Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Forum] [Contact e-mail]
Navigation
Seriatim 2
Seriatim 2 - Tout le monde n’a pas un grand-père (Patrick Cintas)

[E-mail]
 Article publié le 17 mai 2020.

oOo

« Tout le monde n’a pas un grand-père

Pour choisir le pays de son enfance

Ah merde de pays où je suis venu mou

Venu mourir avec sa langue morte ! »

 

Tourisme éditorial et ses autoclètes /

Aux portes de la Cité cadres et ouvriers

Se disputant les outils de la Perfection

/ « gravé dans le marbre : peuvent pas

En dire autant les adeptes de la pureté »

Existence sur les rails de l’idée commune

Qui passe pour un culte de la démocratie

/ « tu descends de ta sierra avec l’argent

De tes toisons : chaouchs devant les portes

/ ce qui est pur ou tend à l’être

Ne peut en aucun cas être parfait :

Arc de triomphe pour un trucage

Indigne du cinématographe /

Pourtant » drapeau claque au bout de l’avenue

/ écoliers préfèrent la vadrouille aux études /

Les épargnés redonnent la leçon des morts /

« descendu en un temps où le monde colonisait

Le monde : j’ai vu le moment où j’y laissais ma peau

/ plus d’enfants, plus de femmes, plus de travail

Au paradis : » / à Paris les autoclètes des Lettres

Exigent des waters en marge de la librairie où

Ils poireautent : jalousie contre jalousie / hypocrisie

Contre hypocrisie : parlent trop d’eux-mêmes

Sous prétexte de lire à haute voix pour être

Entendus et par conséquent pour être lus (achetés)

Coule la Seine et ses cadavres / « tatie peignait

Des utrillos sur des assiettes et des poulbots

Sur des isorels » / Dans le sud : famille de vendus

À la cause nationale au détriment de l’héritage

Arabo-andalou : cette idée d’une Andalousie

Qui aurait pu être la seule Colonie acceptable

/ la laine se détachait par poignées et le cuir

Sentait la cervelle / « grâce à qui si tu sais

Des choses que si je les savais ah si je les savais !

C’est qui qui a inventé la boîte de conserve ? »

Dire que des familles n’ont jamais passé la limite

Imposée par la tradition /

Si j’aime je prends

Si non je te le laisse

Mais si c’est une fille

Je te la donnerai

 

Je donne tout des fois

La nuit comme le jour

Pas le temps de rêver

Je suis français de souche

 

Fils de la fille je suis

Avec des lois d’airain

Et des vengeances froides

Je suis fils de ma fille

 

Mourir n’est pas facile

Mais qui ne meurt pas tue

Voyez comme Laforgue

Devient frenchie de chic

 

La France en général

Se vend pour acheter

Sa banlieue chic s’étoile

Ses zones s’ensoleillent

 

N’allez jamais plus loin

Que le père ou crevez

Dans un combat aliène

Sans héros ni futur

 

Hijosde pastores

Aquíno se vive

Dejadsus amores

En lugar seguro

 

Même le meilleur des poètes a rêvé de coloniser

Les zones où perfection et pureté nourrissent

Le rire de l’homme en proie à ses évidences /

Bamboulas d’une forêt à l’autre sans alizées /

La pensée connaît l’inconnaissable sans Dieu /

Et l’esprit joue avec le feu donné par les orages

/ descendu de sa montagne de Juif, d’Arabe

Et de Phénicien (ou n’importe lequel

De ces peuples)

Il veut des enfants heureux et il trouve la femme

Qui les lui donne / comme il les donne à cette terre

Où l’épée est la seule croix / misère de l’intelligence

Ici-bas : toute la Méditerranée rassemblant ses passagers

/ et Paris proposant ses autoclètes au tourisme éditorial

/ des nuées de tacherons lécheurs de vitrines le soir

Après le turbin des jours / lui avec son mouton sur ses

Épaules de volontaire / transportant l’anarchie dans ses

Poches / bavard le Français n’apprécie pas la prosodie

Visuelle / sur le zinc ou devant la télé / dans son jardin

S’il a la chance d’en posséder un / aligne des vers comme

Des bouteilles à la consigne / « l’idée c’est… » au ministre

Venu pour inaugurer / « nous avons la même idée de… »

« je te fais poète poète tu me fais poète poète » / mais

Quel mouton n’a pas vécu son enfance en agneau ?

 

« j’ai ça dans la tête

Et ça me turlupine

Ah c’est la maladie

De papa et maman !

 

Des fois ça rime et des

Fois ça n’a pas plus de

Sens qu’un coup tiré en

L’air où l’oiseau n’est plus

Ce qu’il était du temps

Que je savais jouer

Avec des riens trouvés

Dans le grenier des ans.

 

J’ai ça en dedans

Le jour la nuit

En rêve et au travail

Ça me rythme la vie

Et m’apprend le solfège

Sans effort à la clé !

 

Des pasteurs à la pelle !

En barque et par les airs !

Des courriers dans le tri !

J’en bois et j’en titube

En allant revoter

Pour exister encore !

 

Chantons mais sans guiboles !

Dinguons mais sans musique !

Jouons les fées des berceaux !

Faut perdre le rythme des chansons !

Plus de bourrées ni de rock !

Saoulons-nous en silence !

