Lani : ...combien de siècles on passa
dans les sentiers de vie,
dans les rêves migéniens,
sur la montagne sèche on sema des fleurs.
Lora : ... c’était des heures, des minutes,
c’était pas des siècles,
on navigua sur les vagues rocheuses,
la lune toucha-t-on les mains croisées
cajolerie reçut-on dans les yeux d’émeraude.
Lani : ... frisson de souvenirs ressentirent les paupières,
profondeur de l’océan avec bain à remous,
nos tiroirs - soleil renaissant.
Lora : ... on cultiva des chênes et des cyprès avec nos croitrais
l’extase des herbes dans le jardin terrestre,
tu réveillas mon rêve divin,
arôme de roses éclata dans l’âme.
Lani : Dorisa, l’hymne tu chantas avec la harpe de la grâce
Moisiu rugit dans la bataille du Kosovo
Lani écrivait une lettre dans le "haimet" de Bonn,
Aga Ymeri sellait son cheval dans le pollen des pivoines,
le printemps puhiza a pris le legs.
Lora et Lani :
Toi et moi construisîmes le rêve
dans les paupières le feu brûle encore.
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Commentaires :
Ce poème est une fresque onirique, une tapisserie d’images suspendues entre le réel et le mythique. Il se déploie comme une conversation entre deux âmes – Lora et Lani – qui se répondent dans un dialogue tissé de temps dilaté et de sensations éthérées. Il y a, dans cette alternance de voix, un balancement, une oscillation entre la mémoire et l’instant, entre l’épopée et l’intime.
Lani parle en siècles, en chemins de vie et en rêves minéraux ; il sème des fleurs sur des montagnes arides, faisant de la pierre un terreau fertile, une métaphore du temps qui polit le souvenir, le transforme en beauté. Lora, plus pragmatique, le ramène à une mesure plus humaine – non pas des siècles, mais des heures et des minutes. Son monde est plus tangible, fait de vagues rocheuses et de regards d’émeraude, où la lune devient une caresse sur des mains entrelacées.
L’un frissonne sous l’effet du passé, l’autre cultive le présent, et dans cette dualité, une alchimie se produit. Lani évoque l’océan et le soleil renaissant dans des tiroirs, comme si la mémoire elle-même était une boîte de lumière. Lora répond avec la vitalité des herbes et l’arôme des roses qui éclate dans l’âme, une explosion sensorielle qui célèbre la vie comme un jardin sacré.
Puis, le poème bascule dans une autre dimension. L’évocation de Dorisa, du Kosovo, des pivoines, de la harpe et du cheval scellé dans le pollen dessine une fresque d’épopées lointaines, de batailles et de chants. On passe du personnel au collectif, du murmure au chant d’antan. Il y a comme un écho d’histoire et de mythologie qui se superpose au dialogue intime, une dimension où le temps s’efface pour devenir un cycle éternel.
Et à la fin, une affirmation : “Toi et moi construisîmes le rêve”. Une flamme persiste dans les paupières, un feu qui brûle encore – souvenir incandescent, vestige d’un amour, d’une amitié, d’un pacte peut-être. La poésie ici est une architecture fragile, mais indestructible : celle d’un rêve partagé.
C’est un texte qui ne se livre pas tout de suite, qui glisse entre l’abstraction et le tangible, où chaque image semble une métaphore qui attend d’être dépliée. Une partition où la voix de Lora et celle de Lani s’entrelacent, formant une mélodie aux accents d’éternité.