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Voir aussi la [Galerie de peintures] de Jacques Cauda ![]() oOo ce n’est pas vous qui me faites tenir sur les pieds mais votre douleur dont je suis l’amant
la carence est en vous elle ajoute à ma joie elle fruite folle sagesse ! et connaît le délice que je suis d’être je vous fouille je suis assis sur votre œil un étron coule et votre œil avec
il y a des jours où rien ne semble aller nul enseveli nul lamenté nul volatile ne vient frapper à la maison du festin où je me tiens moi le razzieur le fortuné des pleurs d’autrui mes caniches ! mes bovidés ! réveillez-vous ! venezvous serez engloutis investis et si effarés de me voir griffessous un soleil de feu
et n’oubliez pas que je vous aime larves et limons vous êtes mon dû vous êtes la pâte de mon bonheur vous êtes mon rire je vous pétris d’amour et d’éclats je vous ovationne sous le fer qui vous tranche ô bien belles oasis endeuillées que je vous aime en répulsion
je suis au comble de moi et je bande je suis une parole vraie que je jette à la tête des sinistres ânes en éternité
au nom des actes que je suis quand je peins je proclame : donner aux amants mon vignoble et mes yeux !
la viande est entrée à table c’est dans la maison du festin c’est chez moi qui exulte (voix de la joie) je dis : je vais me servir de la main des malfaiteurs elle est comme ma bouche c’est une parole avec laquelle l’image de la viande n’est plus une image je l’ai déposée dépouilléede ses faux habits elle est nue ébouriffée de tout mon souffle je m’y dois je me dois aussi de faire une aube à la pénombre et une sombre nuit à l’aurore je me dois surtout d’être un parleur intègre dévoué à la lumière et je me dois enfin de planter une vigne étonnante car je me dois de faire voir !
voilà je commence voici les entrailles voici les portes de la femme à viande qui est couchée sur ma table de plus en plus nue elle déploie les cuisses et la violence est pour moi qui suis la délectation pour qui suis en route vers les eaux d’or pur vers le bleu trésor où je m’immole et fais libation je porte le couteau sous sa glotte et sa viande topée sous ma paume
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Peintuer ou l’adoration de la viande nue
Il peint, Jacques Cauda. Il peint de tout son être, de tout son corps retourné à ses fluides premiers, de tout son verbe qui halète comme un animal en transe. Il peint et c’est une messe carnée, une apocalypse à ciel ouvert, la traversée mystique de l’impulsion dans l’incandescence. Il n’y a rien à comprendre ici. Il faut plonger. Se salir. Être touché. Car c’est à la chair, à la douleur, à l’amour retourné comme un gant que le peintre parle. Il parle, oui, mais d’un parler qui mâche, griffe, jouit, saigne, irradie.
Dès l’ouverture : « ce n’est pas vous / qui me faites tenir / sur les pieds / mais votre douleur / dont je suis l’amant », l’autel est dressé. Le peintre ne tient debout que dans la dépendance du cri d’autrui. Il est vampire d’un amour douloureux, amant du manque, phagocyte du manque. Il fouille l’œil, défèque la vision, s’assoit sur le regard comme sur une conquête. L’art n’est pas une caresse : c’est une profanation. Il enjambe les tabous, viole les convenances, pour atteindre cette jubilation secrète — « je suis au comble de moi / et je bande » — où l’orgasme devient pure offrande.
Cauda n’écrit pas, il peint à l’intérieur du texte. Les mots ont la chair des pigments, le sang des encres brutes. Ça grésille, ça crépite sous le couteau, sous la voix qui scande la viande posée sur la table comme un manifeste. Il n’est plus question ici de modèle ni de muse, mais de femme à viande, couchée, déployée, évidée, épiphanie d’un sacrifice voluptueux. L’artiste en est le grand prêtre. Il immole, il libère, il fait libation — et c’est toujours de lui qu’il s’agit, car la peinture est aussi une autopsie de soi.
Il y a quelque chose d’archaïque, de païen, de joyeusement obscène dans cette célébration du festin. On pense à Artaud, à Bataille, au Grand-Œuvre des corps qui suintent et se donnent. Il proclame : « je vais me servir de la main des malfaiteurs ». Rien n’échappe à son emprise, ni le bas, ni le vil, ni l’ordure, ni les caniches. Tout est matière à faire voir. À peintuer. Le mot claque comme un crachat sacré. Ni peinture, ni littérature, mais un acte cru, un jaillissement sans médiation, une urgence de se planter soi-même dans l’œil de l’autre.
Car ce texte est un regard planté. Une offrande plantée. Un couteau planté.
Cauda fait de sa langue un scalpel. Il dissèque, il accouche, il extirpe. Il ne nous laisse rien d’autre que cette pâte de son bonheur, pétrie de limons et d’horreurs. Et l’on s’y reconnaît peut-être, dans cette tendresse retournée en répulsion, dans ce rire qui est fer, dans cet amour qui tranche.
Et pourtant — oui — il commence. Il recommence toujours. Peindre, pour lui, c’est faire voir.
Alors il jette. Il jette ses couleurs, son sperme, ses cris, ses couteaux. Et nous, que reste-t-il de nous après la lecture ? Sinon cette trace sur la peau, une écharde dans la pupille, cette morsure dans l’âme :
l’épiphanie d’un festin où nous étions la viande.