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Travers&e de Marie SAGAIE-DOUVE
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 Article publié le 14 janvier 2008.

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Marie SAGAIE-DOUVE lit Travers&e publié chez Le chasseur abstrait éditeur. La musique est de Patrick CINTAS. Version stéréo (CD) :

Playliste

  • traversee.mp3

 

Marie SAGAIE-DOUVE - L’enregistrement du texte laisse à désirer parfois. Il faudrait partir, me semble-t-il, d’une copie audible dans ses moindres syllabes.

Patrick CINTAS - L’enregistrement de la voix est ce qu’il est. On n’y peut rien. Personnellement, en temps qu’acousmaticien, j’aime beaucoup les bruits environnant la voix, les accidents sonores, etc. Et les hésitations. C’est mon style. Jamais je ne travaillerai sur une voix "parfaite" et parfaitemement enregistrée. Distorsions en tous genres. Le travail musical, ça se comprend et ça s’écoute ensuite.

MSD - Pour la partition musicale, je n’avais rien envisagé quand j’écrivais. Si j’y réfléchis maintenant, à partir de ce que j’ai écouté, je verrais un jeu d’alternance entre le volume musical et le volume textuel. Un jeu de balançoire, en quelque sorte. Car l’auditeur est vite saturé par le flot et je crains qu’il se perde et se lasse.

PC - L’auditeur n’est pas saturé, sauf s’il s’attend à une variété de thèmes. Mais le texte est dit sur le même ton, dans un flux continu, à la même hauteur, comme les alexandrins du théâtre classique. Rien n’est joué, ce qui fait son charme. La musique ne doit pas remplacer le texte. À aucun moment. Il y a une certaine monotonie dans le texte, son graphisme sur la page, sa diction. On n’y palliera pas (et pourquoi pallier ?) avec des solos qui surgiraient comme pour réveiller le lecteur parce qu’on croit qu’il dort, ce qui amuse toujours le soliste pas peu fier de montrer de qu’il sait faire. Ce qui compte dans ce texte, c’est le sens, ce qui est dit, comme dans un roman. Pas de chant à aucun moment. On écoute une histoire, des histoires. Du coup, la musique doit simplement remplacer le silence.

MSD - Le rôle du silence, dans ces textes, est décisif. Je l’insèrerais entre les fragments, comme des blancs. Dans une continuité faite de ruptures...

PC - Le silence n’existe pas en musique. Pas de son, pas de musique. En fait, peu de lecteurs y songent en lisant le texte qui invite plutôt à la boulimie. On n’est pas au théâtre. Le silence, c’est la musique. La continuité, c’est le sens qu’on est invité à suivre.

MSD - Quelle est la largeur de manoeuvre ?

PC - Il faudrait améliorer l’enregistrement du tout. Ceci est une version CD, c’est-à-dire stéréo. Sur scène, on ne travaille pas en stéréo, mais en multiphonie, et tout dépend de la salle et des moyens. Avec un CD, on essaie de donner une idée. Un musicien n’écoute jamais la musique des disques, sauf s’il y est obligé. Il faut aussi compresser le son, régler les volumes, les jeux stéréos, etc. On n’en est pas là, pas encore. Travaillons.

MSD - Y a-t-il une urgence ?

PC - Cette partition ne sera pas modifiée, sauf sur des points de détail (mixage). Par contre, le deuxième enregistrement de la voix m’inspire autre chose. Et de là, un travail de fond et de fourmi. La musique est étrangère au texte, heureusement, mais elle en traduit les défauts comme les qualités. Travers&e n’étant pas un texte lyrique, mais narratif, aucune communion n’est possible : on écoute encore plus attentivement et la musique est une provocation qui, je crois, est loin d’endormir l’auditeur. Cela dit, c’est aussi une question de goût : tonalité, série, acoustique, tradition, etc. Le CD est l’oeuvre du musicien, pas de l’écrivain. Nous avons rencontré ce problème avec Marta Cywinska d’abord pas convaincue par la performance de Jack Yantchenkoff, puis amoureuse. Moi-même, toujours avec Jack, j’ai eu du mal à digérer sa version de Sérénade, mais c’était uniquement parce que j’en avais fait moi-même une interprétation, avec la voix de Marta. Jack est génial, c’est tout. C’est compliqué.

MSD - On parlera d’une lecture de ma partition (des extraits de Travers&e, choisis par l’auteur), par toi, musicien. Ça relève du geste du traducteur, aussi. En effet, si l’enregistrement que j’ai écouté ne satisfait pas une attente de ma part, il plonge dans le chaos d’où me viennent les mots et comme retourne à ce magma... Sans doute faut-il indiquer ce déplacement où le son musical prend le pas sur le silence originel de la lettre. Car tous les cris que j’écris ne font pas plus de bruit que la lumière ou son silence. Il faudrait penser à un titre qui indique que le compositeur investit un matériau qu’il absorbe, "comme une mer".

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