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De l'esthétique incestueuse chez Nabokov
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 Article publié le 5 mai 2019.

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Après avoir lu et écrit sur " Lolita ", je viens d’achever " Ada ou l’ardeur " .
Si le premier est classique, le second est baroque.
Absorbant " Ada ou l’ardeur " , mes propres émois, de la prime enfance à la fin de l’adolescence, remontent à la surface telle une peinture figurative, devenue abstraite avec la patine du temps et la modification naturelle ou organique du souvenir.
Le réel vécu devient rêve, en quelque sorte, un rêve éveillé de par l’action de la mémoire. Si Le Clézio et Camus possèdent chacun une approche singulière de l’adolescence ou du jeune âge, Nabokov assène une peinture reconnaissable entre toutes des prémices amoureuses, de la vigueur qui irrigue ces jeunes chairs dont le cortex est en pleine mutation, un cortex capable, semble-t-il, de combler les années qui manquent pour atteindre le concept d’adulte par une intelligence et une audace sans doute hors normes.
Au sein d’une famille aristocratique, le jeune Van aime sa cousine Ada, et la réciproque confère à leur trajectoire un cursus oedipien largement rénové. Lucette, l’autre cousine de Van, incarne en quelque sorte la victime, son amour différent et tout aussi fort pour son cousin ne trouvant d’issue matérielle que le suicide semble répondre à la rigueur morale, peut-être paradoxale, de son cousin qui l’aime d’un amour fraternel sans limite … sans jamais céder à la tentation charnelle.
Qu’importe le contexte, qu’importe l’espace, qu’importe le temps …
L’auteur, dont la vie est marquée par l’exil, choisit en quelque sorte le refuge intérieur total, familier, quitte à ce qu’il devienne transgressif. Van, Ada, Lucette …
Jusqu’à ce que la sirène se noit, faisant remonter à la surface la tragédie grecque dans toute sa quiétude.
Quelles sont les parts respectives de fantasme, de souvenir, d’obsession ? De réalité ? Qui font penser, par analogie, à l’oeuvre d’Alain Robbe-Grillet ?
Encore une fois, l’exil de l’auteur et celui des personnages se confondent, le premier étant sans nul doute propice à une ferme pour ne pas dire nette résurgence des souvenirs qui constitue probablement la véritable patrie.
Le lecteur, profondément séduit, ne peut qu’adhérer à la tendre perversité des personnages, à un oxymore qui traverse tout le livre, toute la narration. Une perversité fatale qui tend cependant à s’effacer tant elle se dilate en humanité.
La perversité de Nabokov est honteusement crédible.
Oui, crédible ...

-------------Lolita
---------------------Humbert
---------------------------Van
----------------------------------Ada
-----------------------------------------Lucette

L’ambiguïté du désir est toujours à son paroxysme. Et se termine par une sorte de dessein vénéneux, à l’image d’une plante carnivore, belle de l’intérieur, et qui en son sein possède des sucs mortels redoutables. Une amertume.
Oui, l’amertume nabokovienne ...
Chez le papa de Lolita, le désir, ainsi, est toujours un mélange de transcendance et de soufre.
Qui balaie la psychanalyse d’un revers de la main, car cette dernière n’est que possibilité d’interprétation, à la recherche de la vérité.
Mais la littérature est toujours devant, plus avant, plus ouverte, et ses mouvements, permanents, échappent à toute tentative de contrôle ...

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