Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Forum] [Contact e-mail]
  
Peintures II (Jacques Cauda)
Navigation

Voir la [Galerie de peinture] de Jacques Cauda

oOo

Pour voir un diaporama, cliquez sur les images :

FORUM
Pour participer, voir en bas de page>>


Commentaires :

  Peintures II (Jacques Cauda) par Catherine Andrieu

Jacques Cauda ou le sexe du pinceau

Il peint comme on saigne — comme on s’ouvre la poitrine avec un tesson de bouteille ou une brosse de chiotte : à la hargne. Dans chaque toile, c’est une bête humaine qui hurle sa vérité. Il peint, Jacques Cauda, dans le grondement sourd d’un monde qui ne veut pas voir. Lui, il montre. Il exhibe. Il violente l’œil pour atteindre l’âme.

Ses corps sont des violences colorées, des os qui déraillent dans le magma d’un sexe ouvert, d’un rire jaune, d’une claque peinte à même la honte. Il n’y a pas de pudeur dans la peinture de Cauda — et pourtant, c’est tout l’inverse de la pornographie. Il ne caresse pas, il charcute. Il ne flatte pas, il insulte. Il ne vend rien : il donne tout, dans un cri.

Ce n’est pas de l’érotisme, c’est de la chair-monde. Un écorché, un autoportrait, une gouache du bas-ventre. Chez lui, les femmes n’ont pas de rôle : elles ont des reins. Des sexes. Des croix à porter et des rictus de martyr. Sainte Juliette saigne, l’enfant de personne suce un doigt souillé d’encre, les voisines louchent sur leur propre nudité comme sur un accident de voiture. Et lui, Cauda, peint tout ça avec le sang de ses propres nuits.

On croit voir du rouge, on voit du noir. On croit reconnaître un visage, c’est le nôtre. On croit fuir — on est pris. Pris dans la toile, dans l’araignée du style : un style dégorgeant, délirant, dégueulant la vérité de l’être par à-coups. Pas de forme pure, pas de ligne qui tienne : tout tremble, tout pue, tout vit.

On ne regarde pas une œuvre de Cauda : on s’y frotte. Et ça brûle. Une peinture de Jacques, c’est un chiffon d’âme imbibé d’acide. C’est le réel qui a passé la nuit dans une cave.

Et pourtant, quelque chose comme une tendresse. Une tendresse du désastre. Comme si peindre l’impur était une manière d’embrasser le monde. De l’embrasser tout entier, jusqu’au dégoût, jusqu’à l’amour. Il y a du Rimbaud dans ce foutoir. Du Lautréamont dans cette matière sale. Du Sade dans cette liturgie des orifices, mais un Sade sentimental, un Sade qui aurait pleuré devant un dessin d’enfant.

Jacques Cauda peint comme d’autres s’excusent : à genoux, le sexe entre les dents, mais le cœur battant. Il peint pour qu’on l’aime malgré tout. Malgré les outrances. Malgré la merde. Malgré les trous d’amour.

Et peut-être est-ce cela, le grand art : n’avoir rien à dire d’autre que je suis là, et le hurler avec des pinceaux en feu.


 

Un commentaire, une critique...?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Ajouter un document

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2026 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - pcintas@ral-m.com - 06 62 37 88 76

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs

 

- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -

- Hébergement: infomaniak.ch -