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Les vieilles histoires [fin]
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 Article publié le 13 novembre 2022.

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Les vieilles histoires, pourtant encore pleines de sève, vigoureuses dans leurs actions qui se déroulent dans un cadre hélas vieilli, valent bien les histoires d’aujourd’hui, mais ce sont-elles qu’on leur préfère, peut-être parce qu’on les trouve plus fraîches, c’est-à-dire porteuses d’un sens qui n’a pas encore été éventé par l’habitude.

 

Il ne tient qu’à toi, franc buveur de vieux crûs, de conserver tes bouteilles bien au frais dans ta cave, cet hypogée aux merveilles que le temps présent t’offre avec tant de générosité !

 

Entre le passé et le présent, la gloire bien établie et une promesse si ténue qu’on ne sait encore si elle sera tenue, mon cœur ne balance pas ; résolument, j’opte pour la promesse, dussè-je en être bien déçu.

 

Ala longue, on aurait presque l’impression, à te lire, que tu as pensé à tout, tant tes paroles touchent à tous les sujets possibles et imaginables qui nous importent au plus haut point. Cette douce illusion est bienfaisante car elle n’obère en rien notre désir de nous ouvrir à des vérités nouvelles que nous mettrons un point d’honneur à exprimer dans un langage ancien régénéré par l’usage quotidien que nous en faisons, mots sortis de notre vieille besace remis à l’honneur et au goût du jour et mots nouveaux semés par le vent dont nous goûtons fort la saveur épicée.

Donner joie à des mots qui n’ont pas eu de rentes tant leur pauvreté était quotidienne. Bienvenu soit cet arbitraire. René Char, Faire du chemin avec

La nouveauté formelle en dissuade beaucoup, la vieillerie poétique, quant à elle, nous lasse. Il ne s’agit pas d’établir entre les deux parti(e)s en présence dans notre esprit un compromis acceptable par ce tiers fallacieux que nous nous figurerions être, s’il nous était donné de prendre parti de manière tout à fait impartiale.

Nous ne sommes pas impartiaux, étant juges et parties, mais ceci ne nous arrête pas ; nous ne sommes ni au-dessus de la Loi ni hors la Loi mais d’avant la Loi puisque c’est nous qui légiférons.

La base souveraine sur laquelle nous nous appuyons ne doit rien à quelque violence fondatrice mais tout à la poésie.

Une autorité de cette nature se passe de mentor ou de caution morale ; elle n’est ni basée sur un respect inné ou acquis chez celles et ceux qui se piquent de nous jauger et de nous juger ni sur une terreur intellectuelle exercée par nous sur un public indifférent.

Terreur parfaitement vaine, risible et sans effet : nous ne conduisons pas aux alpages un troupeau bêlant et docile qui sait la récompense verdoyante prochaine, nous taillons dans le vif d’un maquis impénétrable afin d’y frayer des sentes nouvelles que peu de gens parmi le public emprunteront sans appréhension.

 

Crainte et tremblement ne sont plus d’actualité depuis au moins la fin de cette croyance puérile en l’Enfer qui n’est que le revers de cet avers qui nous inspire dégoût et aversion, je veux parler du vert paradis révélé par la parole christique qui eut tout de même le mérite d’être riche en belles paraboles.

 

Mon train n’attend pas, vous prendrez le suivant ! Conseil en forme d’injonction d’un musicien à son ami poète qui traînait des pieds dans le hall de gare désert, ne sachant quel parti prendre : faire les cent pas sur le quai ou sauter dans le premier train venu.

 

L’ère, qui vit poètes surréalistes et peintres d’avant-garde - ah les métaphores militaires dont s’amuse à bon droit Baudelaire dans ses Fusées ! - avancer de concert en naviguant de conserve sur les eaux bleues ou rouges de la gloire, est révolue. Le poète livrait ses mots au peintre peu loquace, le peintre y voyait une manière élégante et intelligente de se faire mousser.

Commentant avec grand plaisir et force enthousiasme une belle série de peintures intitulée Cotons de Saliha Staib, femme-peintre formée à Mulhouse, installée à La Nouvelle-Orléans et jouissant d’un certain succès aux Etats-Unis, j’ai connu ce bref frisson qu’accompagne la découverte d’une peinture à laquelle il ne manquait que des mots pour être mise en valeur efficacement dans une revue d’art américaine. Mes écrits m’ont valu un tableau encore accroché au mur de mon salon.

 

Une cause juste défendue par des insuffisants reste juste mais sa crédibilité en est gravement et durablement compromise.

 

Jean-Michel Guyot

27 juillet-18 août 2022

 

 

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