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 Article publié le 13 juin 2008.

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LES BORDS DE LA VIVONNE

 

Je m’en allais rêvant

Du côté de Guermantes

A la recherche de je ne sais

Quelle muse disparue

Prenant l’air du Temps

Page après page, feuilletant

Le souvenir amer du temps perdu

Dont je disposais.

 

 

Au détour d’une ligne

Incapable de m’extirper

D’une effroyable sensation

Une présence féminine

Longtemps oubliée

Déshonorait mes illusions

Et l’envol de mes amours romanesques

En fumantes arabesques.

 

 

Je pris alors conscience

De ce Temps retrouvé

Où mes héroïnes s’en allaient

Au fil des pages bercer

Des rêves innocents

Décimés à bras le corps

En souvenir de la seule femme d’alors

Que j’eusse jamais aimée.

 

 

Je m’en allais en peine

Cueillant au fil des mots

Quelque bouquet de catleyas

Défait de-ci, de-là

Comme un lourd fardeau

Qui pesait sur mes épaules

Et je quittais les bords de la Vivonne

Et mes illusions vaines.

 

 

« La chair est triste, hélas

Et j’ai lu tous les livres »

J’appréhende le temps qui passe

Et j’ai peur de le vivre.

 

 

J’ n’veux pas savoir

Ce qu’est devenue la femme aux catleyas.

Je n’ai plus le souvenir

Du goût de la madeleine.

Aujourd’hui, je vais me coucher tard

Et je ne me soucie guère du baiser maternel.

Mais qu’il est bon d’avoir goûté

A ces délices, tant de plaisirs

Qui ravivent la flamme

De cette recherche du Temps passé.

Et je m’en vais rêvant du côté de Guermantes…

 

 

 

EST-CE QUE TU T’IMAGINES

 

 

 

J’ai dû chanter matines

Plus longtemps que je n’pensais

Est-ce que tu t’imagines

Que ce matin je n’ai

Plus de famille, plus de patrie.

La tempête est passée

Le vent a tout balayé

Rien n’est plus comme avant

Aujourd’hui mes parents

Sont étrangers l’un pour l’autre.

J’ai beau pleurer mais bon

Il n’y a plus de raison

Quand le droit se fait apôtre.

 

 

Refrain : Les chemins de Bohème

Ne mènent plus en Slovaquie

On a tranché ma vie

Décapité mon être

Bouclé mon cœur à la frontière.

Est-ce que tu t’imagines

Ils ont déchiré ma terre

Planté un champ de mines

Au milieu de mon salon

Et je crains la détonation.

 

 

Je chanterai matines

Pour que vive le souvenir

Est-ce que tu t’imagines

Ce qu’on peut faire souffrir

Pour le prix d’une autonomie.

Et que tombe la nuit

Pour masquer l’hégémonie

De ce vent de révolte

Qu’on sème sur le monde

Sans jamais la moindre récolte.

J’ai beau prier mais bon

Il n’y a plus de raison

Quand le sang pleure sur le monde.

 

 

Refrain : Les chemins de Bohème

Ne mènent plus en Slovaquie

Effacez-moi ces scènes

Qui saignent sur nos vies

Sur l’air maudit des chants de guerre

Est-ce que tu t’imagines

Ils ont séparé mes frères

Et quand le jour se lève

Sur ma Tchécoslovaquie

Je veux encore croire en mes rêves.

 

 

 

MADAME

 

 

 

 

Je suis une pierre parmi tant d’autres

Qu’un gosse un jour de colère

A jeté à la mer

Je suis une pierre qui a touché le fond

Et qui de sa profondeur regarde

Des gosses en colère

Qui lancent des cailloux à la mer.

Je suis une pierre recouverte par tant d’autres

Une pierre aimante qui pour vous Madame

Se dévoile.

 

 

Je voudrais être une rivière au cours interminable

Vous entraîner dans mon lit, vous baigner à jamais.

Je voudrais de mon eau, pure, claire et inestimable

Purifier le monde de son abjecte fatuité

Que les hommes enfin comprennent vérité et beauté

L’immense chance qu’ils ont de pouvoir partager

Mais l’être est égoïste, mais l’être est destructeur

Et je ne suis que pierre.

 

 

Je voudrais alors que vous découvriez Madame

Cet être de l’intérieur que renferme mon âme.

Ces silences bien souvent plus éloquents que des mots

Et qui vous parlent d’amour sans que vous ne compreniez.

Mes désirs les plus fous sous le spectre du veto

Mes non-dits, mes semblants pas assurés, loin s’en faut

Et tous ces riens qui me semblent futiles à confier

Mais qui vivent de l’amour.

