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![]() oOo Ne se déploie Se déplie plutôt Le monde Comme le dit mon ami Gilbert
Et de bure en fardeau De silences en cris d’orfraie De freins éclatés en mors électriques D’éclectiques splendeurs disséminées en divers cabinets de curiosité Rien n’y fait Toute dépense est inutile Dans un monde d’épargnants gnan-gnan Lesquels se cabrent à la vue du moindre effort
Ceux-là veulent ignorer La facilité gracieuse de gestes amples et souples Jambes déployées, cuisses ouvertes De la déesse en rut La jouissance répétée que procure des rafales de gifles gantées Assénés à la prêtraille affolée Le vertige de pas de deux s’abattant comme pluie battante Sur le parvis de l’église en liesse
Entrez donc dans la danse Des êtres mobiles-immobiles Selon les heures du jour et de la nuit On vous attend
Entre chien et loup Nos caresses les plus profondes Ta main, amie, Ce sésame
Graine de frissons Déposée au creux de tes reins Epiaison bientôt Lèvres humides Sexes frottés-branlés Ebranlent le granit des certitudes Ravive la flamme des algues vives Ah enlacés rouler dans les vagues Nous deux, ivres de salure
Peau à peau devenir Pure jouissance sans autre lendemain Que nous deux, main dans la main, A marcher sur l’estran, sourire aux lèvres Jusqu’à la prochaine brasse dans les eaux bleues Frangées d’écume
Oasis, oasis de douceur accourt Dans les blés de tes yeux
Jean-Michel Guyot 16 février 2025 |
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Ce poème se déplie comme le monde qu’il évoque, non pas en une envolée linéaire, mais en une série de torsions, de replis et de jaillissements, une matière textuelle mouvante, indocile. Il est un flot, un élan contrarié et pourtant irrésistible, une danse où le chaos et l’abandon s’entrelacent.
La première strophe annonce le paradoxe central : rien ne se déploie, tout se replie. Le monde n’est pas une offrande ouverte, il est un fardeau, un jeu de forces contraires où le cri répond au silence, où l’inertie économique des “épargnants gnan-gnan” s’oppose à l’énergie gratuite du mouvement, du désir. Ce refus de la dépense, cette peur de l’effort, sont comme un verrou sur la joie vive, un corset étouffant l’extase du lâcher-prise.
Mais le poème s’insurge, refuse l’économie du rationnel et du repli. Il invoque l’excès, la fulgurance, la grâce du geste affranchi. Les images s’entrechoquent : la déesse s’ouvre, le vertige s’invite, la gifle devient caresse, la danse se fait coup de tonnerre. Il y a une jubilation charnelle, une provocation sacrée dans ce corps qui se libère et s’oppose à l’ordre religieux, à la morale domestiquée.
Puis, la vague monte, nous emporte vers un ailleurs plus intime, un espace où les corps ne sont plus simplement des revendications, mais des abris l’un pour l’autre. Le poème se dénude et se fait caresse, souffle, frisson. L’union n’est plus un bras de fer contre le monde, mais une immersion totale dans l’autre, une fusion salée, vagabonde, éphémère et éternelle à la fois.
L’estran devient une scène d’éternité amoureuse, un lieu de passage où le sable et l’écume se mêlent aux corps. L’amour n’a plus d’après, il n’a que l’instant, il est mouvement, il est souffle, il est marche infinie vers une prochaine vague, une prochaine immersion.
Et enfin, les derniers vers déposent un baume, une oasis de douceur qui vient clore ce déferlement. Comme si après le tumulte, il restait une lumière paisible, un blé doré dans le regard de l’autre, une étreinte suspendue qui n’a besoin de rien d’autre que d’être.
Ce poème est une oscillation entre l’urgence et la langueur, entre la révolte et l’abandon, un chant de liberté qui se refuse à la fixité, un corps en mouvement, un amour qui s’éprouve dans le sel, dans l’eau, dans la danse infinie des vagues et des âmes.