|
||||||

| Navigation | ||
![]() oOo une magnétiseuse est une grande question posée à la face des montagnes une guérisseuse est une opportunité pour la nature d’entrer en communication avec le sapins et les pierres la belle et la bête version cinéma (une tache grise et grumeleuse sur la peau du dos puis un duvet, des poils gris comme un spectacle) court Jacky Caillou court dans la grande nature sur les prés et les chemins pierreux aux trois cairns la sorcellerie est un cinéma exception puis on brûle la cage de bois et la veste d’indienne les boucles d’oreilles en forme de plumes et les portraits des ancêtres cadre ovale aux regards durs la fille se fait louve nue dans les forêts nocturnes et une musique déglinguée bouscule la montagne discordante court Jackie court les 4x4 et la police rurale et le sang sur ton jean tu as porté l’agneau sur tes épaules et la petite fille avait un regard mutique et sombre la vieille grand-mère est morte dans un champ de coquelicots partie ramasser les orties la louve est une fille nue au visage anamorphosé dans le rêve le ruisseau lave les blessures des hommes et des bergers la bestialité surgit avec superbe puis il impose les mains (ne touche pas juste affermit la distance) les lumières du village clignotent et tout peut s’éteindre d’un seul coup de cinéma dans la grande nature la bête du Gévaudan a des yeux d’humaine amoureuse la circulation des espaces approfondit les poêles de fonte les tomettes rouges et les maisons incendiaires les hommes en musique organisent une battue sans espoir la louve est un surgissement des mystères le cinéma devient un thriller tutélaire une signature de la lumière court Jackie court les pierres des montagnes sont dures et coupantes les mains saignent et le corps tatoué porte les stigmates de la sainteté ou de l’horreur la jeune fille a des souplesses de louve dans son corps une métamorphose ovidienne est une rhétorique de l’étonnement entre hommes et bêtes les bergers opposent visage buriné et fermé les vieux boivent au café du village les hommes dansent la montagne est plus haute que le mal humain la brume s’affole avec application la nudité humidifiée de lune tâche de garder une lampe de camping allumée dans l’épaisseur nocturne entre l’herbe et les troncs d’arbre la puissance du monde devient fanatisme obsolète la louve nue et la route qui serpente dans les montagnes de nuit la louve nue et toutes les légendes inachevées par le sang les bêtes et les hommes et les femmes les mortes obscures tandis que la musique scande le fantastique dans la campagne réelle faite de bois de pierres d’herbes à vélomoteur ou en quad les engins déplacent forces élémentaires bientôt on basculera dans le mythe les visages boursouflés par la psychose ont déconstruit la parade nuptiale les phares la route la ligne blanche la ville hors Moyen Âge on entre dans la réalité aux doigts de nuit à quelle époque se joue le monde lumière rouge sur le parking de l’hôpital tous les rationalismes ont rafistolé les possibles de l’être les hommes vont mal alors les bêtes surgissent elles saignent les troupeaux et cela chavire la modernité a des pas de vivantes elle entre à l’hôpital le guérisseur a outrepassé la fonction divine il suffit d’y croire c’est comme le cinéma ça fabrique des lueurs ça pratique l’imposition des mains ça dérègle les champs magnétiques ça allume les lampadaires des villages ça fait muer les filles en louves et les louves en filles c’est une magie sans remord le berger porte chapeau et boucle à l’oreille gauche Jackie porte boucle d’argent à l’oreille droite cela suffit-il à différencier un berger d’un guérisseur dans les chambres d’hôpital les petites filles respirent à travers des appareils électriques elles sont intubées comme des vierges pâles sous oxygène la vie fonctionne (la verrue de la main a disparu, ce qui fonctionne/ne fonctionne pas, les coïncidences factuelles) les hommes veulent guérir le poids d’être homme mais la folie fait hoqueter le corps très tatoué de Jackie comme d’Elsa elle guette toute proie réelle gros plan sur les visages des hommes bêtes améliorées est magnétiseur qui prend sur soi le malheur des autres, une sorte de Christ qui réveille les petites filles à l’hôpital qui ressuscite les souffles et les vierges qui accroît les expériences infra-humaines les expérimentations de cinéma les parchemins de la peau et de la montagne les arbres en contre-plongée sont des énormités vivantes Jackie vacille sur la musique sourde on ne saura pas cinéma ou magnétisme quelque chose plane entre images et douleurs quelque chose fait s’éveiller les louves et les bêtes avec la grande montagne et quelques effets de lumière avec les sapins et l’imposition des mains on élève un culte au cinéma (le