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Cap vers le Sud
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 Article publié le 14 septembre 2004.

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CAP VERS LE SUD

L’été est propice aux vacances, à la détente, et aux voyages... C’est aussi l’occasion de faire des expériences nouvelles, de se laisser aller à sa fantaisie personnelle, et de partir - virtuellement, ou réellement - vers des horizons nouveaux.

Le Sud m’attirait... Depuis longtemps déjà - je pourrais dire, je crois, depuis l’enfance - j’ai en moi cette fascination du Désert, de ces grands espaces Sahariens, de ces « Hommes Libres, » les Touaregs... De ces Berbères nomades, aux coutumes particulières, chez qui la femme tient une place assez peu ordinaire, avec ce régime du matriarcat.

Toute mon enfance a été bercée par ces pays du Sud, non parce que j’y suis née, mais parce qu’un père nous y a initiés, nous, ses enfants. Il nous a tellement parlé de ces paysages somptueux, dit la cérémonie du thé à la menthe, conté ces habitudes de vie si différentes des nôtres, montré les places de Casa ou de Marrakech en photo, les minarets, les souks bruyants et colorés... Ce Sud imprégna notre enfance, à tel point que j’avais parfois l’impression de connaître déjà tout cela sans y être jamais allée. Mon père émaillait aussi souvent ses conversations de quelques mots qui lui restaient en mémoire, et tous jeunes, mes frères et moi, nous nous sommes amusés à répéter ces sonorités bizarres, mais belles, parfois d’origine berbère, parfois arabe... C’était alors comme si le pays lui-même se portait à notre rencontre, et comme si nous appréhendions une minuscule parcelle de ces territoires inconnus, qui nous faisaient rêver et nous fascinaient mutuellement...

L’enfance heureuse est la Porte du Rêve, et l’enfant a un monde intérieur extrêmement riche, pour peu qu’on lui offre quelques images, à partir desquelles il va en tisser d’autres, en créer de nouvelles, encore plus belles, mais surtout, bâties à sa convenance, et reflets de son monde intérieur.

L’imagination est le plus rapide des oiseaux, disait G. Yacoub. Les ailes de la nôtre nous transportaient loin, très loin de chez nous, jusqu’à cette autre rive de la Méditerranée, en un voyage toujours plus fabuleux. Ou plus loin encore, vers la mosquée bleue de Sainte Sophie et les jardins de Babylone...Et nos yeux d’enfants voyaient les couchers de soleil sur l’Atlas, la Médina et la Casbah de Marrakech n’avaient plus de secrets pour nous, les noms de Meknès et de Volubilis suffisaient à créer le paysage intérieur, l’Oued se gonflait d’eau lors de ses crues brutales, l’oasis nous offrait ses dattes, et nous sentions presque le vent sec et brûlant sur nos visages. VOYAGES... Magie des noms, magie des mots !

En parlant d’un adulte, l’on pourrait assez facilement utiliser le terme de « fantasmes... » Il me semblerait assez juste de dire que j’ai, durant toute mon enfance, fantasmé sur ces Pays du Sud. Le Maroc, en particulier, fut pour moi un terrain de prédilection, puisque les souvenirs de mon père étaient marocains. Il avait vécu là-bas deux ou trois ans, alors qu’il y faisait son service militaire, et avait gardé une réelle nostalgie du pays et de ses habitants. De leur hospitalité aussi. Il a pu depuis retourner sur les lieux de sa jeunesse, et en est revenu fort ému d’avoir retrouvé là-bas des sites aimés et jamais oubliés.

Quant à moi, je n’ai pas encore pu satisfaire mon envie de voyages, de découverte de ce Sud, de ce Désert que je devine tour à tour âpre et somptueux, cruel et magique à la fois, tout comme la vie peut l’être en ces rudes contrées. Rudes pour l’homme, qui s’est forgé à leur mesure. Mais je continue de rêver et de lire... Tout en ne désespérant pas un jour, de pouvoir enfin découvrir ces pays du Maghreb, ou plus lointaine, cette Turquie aux multiples visages, aux mille et une nuits d’Orient...

Cet amour du Sud a cependant trouvé à s’extérioriser d’une autre façon, plus concrète, ces dernières années : lors de mes études musicales - et viellistiques en particulier - j’ai évidemment été attirée, pour ne pas dire fascinée, par les Nûbas du répertoire Arabo-Andalou... Normal, ne trouvez-vous pas, compte tenu des circonstances ?

Cette musique vibre et chante en moi, et ses harmoniques parlent à mon âme... Le temps ne fait rien à l’affaire. Elle est suspendue « hors du temps. » Certaines de ces Nûbas ont plus de huit siècles d’âge, et furent jouées sous le règne d’Alphonse le Sage, roi de Castille & de Léon (1221-1284). Je me souviens... non de cette époque, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! Encore que, si l’on souscrit quelque peu au principe de la ré-incarnation, on ne sait jamais !

