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 Article publié le 6 octobre 2019.

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La propre morphologie du narrateur se scinde en plusieurs éléments.
La nécessité ou l’évidence d’un titre, ici, annonce déjà l’essence de la fragmentation à venir.
Ma haute stature, maintes fois décrites par le passé - par dizaines ? centaines ? davantage ? ... - apparaît dans tout l’espace de la narration. Oui, il s’agit d’une occupation corporelle totale.
Des équivalences lexicales émettent des sémaphores, afin de mettre l’accent sur un tout pas encore visible. Pas encore ...
" Pans de fictions " , " régions anatomiques " , " métonymies squelettiques " , " segmentations narratives " se valent ou s’équivalent bel et bien.
Pour évoquer ma présence, ici, là, dans le plan, dans le repère orthonormé, crucifié en quelque sorte par les lignes de l’espace et du temps, dans un plan vierge et à conquérir, dans un plan, simultanément, où mon passé a laissé de nombreuses traces. La nudité de l’espace peut rester telle quelle, elle peut tout aussi bien être investie. Pour ne pas dire conquise. Pour ne pas dire violée. Oui, violée ...
La présence de la technologie dans mes tissus est aussi discrète que possible, synonyme quasiment d’absence. La forme et l’esprit intrinsèques de certaines vies organiques animales, en revanche, sont amplement visibles, largement palpables aussi, sans doute, je veux mentionner ici la convexité répétée des scorpionides, le revêtement cuirassé des sauriens, la puissance faciale des félidés, caractéristiques auxquelles il faut ajouter la percée panoramique de la vision des rapaces, mes autres sensations, tout aussi hétérogènes et possiblement complémentaires demeurant souterraines ou à découvrir, oui, des propriétés ou sensations que je suis le seul - c’est du moins ce que je pense au moment où se déroule la narration - à percevoir. Cette agrégation serait incomplète sans évoquer les facettes comme innombrables du temps lui-même qui traversent et habitent mon cortex, qui l’irriguent, autant de formes géométriques constituant un prisme à l’intérieur duquel se réfractent un certain nombre de forces en dialectique, des forces qui finissent, tôt ou tard, par se transformer en énergie, en mouvement rectiligne qui se projette droit devant, telle une perspective dans la perspective.
Tel un scanner dont les possibilités de scrutation et d’investigation sont sans borne, sans limite, tel un scanner dont la vocation est de projeter la conscience sans cesse plus avant.
Car la littérature est avant tout une aventure de conquête.
Maintenant, dans cet espace végétal fortement ordonné où des espèces toutes plus distinctes les unes que les autres cohabitent dans la plus grande quiétude, une quiétude hiératique, des feuillets en nombre abondant demeurent compilés sur un vaste mobilier de forme rectangulaire, sur un vaste mobilier dont la constitution affiche l’identité d’un matériau noble abondamment patiné par le temps, des feuillets noircis par une écriture professionnelle, par une écriture littéraire, par une écriture sans doute lisible exclusivement par son auteur étant donné l’extension ou la plasticité de sa forme qui indique une vitesse constante, une vitesse unique, un rythme qui suit probablement celui de la pensée, le seul, sans doute, à respecter sa dynamique, sa rapidité. Soit épars soit compilés, ces feuillets dévoilent des fictions abouties ou de vastes projets, oui, des structures narratives en chantier qui ne demandent qu’à être bâties, construites, élaborées. A l’intérieur de ces feuillets, à l’intérieur de cette écriture, à l’intérieur de cette littérature, un système de prédation probablement prométhéen est sans cesse en œuvre, oui, des textes ou plutôt incipits en phagocytent d’autres jusqu’à ce que la structure narrative soit suffisamment solide pour s’affirmer en toute liberté, sur un certain nombre de pages, une structure bientôt achevée qui sera dissoute à son tour par l’érection d’une autre, d’une nouvelle, par la volonté de la littérature.
Assis devant le mobilier, là, devant le panorama statique des végétaux dont les fibres, les losanges et les couleurs incarnent le prisme des possibles, je reprends la narration en cours, oeuvrant pour la première fois dans un espace ouvert, naturel, dans un espace où le silence, épais comme de l’écume, accompagne le mouvement à nouveau repris, à nouveau saisi de la narration.
La nature du texte est sans cesse modifiée, tandis que les fibres végétales poursuivent leur mue dans une mobilité invisible à l’œil nu, cependant que les différentes caractéristiques ou qualités de mon métabolisme sont en mouvement, oui, à l’image de la compacité croissante de la peau, de l’augmentation du cartilage, de la naissance d’ailes, de la contondance des crocs ou encore de la dureté des pupilles qui m’autorise à fixer le disque sans la moindre appréhension … les fictions achevées, maintenant, intégrant un passé chargé de vestiges aussi nobles qu’hétéroclites, oui, des manuscrits aussitôt écrits, aussitôt inscrits dans le temps … et ses arcanes …

 

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