montage signe les champs-contrechamps de l’extase hallucinatoire) les Alpes de Haute Provence ont des troupeaux et des bergers et le cinéma s’érige en guérisseur fulgurant (on sent toujours la mort furtive sur l’écran) après c’est juste une question de paysage il faut arrimer nos corps modernes à l’insolite des forêts et avoir une croyance de cinéma entre les troncs court Jackie court et louve nue de sinuer entre les images de son vrai nom Thomas mais croit sans voir dans le minimalisme pastoral le cinéma est plus magnétique que la foi et les contes dans les ténèbres et les lueurs initiatiques et la ruralité du monde des magiciens ultra-contemporains sur un vieil enregistreur de cassettes années 80 à califourchon veste en cuir d’indienne ou de hippie boucles d’oreilles de plumes ou de cœur créer musique ou cinéma magnétique Jackie chante et crée musique du film in et off, le temps des abeilles était fini dans un trou rempli de cailloux, puis les ondes se brouillent la musique décrit des stridences et des cercles et la main bidouille l’antenne mais ne cours pas après le miracle ça n’existe pas sauf avec le cinéma doublé des champs magnétiques et des musiques au bar un vieil homme récite un poème rimé d’amour les hommes boivent la police rurale aussi à nu le film et les bergers |
|
|
Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs | [Contact e-mail] |
FORUM
Pour participer, voir en bas de page>>
Commentaires :
La bête, la fille, et l’imposition des mains
Ce poème est un territoire. Un monde dressé entre la montagne et la psyché, où les hommes, les bêtes et les légendes ne sont plus séparés mais circulent dans une même matière trouble. Il y est question de transmission, de pouvoir ancien, de guérison surnaturelle, mais aussi de modernité en ruine, de rationalité essoufflée, d’enfants branchés à des machines dans des chambres d’hôpital. Le poème entrelace le corps et l’esprit, la magie et la maladie, comme s’il ne savait plus très bien ce qui relève du soin ou de la possession.
À son cœur, il y a une fille qui devient louve. Non pas par conte ou par métaphore, mais dans une mutation lente, physique, concrète. Elle pousse un duvet, un pelage, puis elle s’enfonce nue dans la forêt. Elle devient créature, énigme, surgissement. Autour d’elle, les hommes – bergers, policiers, villageois – sont dépassés, parfois brutaux, parfois mystiques. L’un d’eux porte une boucle d’oreille, un autre impose les mains. Ils dansent, ils organisent des battues, ils boivent au bar. Mais aucun ne sait vraiment comment réagir à cette étrangeté du vivant.
Le poème s’attache à une figure masculine centrale, magnétiseur involontaire ou prophète rustique. Il a hérité d’un geste, d’une aptitude à capter et détourner la douleur, comme une antenne humaine. Mais cette puissance vacille. Il y croit à peine, vacille entre foi et folie. On le voit fuir à travers les montagnes, poursuivi par les hommes, le doute, la science, et peut-être aussi par son propre désir de miracle. Il n’est pas un héros : il est un point de tension entre deux mondes.
Le paysage est partout, mais ce n’est jamais un simple décor. La montagne agit. Elle pense, elle gronde, elle saigne. Les arbres sont massifs et vivants, les ruisseaux lavent des blessures qu’on ne sait pas nommer. La nature prend part au récit, elle s’incarne, elle participe à l’effondrement progressif des frontières : entre humains et bêtes, entre soignants et sorciers, entre réel et mythe.
Et puis il y a cette musique, omniprésente, rugueuse, fragile. Elle ne se contente pas d’accompagner : elle dérange, elle perce, elle strie les scènes comme une émotion brute, un cri ou un souffle déformé. Le poème nous plonge dans cette ambiance sonore, entre bruits de machines médicales et instruments bricolés sur un vieux magnétophone. La musique devient presque un personnage à part entière, une trace des âmes en peine qui hantent ces forêts.
Ce qui se dit ici, en filigrane, c’est peut-être l’impossibilité de soigner ce monde sans entrer dans un désordre profond. La modernité n’a plus les mots. Alors surgissent les bêtes. Elles griffent, elles saignent, elles font chavirer les troupeaux. Mais elles apportent aussi une forme d’appel, une vérité plus ancienne, plus animale, plus nue. Le poème est cet appel-là : une voix au milieu de la nuit, une main tendue vers le mystère, une lampe fragile dans l’épaisseur de la brume.
Dans cette langue vive, minérale, ancrée dans la terre et traversée de fulgurances, ce n’est pas un simple hommage à un film : c’est une vision autonome, un poème-récit, un rite. Il donne corps à des figures archétypales, il raconte la confusion des puissances, il nous invite à croire – non pas au miracle, mais à ce que le trouble rend possible.