Profitons de l’ivresse

Avant confessionnal ! »

 

Marmaille dans les jardins / culs posés sur les bancs

Avec son mouton et sa laine en péril : il passe pour

Un pédophile ou un amateur de femmes au foyer.

« puisqu’on ne tient pas le même langage vous et moi ! »

Jadis il se laissait aveugler par les façades bleues /

Revenant des hauteurs où la neige persistait sous

Les oliviers : il prenait le temps de cligner des yeux /

Il se voyait dans le lit / plafond ouvert au ciel /

Les chevrons de châtaignier en torsades savantes

/ « d’où viens-tu si tu existes, hijo ? » / mais l’oubli

Sert de fourreau au patriotisme / « non, pas de barque

Ni de voile dans les embruns du soir : mes pieds

Et le poids de mes possessions / mes poches

Et mes épaules / ne suivant rien ni personne /

Je sais ce que je dis » / toujours le saura / mais

Pour le dire ah/ ça c’est une autre question !

« les mots à la place de mes coteaux ? » / lièvres

Fous entre les lentisques / enfant tu courais après

Eux avec les chiens : maintenant tu colles ton front

Sur la vitre / cristaux / buée / personnages vus

En plongée / caméra ne tourne plus : mémorise :

L’image change de nature / comme j’ai troqué

Ma terre contre une poignée de sel / privados

Erán / y tú : servidor / criado, mozo : ni dueño

Ni señor / « vetea ganarte la vida, hijo » / marin

Non : caminante : promeneur non : voyageur : non

/ déplacé / quel vent persien ? quel âge persien ?

Quelle chronique du Bien et des Aléas ? quelle

Histoire ? / lèvres grasses de l’autochtone adapté

Depuis longtemps / l’outil sur l’épaule considère

Ton mouton d’un mauvais œil : je suis romancier /

« moi non plus ! » / ne touche pas l’épaule / ne

Fouille pas la poche / prend la photo / « tourne-toi »

Des chaouchs de bas en haut : selon salaire : gilets

De domestiques selon couleur : « d’où viens-tu ? »

Tu sais que tu n’as pas d’âge / alors venir de

Quelque part / « comment que tu t’appelles

Si c’est pas trop te demander ! » / là-bas (nommons

Désormais les choses par leur nom) la pluie rend

Aux murs leur bleu ancestral / la pluie a trouvé

Le moyen de rendre le blanc aussi transparent

Que l’eau / porte ouverte ou il n’y en a pas /

Sur le seuil le balai est composé d’un manche

D’oranger et d’une barba de moro / dingaling

Du marchand / « on s’est connu là-bas : souvenez

-vous » / des idées à la pelle comme leurs feuilles

Ramassées en chanson plutôt qu’au fil de la poésie

/ peuple des surfaces cultivables / abandonne ses

Forêts où nous les avons laissées : invincible armada.

Invincible amada : veut-elle des enfants de moi ou

Mon argent : contre le prix d’un mouton aux pattes

Noires / ne comprennent rien à la Vue / ni à la Voix /

« faut des idées sinon faut les inventer » / un vers

Par page finalement : et des pages blanches en pagaïe

/ ça rame sur bâbord ou tribord avec bonne conscience

Au taquet ou à la gueule / « qui est-elle ? » / mouton

Avec Pathelin ou Panurge : flatteurs et béni-oui-oui

/ « voici le portrait de la belle

— Mais ce n’est point une lady  ! »

Là-bas / là-haut /

Nous possédions un bien

/ nous nous aimions malgré tout

/ nous connaissions cette existence

/ mais le soleil / les coupes rases /

/ les Colonies / le sang mêlé /

/ les chaînes / les naufrages /

/ les comédies / les tragédies /

/ les farces / les entremeses/

/ toi / moi / le feu gagné sur la pierre

Et la pluie perdue en chemin / mouton

Je te vends / j’ai la poche et mon épaule

N’en peut plus / j’ai trouvé une femme

Ici / plaisir, tendresse et l’avenir / mouton

Du passé : comprends-moi / je suis verde

 

J’ai retrouvé la jeunesse

Grâce à vous, docteur !

En fait je n’avais rien perdu

Mais vos dons alchimiques

M’ont révélé ma richesse.

Je suis venu sans rien

Sur l’épaule (mouton

Symbolique) et sans celle

Que j’avais aperçue après

Les jeux de l’enfance.

Je me souviens de ça

Comme si c’était hier.

Si tu n’as pas le vocabulaire

En tête, retourne d’où

Tu viens, pastorde tu madre !

Je ne sais pas comment

Vous remercier et vous aimer,

Docteur en médecine et en

Un tas d’autres choses que

Je n’en ai pas idée, ô Père

Qui prend la place de mon abuelo !

Comme c’est riche ici !

Et ça soigne du mal !

Ça fait du bien aussi !

Hélas je ne suis pas

/ pour vous je ne suis pas

La femme de vos rêves /

Mais j’ai bonne toison

Depuis que je bois avec vous /

Et mon cuir a du chien

Bonne fidélité et morsure

Sans dents / ô docteur

Des rues et des usines

Où la plage est en vente !

Bénissez et curez cet anus !

J’en viens et j’y retourne

Comme si j’étais né / ici !

 

 

Un commentaire, une critique...?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides. Servez-vous de la barre d'outils ci-dessous pour la mise en forme.

Ajouter un document

 

Site officiel [>>

 

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2020 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs

 

- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -