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Friedrike Maybröcker - Que te faut-il ?
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 Article publié le 24 janvier 2021.

oOo

was brauchst du

was brauchst du ? einen Baum ein Haus zu
ermessen wie groß wie klein das Leben als Mensch
wie groß wie klein wenn du aufblickst zur Krone
dich verlierst in grüner üppiger Schönheit
wie groß wie klein bedenkst du wie kurz
dein Leben vergleichst du es mit dem Leben der Bäume
du brauchst einen Baum du brauchst ein Haus
keines für dich allein nur einen Winkel ein Dach
zu sitzen zu denken zu schlafen zu träumen
zu schreiben zu schweigen zu sehen den Freund
die Gestirne das Gras die Blume den Himmel

für Heinz Lunzer

 

que te faut-il

quete faut-il ? un arbre une maison

pourmesurer combien grande, combien petite une vie en tant qu’homme

combiengrande combien petite lorsque tu lèves les yeux vers la cime

teperds dans la beauté luxuriante du vert feuillage

combiengrande combien petite quand tu y songes combien courte

tavie dès lors que tu la compares à la vie des arbres

ilte faut un arbre il te faut une maison

paspour toi seul juste un petit coin tranquille un toit

pourt’asseoir penser dormir rêver

écrire faire silence voir l’ami

lesconstellations l’herbe la fleur le ciel

 

Pour Heinz Lunzer

*

Voici donc une coulée méditative non ponctuée, hormis la question initiale qui déroule une réponse rythmée par une répétition - combien grande, combien petite la vie - répétition qui se veut être le cœur battant du sujet du poème, ce dernier étant tant l’homme qui séjourne en un lieu propice à la méditation que les arbres, leur cime et leur feuillage ainsi que ce toit qui abrite quantité d’ustensiles et de meubles innommés, seulement suggérés par la série de verbes conclue par une deuxième longue série de noms désignant l’ami mais aussi les étoiles et le ciel, l’herbe et la fleur.

Terre et ciel pris au sens générique qui ne requiert aucun pluriel, les constellations, quant à elles, figurant le nombre dans les lointains extraterrestres porteurs d’autres mondes, repères mobiles-immobiles offerts par la voûte céleste par temps dégagé et sans pollution lumineuse.

Coulée méditative adressée à l’ami qui porte en lui la question reprise par la poétesse qui tente une réponse.

A moins que… le poème ne se fasse l’écho d’un mode de vie déjà acquis dans un monde qui inspire à la poétesse cette reprise parlée d’un état de fait qu’elle salue en poème.

Arbres qui fournissent bois de chauffe et de construction, tamisent la lumière trop aveuglante l’été venu, proposent ombre et fraîcheur à qui habite dans leurs parages, frémissent au vent, ploient sous les tempêtes, bravent les orages.

Chaque verbe appelle un lieu et un ustensile, table et chaise, bureau, banc devant la maison et lit, espace accueillant ouvert à la présence de l’ami, propice à une méditation posée sur les choses simples, proches ou lointaines, qui font monde.

L’habitant n’est pas ici l’homme qui travaille voire se démène pour subsister en aménageant son séjour en un lieu choisi ; ni rivière ni source ne sont évoquées, comme si eau de pluie et eaux courantes allaient de soi en un lieu paisible propice à la contemplation.

Poème du sujet méditant au sujet duquel il n’est dit de manière dynamique - un flux de parole ininterrompu - que ce qui l’enjoint doucement à vivre sa vie en équilibre sur le fil invisible de la grandeur et de la modestie, dans la contemplation de plus grands que soi, ces arbres qui voient passer plusieurs vies d’homme.

Grandeur toute empreinte des lieux qui n’écrasent pas le sujet de la méditation, le rend plutôt conscient de sa fragilité immergée dans la beauté paisible des lieux.

Le « tu » auquel s’adresse le poème est le sujet qui médite en un lieu qui tient parole, s’adresse à tous et toutes, et qui, ainsi se tient et se maintient dans la parole du poème.

Ici, dans le poème, une femme-poète ne nomme pas explicitement l’être, n’emploie jamais cette copule du jugement, déploie plutôt homme et choses non-humaines, ami et arbres par grappes : combien grande, combien petite, la vie, des verbes puis enfin des noms communs, très communs qui, mis ensemble, font sens vers l’être dans sa nudité habillée-constellée de mots.

Aucune ivresse dans ces grappes de mots qu’inspire le recueillement qui inspire au recueillement, toute solitude abolie dans la paix poétique.

A travers l’ami tutoyé, un monde à taille humaine se déploie dans la modestie d’un habiter, la seule qui renvoie l’homme à sa grandeur réversible.

Les seules têtes couronnées, ici, dans le poème, ce sont les arbres en majesté. Un toit qui offre un sûr abri pour mieux voir le ciel et ses constellations ne rivalise pas avec eux.

 

Jean-Michel Guyot

17 janvier 2021

 

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