Non, je me souviens simplement avoir travaillé lors d’un stage à Périgueux, des extraits de l’une de ces Nûbas, avec des musiciens du Viellistic Orchestra et Pascal Lefeuvre, sous la direction d’El Arabi Serghini... Il s’agissait de la Nûba « Ushshâq, » dite « Nûba des Amants. » Une œuvre magnifique. De tradition andalouse, mais conservée au Maroc. C’est en fait une suite d’œuvres instrumentales et vocales, composées pour être interprétées de la nuit jusqu’à l’aube... Une pure merveille. Que voulez-vous, on ne se refait pas ! Et sans doute la fascination pour ces Pays du Sud est-elle pour beaucoup dans ce désir et ce plaisir que j’ai eus, il y a de cela quelques années maintenant, à travailler ce répertoire bien particulier, mais qui « va si bien » à la Vielle à Roue.

Il était même évident qu’avec ces souvenirs d’enfance-là, ce thème du Désert et des Touaregs ressurgirait un jour ou l’autre, au détour de quelques uns de mes poèmes... Il y eut bien sûr celui en hommage au Petit Prince, UN AMOUR DE ROSE, petit clin d’œil à l’enfance. Les « souvenirs » surgissaient au hasard de l’inspiration, de-ci, de-là, tels de petites flammes, celles d’un BIVOUAC, en une nuit froide et brûlante à la fois ; au fil d’une LEGENDE contant le Sahara ; ou bien encore, au détour d’un festival, où se produisaient des derviches tourneurs, et cela devint TRANSE EN DANSE...

Mais toujours, toujours ce Sud ! L’obsession du Sud... Un cliché photographique, figeant une parcelle d’éternité, volant un instant de vie à celle d’un ami... Cette autre enfance du côté de Sétif et de Bejaïa, et puis l’exil en France avec ses parents. Une vie difficile pour lui, à l’heure actuelle... « NE D’UN PAYS... » raconte son histoire. Mais aussi celle de milliers de personnes qui peuvent se reconnaître en ce parcours-là, en cette vie-là. Cette fois, c’est l’Algérie dont il est question, avec sa douceur et ses souvenirs tourmentés... Avec sa difficulté à vivre le temps présent et ses multiples identités : la française qu’elle fut, la musulmane, la kabyle, et d’autres encore... Toutes ces différences, ces individualités et leur histoire, qui constituent à la fois sa faiblesse, et le terreau de sa richesse encore à venir. Pays qui se cherche, terre de violence et de douceur mêlées...

Et le Sud, toujours le Sud...

Laissez-vous donc à votre tour, si vous le souhaitez, emporter par ce vent de sables qui tourbillonne, mais qui ne vous fera ici aucun mal, et vous déposera doucement au clair d’une dune, par une nuit sans âge...

Alors, si vous m’en croyez, peut être verrez-vous apparaître devant vos yeux incrédules, un tout petit bonhomme, qui vous demandera de lui dessiner un mouton... Ou bien, qui vous parlera d’un renard laissé ici, il y a longtemps déjà, et qu’il avait apprivoisé. Il vous en demandera peut être même des nouvelles... Ne riez pas, c’est déjà arrivé ! Certains l’ont rencontré... Ne vous frottez pas non plus les yeux comme si vous rêviez ! Vous ne rêvez pas. Et s’il vous parle alors d’une rose unique à ses yeux, ne vous esclaffez pas bruyamment, il y a de la magie dans l’âme du Désert, et vous pourriez la faire fuir en vous moquant. Le Désert se respecte, savez-vous  ? Vous pourriez également le contrarier, et il n’est jamais raisonnable de le contrarier, ni lui, ni le Vent, ni la Nuit. Ni cet Enfant-là. Car c’est un Enfant très particulier.

Contentez-vous simplement, si vous le rencontrez près de la dune, de lui souhaiter la bienvenue, comme le fit un certain aviateur, un jour de panne en plein Sahara, il y a déjà une éternité de cela. Dites-lui, à cet enfant blond, que vous avez lu son histoire, cela lui fera plaisir. Celle de... Saint-Exupéry. Et puis, surtout, souhaitez-lui bonne chance, à ce Petit Prince retrouvé ! Il saura vous emmener au pays de l’Enfance heureuse, celle que vous n’avez peut être jamais connue, et vous la fera découvrir, en toute simplicité.

Mais, vous verrez, au moment de partir, je suis presque certaine que lui aussi, mettra le Cap vers le Sud pour vous conduire encore plus loin ... Alors, bon voyage ! Bon vent ! Et à bientôt, peut être, s’il vous prend envie de revenir un jour, vous aussi...

Kathy Ferré

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