 

 

Je suis une pierre parmi tant d’autres

Une pierre qu’un gosse a jetée là

Dans ce fond intérieur

Et de ce fond on se bâtit une demeure

Un âtre de tolérance en soi

Où on apprend à voir

Où l’on sait qu’il n’suffit pas de croire

Afin de se croire être pour être cru, parce qu’au fond

Tout ce que je dis et tout ce que j’aime est en

Vous, Madame.

 

 

AMOUR NOIR

 

Amour noir dérive de tes yeux marron

Flux d’angoisse tourne en dérision

Même pleurer ça s’apprend.

Trop cruel le jeu des sentiments

Aimer n’est pas un jeu d’enfants

Et le monde s’en défend

Humour noir.

 

 

Refrain : Amour noir

Si sombre à ne plus y voir

Masqué pour mieux s’en cacher

Main mise sur un rôle

Et y’a des gens qui trouvent ça drôle

Qui aiment à se faire de la peine

Ironie d’aimer.

 

 

Humour noir, l’amour comme une blessure

Il y a des mots qui déteignent

Et on forge son armure.

Illusoire la vie quand le cœur saigne

Les larmes ne sont que parure

Douleur au fond d’un regard

Amour noir.

 

 

Refrain : Amour noir…

 

Si noir que la nuit, les mots

Insinuations

Sourdes portées en écho

Visages moqueurs, marbre de passions.

Sur ton amour se dessine

Le voile des regrets

Et tu t’en vas tendre et câline

Triste, inassouvie, l’âme blessée.

 

 

Récolter des instants de bonheur

Pour s’en bâtir son propre amour

Comme un appel au secours.

Amour noir, amour propre qui se meurt

Si les hommes ne savent plus aimer

Dis leur qu’même les sentiments

Ca s’apprend.

 

 

GARDE-MOI

 

 

Réveil matin

Lever, p’tit déj

Dehors la neige

Et dans mes yeux

Tes yeux si bruns

Regard au loin

La vie à deux

Sourire en coin

Le cœur joyeux

Je t’aime.

 

Et puis les gens

Toujours les mêmes

Bonjour, ça va ?

Toujours contents

Et chaque instant

Vers toi m’entraîne

Aimer comme ça

Une flamme en moi

Brûler comme ça

Je t’aime.

 

Enfin t’es là

Tout contre moi

Main dans la main

Les doigts croisés

Sur l’avenir

Regard au loin

Les yeux fermés

Pour mieux sentir

Souffler l’amour

Je t’aime.

 

Refrain : Et plus je vis

Et plus je t’aime

Tu me prends tout

Je te donne tout

Mais garde-moi

Regarde-moi

J’ai trop appris

Un trop à prendre

Des passions vaines

Tristes néons

Qui ont pâli

Et puis qui saignent

D’avoir brillé.

 

J’voudrais te dire

Tout c’que j’entends

Que tu me dises

De tes attentes

De ces nuages

Qui assombrissent

Le ciel d’un coup

Et que je puisse

Toujours te dire

Je t’aime.

 

Mais garde-moi

J’suis tout à toi

On s’en ira

Là où les phrases

Qui déchirent

N’existent pas

Là où on vit

Là où on aime

Pour un amour

Je t’aime.

 

 

LE MUR DE L’OPPRESSION

 

 

 

Il se dressait fier et sans gêne

Il séparait l’homme de sa femme

Il séparait l’homme de l’homme

Il séparait l’homme du reste du monde

Sans se poser de questions, délibérément.

 

Il était le syndrome de la liberté

La frustration d’un gosse qui habitait

Dans une ville en cul de sac

Comme un poisson qui serait condamné

De vivre à jamais dans une flaque

D’eau, exposée à l’évaporation.

 

Et le gosse en a eu marre de la répression

Et d’avoir voulu voler de ses propres ailes

On lui a coupé ses idées rebelles

Alors il s’est fait à leur idée

Cette idée que rien ne changerait

Qu’il n’avait même plus à espérer

Et qu’il mourrait quand même là où il était né.

 

Il était le syndrome de la liberté

On l’a détruit fièrement et sans se gêner

Pierre après pierre, le gosse a découvert

L’autre côté du mur, vue ouverte

Sur le monde où la pensée est permise

Cet autre monde libre en apparence

Qui a bien changé depuis août 61.

 

On a comblé par l’oubli une absence

D’hommes sur lesquels depuis longtemps

Déjà, le reste du monde ne comptait plus.

Puis on s’est découvert une nouvelle présence

Et venue de la nuit des temps, la terre comprend

Une poignée d’êtres de plus.

