Supérieurs et subalternes/ Superiores y subalternos par Catherine Andrieu
Dans les hauteurs d’un immeuble de la Diagonal Norte, les étages empilent plus que du béton : ils superposent les humiliations, les désillusions, les petites tragédies administratives. Supérieurs et subalternes, sous ses dehors de fable bureaucratique, est un précis de l’absurde social, un théâtre d’ombres froides où l’humour grince à chaque page.
Löwe, comptable au sourire de fer, est l’incarnation du pouvoir brutal, celui qui ne s’explique pas, qui s’impose, voix de stentor et cravate flottante. En face, Agnello, vétéran effacé, ronge sa rancune comme un os moisi : vingt-trois ans et vingt-six jours d’ancienneté, broyés par un mot magique – « dynamisme ». Il rêve de rébellion mais trébuche sur son propre manque d’étoffe.
Tout ici est affaire de verre et de faux-semblants. Les cloisons transparentes n’offrent aucune issue. Les noms – Rospo, Jumento, Ophis – évoquent un bestiaire kafkaïen où chacun incarne une impasse. L’un ne lit que la presse hippique, l’autre crache des phrases comme des lames. Seule la haine semble circuler librement, transformant les visages en masques, les gestes en grimaces.
Mais sous la mécanique implacable de la satire, Sorrentino glisse une respiration poétique. On croit lire une comédie ; c’est une tragédie miniature, étouffée dans les vapeurs de café tiède. Chaque mot, chaque silence, chaque meuble décrit est un symptôme : celui d’un monde malade de hiérarchie, où même la révolte est une pantomime.
On referme le texte en souriant, peut-être. Mais c’est le sourire de travers, celui qui naît quand on comprend que la farce, ici, est notre propre reflet dans la glace d’un bureau.
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Dans les hauteurs d’un immeuble de la Diagonal Norte, les étages empilent plus que du béton : ils superposent les humiliations, les désillusions, les petites tragédies administratives. Supérieurs et subalternes, sous ses dehors de fable bureaucratique, est un précis de l’absurde social, un théâtre d’ombres froides où l’humour grince à chaque page.
Löwe, comptable au sourire de fer, est l’incarnation du pouvoir brutal, celui qui ne s’explique pas, qui s’impose, voix de stentor et cravate flottante. En face, Agnello, vétéran effacé, ronge sa rancune comme un os moisi : vingt-trois ans et vingt-six jours d’ancienneté, broyés par un mot magique – « dynamisme ». Il rêve de rébellion mais trébuche sur son propre manque d’étoffe.
Tout ici est affaire de verre et de faux-semblants. Les cloisons transparentes n’offrent aucune issue. Les noms – Rospo, Jumento, Ophis – évoquent un bestiaire kafkaïen où chacun incarne une impasse. L’un ne lit que la presse hippique, l’autre crache des phrases comme des lames. Seule la haine semble circuler librement, transformant les visages en masques, les gestes en grimaces.
Mais sous la mécanique implacable de la satire, Sorrentino glisse une respiration poétique. On croit lire une comédie ; c’est une tragédie miniature, étouffée dans les vapeurs de café tiède. Chaque mot, chaque silence, chaque meuble décrit est un symptôme : celui d’un monde malade de hiérarchie, où même la révolte est une pantomime.
On referme le texte en souriant, peut-être. Mais c’est le sourire de travers, celui qui naît quand on comprend que la farce, ici, est notre propre reflet dans la glace d’un bureau.