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Tristesse de la série
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 Article publié le 14 janvier 2008.

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Anthologies sérielles
Pascal LERAY
Espace d’auteurs : Anthologies sérielles

Tristesse de la série

 

Tel n’est pas le journal de ce soir. Pas un assemblage.

Par l’inconscient de l’assemblage ! qui excède le « journal ».

Journal de peu de chose en vérité. De peu de vérité de peu de jours.

Et je regarde le journal. Je l’ai sali.

Il y a un parallèle à faire entre le moteur et mes ongles. Mes ongles sont ronds : le moteur tourne. Je me coupe les ongles. Je les taille, je force : le moteur tourne à vide. Efforts inutiles.

Ce journal n’est pas celui de la fatalité mais la fatalité ressemble à l’aléa et l’aléa à la fatalité. Voici le jeu de ce journal.

Journal de la soirée, journal du jour. Mais j’écris au matin.

Dans une série statistique. Vous pouvez toujours faire une statistique de votre vie.

A commencer par les chaussures : plutôt neuves, plutôt anciennes ; plutôt bonnes ou crevées, ou résistantes à la pluie ou peu étanches ; plutôt noires, plutôt claires. Je sais ce que je fais : je parle de chaussures.

Pour une statistique — des nuances de votre existence.

Ou une balistique, pour reprendre le mot de Pierre Boulez. De la nuance.

Je ne sais pas ce qui doit arriver. Mais je veux rendre à ce journal une certaine prévisibilité.

 

« C’était prévisible ! » En effet, si les séries se croisent convenablement.

 

*

 

Une série de catastrophes. Quand j’ouvre le journal, première lecture, premier souci. Le « souci d’eau ». Tout à fait rimbaldien. Mais par affinité onirique, ce qui garantit la liquidité de la chose.

« Série noire ». Avec le datif d’intérêt : « Série noire pour Joe Dalle » ». Que Joe Dalle ne meure pas ; ou peut-être à la fin. Voici Joe Dalle : fin de série.

Une série de Joe. Je les dégomme un à un, l’un après l’autre, d’une façon chaque fois plus tordue.

Le dernier nécessite des engins spéciaux, une armée de bourreaux — et des témoins, beaucoup d’observateurs. La mort du dernier carton-joe engendre une nouvelle série de joe-à-l’agonie.

Devenu Albertine parfois. En robe tressée. Par coquetterie.

Une coquetterie dans le journal. Je lis une série d’articles (la Gazette des gazettes).

 

*

 

Je suis une série. Parfois même je suis la série. Ce qui accroît la solitude.

Paradoxe : être une série seul.

En escamotant ceux que l’on se disait aimer. Mais préférant la solitude sérielle et le travail qui donne la thune.

Comme si je pleurais à côté de l’effigie effroyable que je me vois être, il y a vingt minutes.

Quarante peut-être.

Il est normal qu’il y ait des pleurs dans le couloir. Ce sont les pleurs qui font couloir.

Les couloirs font courir. C’est en rêve que je l’ai su.

Entre le rêve et pas de rêve des morceaux de rêves. Il y a dans le rêve quelque chose qui tient du bris et quelque chose de liquide ou de fluide. Le bris comme un tableau verbal. Des éléments flottent en une succession verbale qui peut produire un tableau, ou une série d’événements.

Parfois tout le rêve se contracte dans un morceau de phrase : « des morceaux de cadavres avec lequels il fallait jouer. » -

Ce ne sont pas des images visuelles qui accompagnent cette phrase, mais des esquisses, des relents plutôt, relents d’images suscités et bornés par un mouvement, prisonnier de ce mouvement qui ne semble pas capable de se figer le moins du monde.

*

Je n’avais d’abord pas vu que l’époque était nouvelle pour moi. D’où les humeurs, les sculptures, et non l’angoisse mais une indifférence terrifiante à tout ce qui m’entoure. Mais cette époque (ou cette indifférence ?) n’existe pas, ou peu. Le matin calme. L’après-midi violente. Aujourd’hui le vent fort. Je me rapproche de données purement météorologiques. L’autre fois je me suis assis sur un banc et j’ai regardé les nuages. Ce que je n’avais plus fait depuis l’enfance. Mais maintenant j’ai l’oeil abstrait. Autrefois j’apprenais comme tout le monde à lire les formes des nuages. Aujourd’hui les nuages sont nuages. Leur progression sur le fond raréfié du ciel qu’ils voilent me captivait. Pourtant je repense à des moments où arbitrairement, êtres et choses prenaient la forme des nuages. La progression régulière des nuages me rappelle l’impressionant spectacle de ces nuages qui formaient des rideaux métalliques suspendus au-dessus de ma tête, un soir de désarroi qui remonte à... combien de temps ? Mais le temps a passé. Or, l’air de la chanson n’est plus le même et cependant, il est resté.

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