dans le carré de lumière dans le trou d’image ce que l’on croit voir c’est la justice
mais ce qui reste longtemps après c’est un parfum de cheveux brûlés et la voix coupée au ras du cœur
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quelque part quelqu’un s’est relevé quelqu’un a marché pieds nus quelqu’un a remis un foulard quelqu’un a écrit dans une langue faite de cendres et de braises
quelqu’un a refusé de taire la beauté du crâne dans la lumière |
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Lecture et musique électro acoustique. https://youtu.be/ShWGqSb38Uw?si=crqZTUICor9_n4d2