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Bravo et autres poèmes
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 Article publié le 12 décembre 2007.

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Bravo

 

Bravo grisaille de papier rock
Les lapsus tombent des lèvres en légion
De lévriers
Et s’en vont leur chemin
Leurs voix avoisinant l’angoisse
C’est un voyage qui revient en chacun de nous
Et toujours s’installe
Bordel d’abord
Avec la violence du secret
Le mutisme du cercle vêtu
Bordel grisaille de papier monnaie

A la lettre et à la lie
Le sexe parle d’amour de lui-même
Bravo Bordel de saxophone

A la lettre et à la lie
L’envie s’en prend à sa tête et son rire
Eclate à la figure de Dieu

Main dans la main
Bravade et pièges s’en vont
Bravo grisaille bordel à bâbord

 

 

Channmas

 

M’étrange l’haleine des allées muettes et sombres
De trop de visages engoncés
dans la myopie des putains et la félinité des places publiques
dans l’encens fureteur des barbecues hatifs

M’étrangle la circonstance bavarde tournée
En dérision de fausse verdure
Par les fauves au rire d ’un seul tenant traversant la nuit
millier de petits désirs sauvages
conservés sur pilotis
Dans le brouhara apocalytique des aveugles éventrés

M’engrange le nombril de la connue qui m’aime
s’en va de chez mes crampes
pour tondre la grimace felée des formes comestibles

 

 

Double Rex

 

Le cinéma rend malades les films qui sortent de l’affiche
Trop tôt pour les tueurs de temps
La rue s’écrase-table rase-dans les caniveaux
S’ajuste toujours aux limites de l’écran encore visible
Une peur peu claire
Une peur plus claire encore
quand le jour s’habille de fientes
quand le mensonge se boit dans les excroissances de la mémoire

 

 

Poème des nuits déformantes
poème à ne pas lire la nuit.

 

I

 

La nuit mange démange seule
La visibilité immédiate des corps
Mise à part
L’étrangeté de la matière sombre
La voix ultralucide
Des amours en cavale d’espérance
A l’affût de chambres d’eaux
Ou la tranchée des aubes neuves
Au parapet des entendements
Funambule ! la délectation des
Paroles funèbres n’est pas si
Etrangère à la géométrie humaine
Si bien que la nuit ne se
revêt de nuit que si les blanches visions
pourrissent entre les dents de scie
où la houille est mise à l’épreuve
le temps d’une vie squelettique
pris dans l’orthogonalité de la peur

 

 

II

 

La nuit est là sur les paupières
Avec ses eaux de scélérat
A chaque carrefour elle se dénude
Et pisse la merde sur nos pas
Et si d’opium on rêve calme
C’est le sommeil qui est coupable
Car il sont là à chaque carrefour
Ces grands panneaux qui s’entretuent
Car il sont là à chaque carrefour
A chaque lieu où l’on veut vivre
Ces murs féroces fatras de faïence
Avec leurs relents de fin du monde
A bout de bras à bout de nuit
Ces hommes sans cœur en uniforme
Ou en couleur de crève-cœur
Saluant la mort comme une amie
Comme pour ne pas faire peur à personne
La nuit se défaisant de ses nœuds
Prenant l’Histoire à bout de bras
Quand ils sont encore là

 

 

III

 

La nuit est là s’évaporant
Paume d’espérance
Dans le tranchant des mains utiles
Qui viennent vives latéralement
Virtuosement douloureusement
En dernière avalée nourris de verbes et de clarté
Nous les opérateurs de danger
Avec pour seul verre correcteur
L’orbite de nuit des rescapés
Nous sommes nus auto-reverse
Sans requiem pour les senteurs
Le temps s’est masturbé à maintes reprises
Sous nos yeux devant le sang du vitrier
Et les mains tombent sur les poches
Comme des nuits anorexiques et des cadavres mal parlant

 

 

IV

 

La nuit arrange dérange seule
L’angoisse déchiquetée des paupières
Il n’y a pas de porte qui ne soit étroite
Les poubelles blanches d’images de faim
Dépassent les lignes des petites vies
Qui veulent apprendre à parler
A festoyer à oublier
Avant le lit le paravent
Le gin flouant le grand discours sans importance
Gonfle le vent furibond
Où les décombres systémiques s’arrachent
Avec beaucoup de force la forme exacte
Du monde à naître.

 

 

Je suis beau d’aube

 

Poème de chant interminable.
A Jumba et à Rotsadak.

Elle m’a connu avec la crasse
Les yeux plantés loin de la houille
Elle me voulait dans la cassure
Avec mes mots couverts de sueur
Un clair plaisir de circonstance

J’ai encerclé la lumière moite
De ses seins où je m’agenouille
Pour iriser le mal des mains
Puisqu’ici et bien aux alentours
Un mal est toujours un mal nécessaire

Je suis beau d’aube
Elle m’a connu
Saut d’espérance
Les pieds riant au ciel chauffé
Des solitudes qui nuisent à l’homme
Femme-cathédrale
De ses cloches de clochards
Avec peau parlant en langues
D’hommes dépouillés de leurs dépouilles

Je suis beau d’aube
Sans me le dire
Qu’est-ce que cela peut bien vous faire
Elle m’a connu étrangement
Sauvée de ses propres eaux brutes
Brisant la mer des rues d’ici

Beau d’aube en réveil d’elle
Sans exigence de pixels
Libérant la poussière du chant
J’ai rasé la lumière
Au jargon de son corps.

 

 

Et Voir !

 

Dans la chanson de cet aveugle
il y avait la pierre
et la pierre rien que la pierre
et c’était comme si la pierre
s’était dilué en mots et en phrases
et en strophes pour frapper aux tympans du mystère
et c’était dur et c’était douloureux
et c’était à fondre l’âme
l’âme de l’aveugle est-elle aveugle ?
sa chanson aussi ?
dure comme la pierre comme le cœur des passants et
la chanson accompagnée de la tristesse de sa voix et du bruit
lugubre sa canne frappant son bol
et c’était écoeurant et c’était dure
comme un cœur de pierre comme le cœur de la pierre
et c’était douloureux
non parce que la chanson n’avait aucun sens
comme si la chanson devait avoir un sens pour les bien voyants
ni que l’aveugle avait eu tort de mendier
à des gens qu’il ne voit pas et qu’il n’avait jamais vu
comme si les gens l’avaient vu en lui jetant une pièce si
ni non plus que la pierre était aveugle
dans la chanson
et que cela ne voudrait sûrement rien dire
mais c’était parce que la chanson a été inventée et apprise sans méthode
(l’auteur laisse parler l’aveugle dans son souffle chaud)
et que la pierre était dans l’âme
et dans la vie de tout le monde qu’il a dû s’en apercevoir
avant chacun de vous
et ça il l’a vu et ça c’était douloureux
et dur
et c’était à fondre l’âme.

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