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Plissures-fissures
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 Article publié le 23 février 2025.

oOo

Ne se déploie

Se déplie plutôt

Le monde

Comme le dit mon ami Gilbert

 

Et de bure en fardeau

De silences en cris d’orfraie

De freins éclatés en mors électriques

D’éclectiques splendeurs disséminées en divers cabinets de curiosité

Rien n’y fait

Toute dépense est inutile

Dans un monde d’épargnants gnan-gnan

Lesquels se cabrent à la vue du moindre effort

 

Ceux-là veulent ignorer

La facilité gracieuse de gestes amples et souples

Jambes déployées, cuisses ouvertes

De la déesse en rut

La jouissance répétée que procure des rafales de gifles gantées

Assénés à la prêtraille affolée

Le vertige de pas de deux s’abattant comme pluie battante

Sur le parvis de l’église en liesse

 

Entrez donc dans la danse

Des êtres mobiles-immobiles

Selon les heures du jour et de la nuit

On vous attend

 

Entre chien et loup

Nos caresses les plus profondes

Ta main, amie,

Ce sésame

 

Graine de frissons

Déposée au creux de tes reins

Epiaison bientôt

Lèvres humides

Sexes frottés-branlés

Ebranlent le granit des certitudes

Ravive la flamme des algues vives

Ah enlacés rouler dans les vagues

Nous deux, ivres de salure

 

Peau à peau devenir

Pure jouissance sans autre lendemain

Que nous deux, main dans la main,

A marcher sur l’estran, sourire aux lèvres

Jusqu’à la prochaine brasse dans les eaux bleues

Frangées d’écume

 

Oasis, oasis de douceur accourt

Dans les blés de tes yeux

 

Jean-Michel Guyot

16 février 2025

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  Plissures-fissures par Catherine Andrieu

Ce poème se déplie comme le monde qu’il évoque, non pas en une envolée linéaire, mais en une série de torsions, de replis et de jaillissements, une matière textuelle mouvante, indocile. Il est un flot, un élan contrarié et pourtant irrésistible, une danse où le chaos et l’abandon s’entrelacent.

La première strophe annonce le paradoxe central : rien ne se déploie, tout se replie. Le monde n’est pas une offrande ouverte, il est un fardeau, un jeu de forces contraires où le cri répond au silence, où l’inertie économique des “épargnants gnan-gnan” s’oppose à l’énergie gratuite du mouvement, du désir. Ce refus de la dépense, cette peur de l’effort, sont comme un verrou sur la joie vive, un corset étouffant l’extase du lâcher-prise.

Mais le poème s’insurge, refuse l’économie du rationnel et du repli. Il invoque l’excès, la fulgurance, la grâce du geste affranchi. Les images s’entrechoquent : la déesse s’ouvre, le vertige s’invite, la gifle devient caresse, la danse se fait coup de tonnerre. Il y a une jubilation charnelle, une provocation sacrée dans ce corps qui se libère et s’oppose à l’ordre religieux, à la morale domestiquée.

Puis, la vague monte, nous emporte vers un ailleurs plus intime, un espace où les corps ne sont plus simplement des revendications, mais des abris l’un pour l’autre. Le poème se dénude et se fait caresse, souffle, frisson. L’union n’est plus un bras de fer contre le monde, mais une immersion totale dans l’autre, une fusion salée, vagabonde, éphémère et éternelle à la fois.

L’estran devient une scène d’éternité amoureuse, un lieu de passage où le sable et l’écume se mêlent aux corps. L’amour n’a plus d’après, il n’a que l’instant, il est mouvement, il est souffle, il est marche infinie vers une prochaine vague, une prochaine immersion.

Et enfin, les derniers vers déposent un baume, une oasis de douceur qui vient clore ce déferlement. Comme si après le tumulte, il restait une lumière paisible, un blé doré dans le regard de l’autre, une étreinte suspendue qui n’a besoin de rien d’autre que d’être.

Ce poème est une oscillation entre l’urgence et la langueur, entre la révolte et l’abandon, un chant de liberté qui se refuse à la fixité, un corps en mouvement, un amour qui s’éprouve dans le sel, dans l’eau, dans la danse infinie des vagues et des âmes.


 

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