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L'anti-promesse d'aimer
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 Article publié le 9 mars 2025.

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Anti-poète , victime de mon anti-poésie,

je ne serais bon qu’à te dédier une anti-promesse d’amour,

mon anti-promesse d’amour aurait les traits d’une synesthésie,

la dureté stalinienne de l’acier et la douceur de la couleur,

la finesse de l’amitié et la consistance de l’amour,

tes yeux, blancs, me transforment en cynique malade d’hydrophobie,

et contre la rage, monamour – point de docteur.

 

Anti-promesse d’amour à lire devant un officier d’état civil,

comme pour réussir à convaincre un monde tecno-trivial,

moi qui t’ai aimée depuis le mois de Juin 1976, peut-être, en vérité,

depuis Avril, j’étais un embryon et toi, une ancre plongée dans une aurore boréale,

tu aurais été six ans ange, fantôme, l’inessentiel d’une fractale,

sans faire un pli à t’attendre, six ans, trente-six ans, sans rien à dire,

les contemporains moutons de Panurge me condamneraient au silence total.

 

Tu es mon anti-promesse d’amour et, l’idée te semble peut-être imperceptible,

 je t’observe en train de dormir, sereine, comme une miette abandonnée dans un grille-pain, mon amour je suis dépouillé du rôle de “sapeur” - il est abyssal comme un sous-marin, condamné à laisser la torpille en-dessous, fausse, sous l’apparence d’un poisson-chien.

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Commentaires :

  L’anti-promesse d’aimer par Catherine Andrieu

Ce poème est un paradoxe en soi, une déclaration d’amour qui refuse d’en être une, un serment qui se défait à mesure qu’il s’écrit. Il déploie une tension entre l’affirmation et la négation, comme si l’amour devait se loger dans le creux d’un refus, dans l’ombre portée d’une promesse brisée avant même d’avoir été prononcée.

L’auteur se désigne comme anti-poète, pris au piège d’une anti-poésie, une manière peut-être de rejeter les formes convenues de l’expression lyrique tout en s’y abandonnant malgré lui. Cette anti-promesse d’amour est une structure flottante, un jeu d’équilibre entre des contraires : la dureté de l’acier et la douceur de la couleur, l’amitié fine et l’amour dense, comme si aimer devait se traduire par une fusion des opposés, une impossible cohabitation.

Les yeux blancs de l’aimé(e) prennent une dimension fantasmagorique, presque inquiétante, et transforment l’amoureux en cynique malade d’hydrophobie. Une image troublante, où l’amour semble être un virus autant qu’un sortilège, quelque chose qui détraque et consume, une fièvre sans remède. Et pourtant, pas de médecin pour soigner cette rage-là.

Le poème épouse une temporalité étrange, où l’amour semble être une présence antérieure à toute conscience. L’idée d’un amour commencé avant même l’existence, dès l’état embryonnaire, suggère une fatalité cosmique, un attachement si ancien qu’il défie la logique. L’aimé(e) est une ancre plongée dans une aurore boréale, image splendide d’une gravité suspendue, d’un attachement lumineux mais froid, quelque chose de stable et d’intouchable à la fois. Le temps ne semble avoir aucun effet sur cette attente, six ans, trente-six ans, une éternité résignée et muette.

La dernière image est un basculement. L’aimé(e) dort, paisible, tandis que le poète se compare à une miette abandonnée dans un grille-pain, fragile, minuscule, oubliée sur le rebord d’une machine indifférente. Puis, vient la métaphore du sous-marin, un engin abyssal, englouti dans le silence, incapable de livrer sa torpille, comme un amoureux qui s’interdit de lancer son aveu, ou qui sait d’avance qu’il ne touchera jamais sa cible.

Ce poème est un chant d’amour et de désillusion, une ode à l’absurde beauté des sentiments qui s’effacent avant d’être dits. Il déploie une poésie de l’écart, du vide, du paradoxe, une écriture qui refuse de se laisser enfermer dans la déclaration convenue et qui, pourtant, n’existe que par le besoin de dire. Un poème hanté, fuyant et magnétique.


 

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