 

Le mur de l’oppression n’est plus

Humains allez cracher sur sa tombe

Car aujourd’hui quand la nuit tombe

Les Berlinois s’endorment des images plein la tête

Et librement rêvent de plus en plus loin.

 

 

 

AU RYTHME DE SES HANCHES

 

 

 

Je suis né d’un paradis, sans rêve d’idéal

Ma vie vous la vivez, elle ressemble à la vôtre

Si bien quand tout est bien, mortelle quand tout va mal

Comme vous, j’ai dit « je t’aime », tantôt, d’un jour à l’autre

Au rythme des heures, fuyant la monotonie

Si bien imprégné des règles de bonhomie

Appliquées au rythme des « je t’aime », décemment.

 

 

Mes escapades sentimentales ont tourné court

Un soir dans un éclair, l’amour a vu le jour

Depuis ma vie n’a de sens que celui qu’elle m’imprime

Et je dis des « je t’aime » au rythme des secondes

Moi qui croyais que l’amour n’était pas de ce monde

Je révise mes idées, des plus grandes aux plus infimes

Il n’y a plus qu’elle, reine de mes heures, elle est mon ciel

Mon rêve d’idéal, né d’un paradis pour elle.

 

 

Quand on avait voulu si fort dans son sommeil

Etre bercé d’elle jusqu’à ce que le jour se lève

Quand on voudrait enfin le matin au réveil

Que tout cela ne fut pas seulement qu’un rêve

Et si pour la vie, j’ai la chance d’être avec elle

C’est que je l’ai rêvée si fort en ces nuits blanches

D’illusions réelles où elle me prenait dans ses bras

Que ce matin je danse au rythme de ses hanches.

 

 

 

DEPECHE D’UN TERRIEN

 

 

Un, deux, trois, feu, partez

Au signal, tout l’monde lève le nez

Spectacle, son, lumière

Feu d’artifice à la télé

Le journaliste annonce les guerres

Et toi, tu te ressers un verre.

 

Coup d’état sur ta fierté

Ton âme sœur chérie t’a quitté

Spectacle, colère, déclic

Tu craques, tu claques, tu prends tes clics

Feu de paille sur ton éthique

Simple état d’âme étatique.

 

 

Refrain : Feux de toutes parts

Feux dans ses yeux qui m’éclipsent

Un brouillard

Feux sur ce monde qui s’éclipse

Fumée noire

Feux sur les livres d’histoire

D’un peuple qui se perd entre les lignes

De son passé sans insigne.

 

 

Un, deux, trois, feu, tirez

Quelques têtes sont encore tombées

Spectacle, sangs qu’on étrille

Feu d’artifice au bout du fusil

Tu minimises et tu maquilles

Ca brûle encore loin de tes grilles.

 

Vue d’un monde brûlé à vif

D’une boule montée sur un bûcher

Brasier incandescent né

D’essence de dragons maladifs

Ne restera plus que des cendres

Quand cette boule redescendra.

 

Refrain :

 

Dépêche d’un terrien

Demande instamment un cessez-le-feu

Juste pour souffler un peu

Sur une terre aux mille feux.

 

 

 

 

 

LA PAGE BLANCHE

 

 

 

Il écrit

Une histoire d’amour, fidèle et sans nuage

Qu’il imaginerait fidèle à notre image

Il écrit qu’il écrit

Et les mots sont pour lui des pavés, des rochers

Qu’il lance à ceux qui veulent bien les attraper

Et les mots sont pour lui si tendres, si renfermés

Alors, il les ménage, de peur de les briser.

 

Il écrit

Mais les mots paraissent quelquefois bien singuliers

Et ce qu’il écrit n’a pour lui plus aucun sens

Sa main alors s’avance

Et ses doigts se crispent et se desserrent en vain

Son œuvre se disperse sans qu’il n’y puisse rien

Elle lui échappe, tel une demoiselle inconnue

Anonyme, comme des feuilles mortes, interrompues.

 

Il pensait tout savoir de notre amour

Il avait tout écrit, mis au grand jour

Et quand vint la nuit et ses récits nus

Il s’est imaginé en écrire encore plus

Alors le doigt dans l’œil, la mort dans l’âme

Il s’est résolu à courir cette femme

Alors le doigt dans l’œil, la mort dans l’âme

Il a écrit une page blanche.

 

Il écrit

Une histoire d’amour, incomplète, inachevée

Les mots ont des limites et ne peuvent inventer

Il écrit qu’il a écrit

Et de cette histoire, et de notre histoire il veut

Tout recommencer sur les bases d’une nouvelle donne

Mais on n’joue pas avec les mots comme à un jeu

Mais simples et étrangers les mots lui sont maldonne.

 

Il pensait tout savoir…

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