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La chatte d'Alice...
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 Article publié le 16 mars 2025.

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Certainement, le minet blanc n’y était pour rien. Toute la faute revenait au minet noir. Lewis Carroll

La chatte d’Alice est son terrier où lire à défaut d’y entrer comme le lapin blanc qui a l’odeur râblée de la page du livre. Alice est endormie dans l’herbe de ses reins qui ronflent à coté du beurre et des tartines. Alice est dans le livre est le livre est la reine le chapelier fou la lectrice ajournée le sens décapité par l’injonction des mots que profère la reine. Alice entre les jambes garde le sourire qui attend son chat qu’elle appelle Dinah et qui est une chatte. Des millions d’Alice lisent ou liront Alice au pays des merveilles et suivront le lapin blanc dans son terrier d’un œil humide et entendront la reine virile ordonner : « qu’on lui coupe la tête » avec un plaisir trouble.

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Commentaires :

  La chatte d’Alice... par Catherine Andrieu

Ce poème est un terrier en lui-même, un pli de langage où le chat devient seuil et labyrinthe, où l’Alice lisante est autant celle qui plonge que celle qui sommeille, rêvant en boucle dans le creux chaud de ses reins. La chatte est l’encre de la fiction, un refuge moelleux où se lover quand les pages deviennent plus vastes que le monde réel. Elle est Dinah, elle est le livre, elle est peut-être même la main qui tourne les pages.

Tout y est renversement et contamination. Alice est dans le livre, mais le livre est en elle, se lovant dans son corps comme un fauve domestique. La frontière entre lecture et immersion s’efface, l’histoire la dévore autant qu’elle la lit. À la manière de Carroll, le poème joue avec l’absurde et l’inquiétante étrangeté, faisant d’un conte enfantin une matière sensuelle et ambiguë.

Il y a cette sensation d’un glissement continuel : du rêve à la lecture, du livre au corps, du conte à la menace. Comme si, dans le sillage du lapin blanc, on ne trouvait pas seulement l’aventure mais aussi la perte de soi, le plaisir trouble d’être englouti par le récit. Et derrière la douce fourrure du chat, derrière les tartines et le beurre, l’ombre d’un ordre implacable – celui des mots, du conte qui se referme, de la reine de cœur qui tranche le sens comme on décapite un personnage.

C’est un poème où lire, c’est tomber.


 

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